Bernard et les Kiwis : "Le Calvaire"

Sujet dans 'Forum Ecriture' lancé par Anouk-Nouk, le 3 décembre 2009.

  1. Anouk-Nouk

    Anouk-Nouk
    Expand Collapse
    La petite infantile

    Juste, je n'ai pas trop trop compris si je devais mettre mon texte dans un sujet à part ou le rajouter au topic de Lilou. Au pire, je changerai.



    L'assiette. Elle était moche en plus. Façon Hansel et Gretel dans un champ de tournesols, et sur la bordure, un dessin de corde enroulant des ancres. Dessins home-made. L'une des innombrables assiettes qui ornaient l'étagère de la vieille dans son salon. Tout est parti quand il a fallut songer à conduire Mère Grand à sa chambre aux murs blancs et au lit à barreaux. Et, bien sûr, le fiston se devait bien d'en garder une, pour le fabuleux souvenir.

    C'est vrai qu'il a toujours su que c'était à cause de la grand mère qu'elle lui faisait tout ce cirque. Il avait toujours été proche d'elle. Il ne comptait plus les rendez-vous, au début de leur histoire, où il lui avait fait faux bond. Tout ça pour jouer au Scrabble avec Môman. Parce que, bien sûr, Bernard, il n'était pas comme tous les jeunes de vingt-deux ans de son époque. Il ne partait pas en douce pour aller voir sa dulcinée, ou pour fumer avec ses copains de l'école d'en face. Non. Lui, il passait des nuits entières avec sa mère. Ils peignaient des assiettes, ils jouaient au Scrabble, et dansaient le tango. Parce que la vieille, elle était mordue de tango. C'était son petit côté rebelle. La face caché que son père n'avait jamais voulut admettre. Et elle a contaminé le fiston. D'ailleurs, il essayait, de temps en temps, de s'y remettre. Mais avec les lombaires fragiles, c'était plus problématique.

    C'est vrai. Sa femme est longtemps passé au second plan. La grand mère d'abord. Pour ses courses, pour son loto de la semaine. La femme, elle l'a toujours mal digéré, ce petit lien. Avoir pour mari une donzelle qui annulait les rendez-vous pour danser le tango, ça ne lui plaisait qu'à moitié.

    Il l'aurait du le remarquer. Mais, bien sûr, il s'en est rendu compte trop tard... A-t-il fait ne serait-ce quelque chose pour changer ? Bien sûr que non, trop d'efforts.

    Ca lui aurait sans doute évité le coup des kiwis. Elle l'avait découvert lors d'un pique nique en bordure de rivière. Elle avait réalisé le type cliché de couple américain des années cinquante. Il y avait ces petits tupperwares remplis de salades. Et ces salades... Aux crudités, au thon et au maïs, la Batavia, les pommes de terre. Des petits bijoux qu'elle avait confectionné pour le petit Bernard. Et puis la salade de kiwi. Une horreur. Parce qu'en plus, Bernard n'avait presque pas d'odorat. Encore une anecdote de l'armée, où une balle perdue lui avait détruit les naseaux, le privant on-ne-sait-comment des joies d'un des cinq sens. C'est pour ça, soi-disant éblouit par le soleil et privé des saveurs odorantes, disait-il, qu'il avait plongé la tête dans les kiwis et avait littéralement gobé trois rondelles. L'acidité avait explosé dans son palais. Quand elle l'a vu cracher ses mâchoires comme un forcené, jusqu'à aller boire l'eau marron de la rivière, elle avait compris. En même temps, fallait avoir inventé l'eau tiède pour ne pas « tilter ».

    Aurait-elle utilisé ça comme une vengeance ? Sans doute. Toujours était-il que, depuis maintenant quinze ans, les jambes ne répondaient plus correctement au cerveau. Il ne pouvait pas s'enfuir, et même, ne serait-ce qu'imaginer une quelconque course poursuite pour éviter le supplice. Sa pauvre canne était son seul support. Et puis Elle le dorlotait. La serviette, l'assiette... La disposition des rondelles. C'est vrai qu'il trouvait ça joli. En plus, c'était parfaitement accordé avec les tournesols. Et puis, Bernard n'a jamais su dire non. Encore mois à Elle.

    Elle. Avec ses paumettes qui gonflaient dans ses sourires gênés. Avec ses yeux bordés d'étoiles. Il avait l'impression qu'Elle était constamment émue. Une vraie petite fillette. Aux abords si inoffensive. Et depuis le calvaire. Il avait compris.




    Et, ce matin, comme tous les matins, elle avait fait une belle présentation. Les rondelles entouraient les tournesols, longeaient la corde. Avec sa petite voix douce, elle lui avait souhaité « un bon appétit », accompagné d'un « régale-toi ». Régale-toi. Et puis quoi encore ? C'était sûr. Elle manigançait tout. Depuis le début.



    Mais Bernard, ça a toujours été lui, la fillette.
     
  2. AnonymousUser

    AnonymousUser
    Expand Collapse
    Guest

    Je n'aurais jamais pensé à ça, c'est très chouette comme idée (surtout le passage du mec bien jeune qui passe son temps avec sa mère :))
     
Chargement...