Question (pas si) con Féminisme VS ethnocentrisme et néo-colonialisme

Sujet dans 'Questions (pas si) cons' lancé par Tshepiso, le 14 juin 2016.

?

A l'étranger, dans une situation qui vous choque mais y est culturellement acceptable, que faire ?

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  1. Tshepiso

    Tshepiso
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    Learning to let go.

    Hello !

    Je viens de finir le bouquin "Tales of a Female Nomad, Living at Large in the World", de Rita Golden Gelman (Contes d'une Femme Nomade, Vivre au Large du Monde - traduction pas du tout officielle, si vous avez mieux dites-moi :fleur:), où l'auteure américaine raconte ses voyages dans le monde entier à partir de la fin des années 80 (si vous lisez l'anglais, je vous le conseille vraiment). Une scène m'a particulièrement marquée.

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    Lors de cet épisode et tout au long de ses voyages, Rita Golden Gelman décide de se positionner du point de vue d'une ethnologue, qui regarderait la culture sans la juger, sans essayer de la changer. Elle sort donc de son ethnocentrisme pour rentrer dans le moule de la culture qui l'accueille, quitte à cautionner des actes qui la révoltent.

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    Je m'apprête moi-même à passer un bout de temps en Amérique du Sud, et en tant que féministe particulièrement touchée par les problématiques LGBT, j'appréhende de me retrouver face à de tels actes, ou face à des paroles haineuses. Si celles-ci sont dirigées vers moi, je ne pense pas pouvoir laisser passer, et j'utiliserai très sûrement mon veto d'expat.
    Je suis aussi végétarienne et je me vois mal expliquer mon choix sans expliquer l'impact de l'élevage sur la planète... De plus, quid de l'antispécisme ? Mais si en France j'ai déjà l'impression de faire la leçon, je n'ose pas imaginer l'effet que ça fera à l'autre bout du monde...

    Qu'en pensez-vous ? Se taire, laisser glisser, est-ce la solution ? Expliquer avec pédagogie, n'est-ce pas du néo-colonialisme ?
    Si ce n'est pas dirigé vers moi... Suis-je légitime ? Comment me positionner ?

    Quelqu'un.e a-t-ielle des conseils, des anecdotes, un positionnement qui pourrait m'aider ?

    Merci d'avance :fleur: Et n'hésitez pas à me reprendre si je ne suis pas safe ou inclusive <3
     
    #1 Tshepiso, 14 juin 2016
    Dernière édition: 14 juin 2016
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  2. Giacomo

    Giacomo
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    Quand l'empathie va, tout va !

    Excellent sujet ça m'intéresse énormément !

    De ma petite expérience, quand j'étais en Amérique du sud, dans les quartiers pauvres de Sao Paulo puis dans la Selva au Pérou et dans la banlieue de Lima, je me suis parfois retrouvé face à des situations que je n'aurai pas toléré en France (en Europe même) mais qui, dans ce cadre là, en temps que femme blanche devant faire "ses preuves" (car au Pérou la femme blanche est considéré comme supérieure assez souvent, par exemple dans l'école où j'étais bénévole les maîtresses avaient reçu pour ordre de la directrice d'écouter les gringas, car "elles savent ce qui est mieux") et bah cette situation, ce poids sur mes épaules ça demandait déjà beaucoup de réflexions pour la moindre action.
    Je me demandais souvent, si il y avait un intérêt à comparer la réaction que j'aurai en France et celle que j'ai en Amérique latine..
    Après il y a eu plusieurs situations, que j'estime de différents niveaux :

    1ère situation : maltraitance
    J'étais donc bénévole dans une école (un CEBE plus précisément c'est à dire un centre d'éducation basique pour enfants porteurs de handicap). L'école est divisé en 8 classes par demi journée. Dans chaque classe il y a entre 8 et 15 élèves pour 1 maîtresse et une AVS, les élèves sont tous porteurs de handicaps variés : des enfants trisomiques, des enfants atteints de troubles du spectre autistique, des enfants IMC, des psychoses, des déficiences sensorielles.. Et parfois, la composition des classes (car les enfants sont répartis selon leur âge donc on retrouve des handicaps très dfférents dans une même classe) est très hétérogène et demande une grande connaissance dans l'approche de chaque pathologie, et de savoir gérer le groupe, apporter une aide à chaque enfant et adapter les activités à tous. Et j'ai parfois assisté à des scènes surréalistes pour mes yeux européens
    Une fois un enfant atteint de trouble de l'attention et de troubles de la communication (il n'avait pas de diagnostic précis) se frappait et frappait les autres enfants, il se frappait jusqu'à saigner, se mordait à sang.. Et bien face à cette situation compliqué qui déstabilisait les enfants,la maîtresse a décidé de l'attacher à une chaise avec du scotch : il était pieds scotchés à la chaise et mains attachées dans le dos. Il se remuait dans tous les sens, se débattait..
    Pour la maîtresse la maltraitance était de le laisser se faire du mal, pour certaines de mes camarades il ne s'agissait pas non plus de maltraitance car il n'avait pas été frappé. Et bien pour moi, cette scène était violente. Pourtant, quelle solution adopter à la place ? (pour eux, dans ce cadre précis) ? J'ai proposé des idées, mais la maîtresse m'expliqua qu'elle n'avait pas les moyens de donner à cet enfant l'aide et l'attention qu'il nécessitait. Et cette solution était la seule façon de le garder en classe sans qu'il ne se fasse du mal.

    2ème situation, le végétarisme.
    J'ai été invité par des parents d'enfants de l'école pour fêter la fête nationale. Nous sommes allés faire les courses ensemble et j'ai pu voir à quel point ils ont dépensé pour ce repas, ils refusaient ma participation, c'était leur joie, leur bonheur de me remercier et leur enlever ça c'était une marque d'irrespect (ils me l'ont expliqués). Nous avons cuisinés ensemble, c'était un moment émouvant, qui me permettait de comprendre un peu plus leur vie. Mais une fois à table, devant le repas qui avait demandé tant d'heures, tant d'argent, je n'ai pas réussi à dire que je ne mangeais pas de viande.
    Car pour moi cela n'avait pas de sens. Ces personnes avec qui j'ai partagé mon quotidien pendant plus de 2 mois, je sais ce qu'elles traversent au quotidien, je sais qu'elles n'ont pas d'électricité chez elles, que l'eau n'est pas toujours présente à table, que les enfants souffre parfois de dénutrition.. Partager un repas avec de la viande à table, c'était pour eux, un moment de fête. Et ils n'auraient pas compris ma cause car elle n'est pas la leur. Leur rapport à la nourriture n'est pas le même. Expliquer ma démarche, même avec pédagogie, ça ne me semblait pas pertinent.

    J'ai hâte de pouvoir échanger sur le sujet :cretin:
     
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  3. Bananou

    Bananou
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    Oh ça c'est un sujet intéressant ! :)
    Personnellement, j'ai une idée assez tranchée sur la question. Que l'on soit en France ou à l'autre bout du monde, la violence n'a rien de traditionnel, de culturel ou que sais-je (je fais référence à l'extrait du livre que tu cites). Sinon, ça reviendrait à excuser la fameuse "gauloiserie", la corrida, la fabrication de charcuterie régionale, ....
    Pour le végétarisme, c'est un peu plus mitigé. C'est vrai que j'aime défendre mes idéaux, mais aller dire à des personnes qui souffrent de malnutrition que manger de la viande, c'est mal, ben ça me semble un peu déplacé. Surtout que je suis d'accord avec l'idée de consommer des produits animaux en cas de "force majeure", donc ça n'aurait pas de sens.
     
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  4. Giacomo

    Giacomo
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    Quand l'empathie va, tout va !

    @Herzeka Je partage cette idée de rythme. C'est pour cela que je disais que la comparaison de nos réactions en Europe et dans un pays hors Europe n'est à mon sens, pas pertinent.
    Le contexte politique, culturel, social n'est pas le même. Et il faut s'adapter et échanger avec l'autre plutôt que d'essayer de faire coller notre vision des choses dans leur société.

    Combien de fois ai-je entendu des bénévoles dire que ces populations étaient "sous développées" et qu'il fallait "les élever" (colonialisme je crie ton nom !)

    Cependant, on peut défendre certaines de nos idées, si le dialogue s'y prête. Mais toujours dans l'idée de s'enrichir l'un et l'autre, d'apprendre, de comprendre. Et non pas d'enseigner avec un apprenant et un enseignant.
    A Sao Paulo, certains habitants m'expliquaient qu'ils étaient méfiants des blancs car ils s'étaient toujours présenter à eux comme étant les détenteurs (ce mot existe ?) de la Bonne Pensée...Je trouve ça effrayant que certaines personnes se présentent comme étant supérieure..

    Un autre exemple qui me revient, concernant le handicap. Que faire lorsque nos connaissances nous permettre d'infirmer certaines croyances locales ?
    Dans le cas présent, une mère de famille pensait avoir rendu son fils autiste car elle avait continué à travailler en étant enceinte alors que c'est déconseiller. Elle culpabilisait tellement de cette situation. Peut-on expliquer ce que l'on pense en Europe ? Sans le présenter comme la Vérité, mais plutôt comme une autre explication.
    Je sais pas si je suis très claire..
     
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  5. Pomme Framboise

    Pomme Framboise
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    Vraiment un sujet super intéressant!

    Je pense que ton implication ou non dépend de la gravité de la situation. En cas de danger direct envers une personne je suis d'avis de ne pas rester sans rien faire, aussi parce que dans le cas contraire je pense que je m'en voudrais toute ma vie. Cependant la question est compliquée car je suis complètement contre la violence et il faut donc trouver des solutions alternatives par des discussion par exemple.
    Ensuite il me semble important de bien se documenter sur la culture du pays et sur son historique pour ne pas froisser les gens avec qui tu veux discuter. On ne peut jamais se mettre complètement à la place d'une autre personne donc nous n'avons pas a imposer nos choix.
    Pour le veganisme je suis moi même végétarienne car je suis contre l'élevage intensif et toutes les problématiques qui y découlent. Par contre si je suis invitée chez une famille de pêcheurs locaux je pense que cela ne me poserait pas de problème de manger du poisson. De même si tes hôtes ont dépensés une fortune pour le repas, ne pas manger serait un manque de respect. Après si tu es amenée à vivre avec une famille pendant quelques temps rien ne t'empêche de parler de ton veganisme en leur expliquant qu'il n'est pas nécessaire qu'ils te cuisibent tout le temps de la viande.
     
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  6. Elwingg

    Elwingg
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    Atteinte du pokérus..

    Il y a quelques années suis aller en vacance dans un pays arabe pendant le mois du ramadan, un gars à fait le titre des journaux : il a manger dehors en pleine rue. Il a croisé des flics zélés, ce qui lui a valu un tabassage à mort et 3 jours de prison. Moi j'étais profondément choquée de cette situation, ma famille là-bas trouvaient cela complètement normal pour eux ce n'était que justice. Un homme qui ne se plie pas aux règles du pays dans lequel il vit doit être punit, voilà leur réponse. L'homme aurait été un simple touriste, jamais cela ne serait produit. J'ai même pas oser m'embarquer dans une discussion que je savais vaine. J'aurais du agir, m'indigner et au lieu de ça je me suis tu.
     
  7. Tshepiso

    Tshepiso
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    Learning to let go.

    @Giaomo Merci pour ton témoignage :)
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    En fait je me rends compte qu'à cette occasion, j'ai automatiquement adopté le point de vue de la blanche qui arrive et sait mieux que les "sauvages" ce qui est bon pour les enfants (coucou John Smith :hello:). Je trouve ça détestable, mais j'ai pas pu m'en empêcher. Je sais pas ce qui aurait été mieux...
    J'aime beaucoup cette position. Mais sur des sujets qui me touchent et surtout sur des cas de violence, je suis pas sûre d'y arriver :gonk: Et aussi arrêter de penser qu'on a toujours raison... Même sur des choses qui nous semblent évidentes (pour ça, le processus de déconstruction en tant que féministe m'a beaucoup aidée je pense).

    @Herzeka Merci aussi ! C'est un coin de la planète que je ne connais pas du tout :)
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    @Bananou Tu dis que la violence n'a rien de traditionnel, mais du coup qu'est-ce que tu ferais dans le cas où tu es témoin d'une violence ? Comment est-ce qu'on peut réagir sans être colonialiste et imposer la version du "blanc tout-puissant" qui connaît (ou croit connaître) la vérité ?
    Dans le cas de la malnutrition, je pense aussi que ce serait un total manque de respect si quelqu'un allait leur expliquer pourquoi il faut être vegan. Mais est-ce que ça vaut le coup que je me force, même dans le cadre d'un événement culturel particulier ? Ça me dégoûte rien que d'y penser. :sweatdrop:

    @Pomme Framboise D'un côté je suis d'accord avec toi sur le fait de se documenter, parce que ça permet d'éviter des impairs, et en même temps j'adore arriver dans une nouvelle culture et tout voir avec des yeux de gamine qui découvre le monde. Le côté "sans jugement" m'intéresse, et quand je me suis renseignée sur une culture, j'ai tendance à tirer des conclusions hâtives, à moins poser de questions, à m'être forgé une idée (et donc des stéréotypes) avant.
    D'accord pour l'élevage intensif, mais quid de l'antispécisme ? Même si c'est moi qui pêche mon poisson dans un lac sauvage du fin fond du Canada et qu'il a eu une belle vie, je crois que je n'arriverai pas à le tuer, ni le manger. Sauf si je suis en situation extrême, mais là on sort du débat. Et vraiment, l'idée de la viande dans ma bouche, ça me fait cet effet : :sick:

    Ne te flagelle pas... Je comprends tout à fait cet effet tétanisant quand on se rend compte qu'on est tout-e seul-e à penser d'une certaine façon. :fleur:
     
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  8. Solènebaleine

    Solènebaleine
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    C'est vraiment une question intéressante ! Je me l'étais posée il y a quelques mois suite à une situation que j'ai vécu :
    J'étais en voyage en Thaïlande et je voulais visiter un temple bouddhiste. Il y avait un moine à l'entrée dans une tenue traditionnelle (avec les épaules et une partie du flanc découverts) qui m'a demandé de recouvrir mes épaules. J'ai mis un foulard noir légèrement transparent, mais il n'a pas voulu que j'entre à cause de la transparence du foulard, du coup j'ai dû mettre un énorme tissu épais sur tout mon corps. Il faisait 35°, j'étais la seule personne vêtue ainsi. J'ai croisé plein de gens dans ce temple avec les épaules découvertes, mais comme c'était des hommes, ça ne posait pas de problème. Du coup, je me suis sentie super humiliée. Et le fait que ce soit un homme moins habillé que moi qui m'ait ordonné de mettre ça, je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir pas mal de colère.
    Mais malgré tout, j'ai décidé de ne pas réagir et d'obéir aux règles : ce n'est pas mon pays, et en plus de ça, c'était un lieu religieux que je n'étais aucunement obligée de visiter.

    EDIT : Je me suis souvenue après coup, et je tenais à le préciser, que c'est le seul temple que j'ai visité en Thaïlande dans lequel j'ai eu l'impression qu'on ne demandait qu'aux jeunes femmes de se couvrir. Tous les autres temples que j'ai vus demandaient à tout le monde, sans distinction, d'avoir les épaules et les genoux couverts.
    La discussion sur le tourisme m'intéresse beaucoup, et je me demandais du coup s'il y a quelque chose de problématique en tant que touriste blanche et privilégiée à visiter des temples bouddhistes ? (qui sont ouverts aux touristes).

    Une autre chose qui m'a frappée en Thaïlande, c'est la quantité d'éléments occidentaux. J'y suis allée pendant la période de Noël, et dans les grandes villes, il y avait des sapins de noël partout. Quand je pense que dans mon pays, on refuse toute forme de culture non occidentale avec l'argument : "va voir dans leurs pays à eux s'ils acceptent notre culture" ...
     
    #8 Solènebaleine, 14 juin 2016
    Dernière édition: 16 juin 2016
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  9. madmoizelle N

    madmoizelle N
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    Comment qu'c'est ?

    C'est hyper intéressant comme sujet et @Herzeka j'aime beaucoup ce que tu dis.
    Au sujet d'être vegan, en vrai dans beaucoup de plats traditionnels la viande est venue s'ajouter avec la colonisation. Par exemple le couscous est vegan dans beaucoup d'endroits (le couscous royal bourré de viande et le couscous avec des merguez, on n'y est pour rien c'est les francais qui l'ont inventé). Je crois savoir que c'est un peu le même principe en Inde mais @Vino Cardamom est plus calée que moi sur ces questions.
    Quant aux traditions qu'on ne comprend pas, deja je trouve ça fondamental de comprendre pourquoi les gens font ce qu'ils font. J'ai vu des gens rentrer de pays lointains et exotiques critiquer des traditions sans même avoir demandé pourquoi les gens font ça. Apres, tout dépend de la situation et de l'ouverture d'esprit de ses interlocuteurs mais je crois qu'il est important de rester à sa place, ce qui n'empêche pas de l'ouvrir ou meme d'agir.
    D'ailleurs, il y a un truc que je fais souvent (et mes potes me l'ont volé), parler maison de retraite avec des gens qui ne sont pas de culture occidentale. Ça remet vite à sa place quand ils te regardent en mode "Quels monstres êtes vous?"
     
    Maia Chawwah, Growing Entish, AprilMayJune et 16 autres ont BigUpé ce message.
  10. Allitché

    Allitché
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    C'est juste que c'est pas juste quoi.

    Bon de un, je suis contente que tu poses la question. Je suis rassurée que des gens en aient conscience...
    par contre, perso, pour moi, ce n'est pas neutre. Le fait qu'une personne blanche, ou occidentale, puisse se poser cette question symbolise le privilège blanc. Pour être moi-même une étrangère d'ici, je n'ai pas eu le choix mais de m'adapter aux coutumes locales, même si elles sont inscrites constitutionnellement et moins progressistes, que la culture de mes parents. Pouvoir se poser la question est un grand luxe de ce point de vue-là... Enfin, je suis un peu off-the-topic mais en règle générale, dans le monde, les locaux passent avant les étrangers, et c'est une règle assez universelle que tu "subiras" en allant à l'étranger. Je ne sais pas combien de temps tu vas vivre à l'étranger mais ce qui se passe si tu restes longtemps à l'étranger, c'est que tu adoptes un "mode de survie", surtout s'il y a des enjeux ethniques derrière. Bref, je veux dire, c'est facile de voir chez les autres des actes de violence qu'on pense être acceptés mais nous ne faisons pas beaucoup mieux ici. Dis-toi que tu vas voir autant de violence acceptée culturellement qu'ici, et que tu ne dois pas rajouter émotionnellement une charge parce que tu es à l'étranger. Tu es peut-être touchée par telle violence là-bas mais quelle violence d'ici n'as-tu pas vue parce qu'intériorisée? Je pense qu'il faut vraiment prendre avec des pincettes ce que tu entends par situation inacceptable à l'étranger, et ne pas oublier que nous ne sommes pas parfaits ici. Du coup, peut-être, ça peut t'enlever ce poids des épaules?
    Après d'un point de vue perso, agir ou pas, tu devrais te poser la même question qu'ici, agir sans se mettre en danger, ou agir par principe?
    (Désolée pour le ton direct, c'est un "tu" général)

    Le rapport à la nourriture... c'est compliqué. Le véganisme peut être vu comme un choix de personnes qui peuvent se le permettre. Si les gens ont un rapport plus de survie à la nourriture, c'est certain que c'est décalé de parler de cela, mais c'est aussi le cas ici d’ailleurs pour les gens précaires. A mon humble avis, tu ne devrais en parler que si tu sens que la discussion peut être ouverte et qu'il n'y ait pas de question de survie derrière. Et sinon je pense que la franchise, ça passe toujours. Dire "je n'aime pas le goût de la viande" a quelque chose d'assez universellement compréhensible, et évite de rentrer dans trop de considérations méta. Est-ce que ça peut t'aider? :fleur:
    (En plus, dans certaines cultures, c'est mal vu d'être compliqué à table...)

    Pis sinon, je pense que rien ne vaut une discussion avec les gens sur les traditions. Alors oui je pense que demander "pourquoi vous faites cette tradition barbare" n'est pas la meilleure approche (sans blague) mais poser des questions générales puis cibler peut aider. En plus, les gens en général sont heureux de raconter de leur pays. Enfin, il me semble que c'est assez universel. En plus, ça rejoint l'adage "écoute d'abord, parle après" :)
     
    #10 Allitché, 14 juin 2016
    Dernière édition: 14 juin 2016
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  11. Margay

    Margay
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    Question super intéressante que je me pose actuellement vu que je suis en Afrique de l'Ouest!
    Et j'avoue que je ne sais pas comment aborder le problème, des situations que j'ai vécu, je ne réagis pas, mais j'en parle plus tard à froid pour lancer un "débat", voir comment ça se passe ici, et comment on gère ça en France.
    J'ai par exemple été témoin de maltraitance infantile, avec un homme qui frappait un enfant au baton. Comme j'entendais un enfant pleurer devant ma porte, je suis sortie pour voir. Je n'ai pas essayé d'arrêter l'homme parce que j'étais choqué et je voyais pas comment réagir non plus, mais je pense que le fait que je sois sortie et que je demande "qu'est-ce qu'il se passe" à permis de réduire la "punition". J'en ai pas reparlé avec la personne, mais un autre Africain (je dis Africain pour ne pas qu'on connaisse le pays où je suis) m'as un fois demandé si j'avais vu des choses qui m'avait choqué ici et j'ai pu lui parler de ça, ça a entamé une discussion intéressante

    Et concernant le droit des femmes, il m'arrive de poser des questions anodines mais orienté du genre, après avoir appris que la polygamie pour les hommes étaient autorisé, "mais les femmes peuvent elles?" et ça suit sur une discussion sur comment ça se passe en France et comment s'est vu ici etc

    Une autre fois, une femme faisait la lessive pour elle et son copain et je lui ai demandé s'il l'a faisait aussi (vrai question), si elle aimait faire ça et tout, au final, elle n'aime pas faire ça mais elle refuserait que son copain le fasse parce que "c'est aux femmes de le faire". Donc la situation lui convenait et j'ai pas insister

    Bref, je pense que c'est dur de réagir, déjà en France, une situation de violence c'est compliqué d'agir, alors dans un autre pays... Par contre, je pense pas que ce soit mal d'en discuter, de comprendre, voir comment ça se passe dans différent pays, etc. Le but n'est pas de changer les choses mais juste de discuter et d'échanger des points de vue que ni l'un ni l'autre n'avons entendu auparavant

    (Je ne parle pas que de situations violentes du coup, mais de diverses situations qui sont en "contradiction" avec mes idéaux et auxquelle je peux réagir pluss quand je suis en France )
     
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  12. Tshepiso

    Tshepiso
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    @Solènebaleine Pas besoin de partir si loin pour être mal à l'aise avec les religions, je crois... La première fois que je suis rentrée dans une synagogue française, je me suis sentie hyper insultée (comment ça il faut que je reste en haut parce que je suis une tentatrice ?!). J'en ai parlé à des concerné-e-s après qui m'ont confirmé que c'était stupide mais que c'était la tradition, du coup je l'ai moins mal vécu. C'est marrant (non) mais dans les lieux religieux j'ai tendance à mieux accepter d'être mal traitée...

    @madmoizelle N C'est bon à savoir pour la viande non-tradi ;) Je suis hyper d'accord avec toi sur le fait que c'est important de comprendre. Mais pourquoi est-ce qu'on passe notre temps à juger ce qu'on ne comprend pas ? Je crois que ce qui est surtout important, c'est de ne pas juger MÊME SI on ne comprend pas. Surtout que les locaux ne nous doivent aucune explication de leurs coutumes.
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    Un bon exemple de moment où j'ai été remise à ma place bien comme il faut, et où j'ai compris que je devais mettre mon jugement de côté, même si je ne comprenais pas.

    @Allitché Je suis tellement d'accord avec toi ! J'ai vraiment conscience de ma position de privilégiée en postant ce topic (je suppose que tu t'adressais à moi ?), et c'est justement parce que je suis privilégiée que je préfère poser la question avant de commettre un impair et blesser quelqu'un. Je veux pas faire de white tears, j'essaye juste de t'expliquer ma démarche :fleur:
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    Je crois pas avoir utilisé le terme "situation inacceptable", si ? :fleur: Et comme je te le disais plus haut, je sais que nous ne sommes pas parfaits. Le truc c'est qu'ici en France, en tant que Française, je suis légitime pour m'exprimer, m'indigner, contre les discriminations et les violences, je n'y pense pas à deux fois quand je suis sifflée dans la rue : je réagis. Là-bas... Peut-être que c'est mieux que je la boucle ? (Je ne parle pas de sécurité, ici, mais bien d'ethnocentrisme. Si je ne me sens pas safe, que ce soit en France ou ailleurs, bien sûr que je la boucle.)

    Ça peut être une bonne idée ! Je pensais aussi tabler sur des allergies alimentaires pour éviter le débat... Même si c'est pas très honnête :erf:

    @Margay J'aime bien la façon que tu as eu de réagir. Ça a pas dû être facile :fleur: J'aime bien surtout cette phrase, que je garderai en tête :
     
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