Je corresponds avec un condamné à mort — Témoignage

Sujet dans 'Réactions aux articles' lancé par Adawen., le 14 février 2014.

  1. Adawen.

    Adawen.
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    Screen 5 !

  2. salsifi

    salsifi
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    Guest

    Un grand merci pour ce témoignage qui m'a énormément interpellée, étant de manière générale intéressée par les conditions de vie en détention, et notamment tout ce qui touche à l'humain, comme facteur de réinsertion (ou juste comme touche d'humanité quand la réinsertion n'est pas à l'ordre du jour).

    J'adorerais communiquer avec un prisonnier, mais mon niveau d'anglais ne me permettrait certainement pas de correspondre avec un anglophone. Je vais commencer à me renseigner sur les correspondances avec prisonniers en France. Mais pour le moment, les demandes de correspondances que j'ai pu trouver sont d'avantage tournées vers une recherche de relation amoureuse...

    Edit : bon et puis en fait, après avoir creusé un peu, je pense qu'il faut vraiment s'interroger sur les raisons pour lesquelles on a envie de faire ça. Je viens de tomber sur une demande de correspondance de Mr Y.Fofanna - affaire du meurtre d'Ilan Halimi (j'ai eu l'occasion de croiser cet individu lors d'un stage en maison d'arrêt - je me suis faite insultée). Bref, ça me fait un peu gamberger quand même...
     
    #2 salsifi, 14 février 2014
    Dernière édition: 14 février 2014
  3. Remus

    Remus
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    A bouffé du clown

    Ce témoignage me laisse une impression de malaise. D'abord, j'aurais aimé savoir pourquoi cette jeune femme souhaitait tellement correspondre avec un condamné à mort ? J'ai compris qu'il y avait une envie d'aider, d'apporter quelque chose à une personne enfermée, qui attend la mort. Mais finalement les informations sont maigres. Pourquoi un condamné à mort ? Pourquoi ne pas parrainer un enfant, pourquoi ne pas travailler au Restau du coeur ? (Ce sont des exemples pour explique que le choix du condamné à mort n'est sûrement pas anodin, donc que j'aurais aimé en savoir plus). Quelques phrases m'ont perturbé aussi ("peur de ne pas l'intéresser" ...). Sincèrement, je peux me tromper bien sûr, mais j'ai l'impression que l'auteur a souhaité écrire à un condamné à mort par curiosité… Je ressens donc (encore une fois sûrement à tort, je n'ai lu qu'un témoignage, sans plus d'informations, de détails) quelque chose de malsain dans l'acte, dans le choix, de l'auteur.

    L'auteur est finalement bien tombée, puisqu'il y a des doutes sur la culpabilité de Clinton. Ouf, je dirais ! Je suis très intéressée par le crime, les tueurs en série, leurs profils, points communs, les éléments déclencheurs, le passage à l'acte, modus operandi, etc. Mais ça ne m'est jamais venu à l'idée de vouloir rencontrer ou correspondre avec l'un d'eux. Je ne peux pas dépasser le fait qu'ils ont fait souffrir beaucoup de personnes, qu'ils ont fait du mal. Là, il ne s'agit pas de ça, bien sûr, mais j'essaie simplement d'exprimer ce que j'ai ressenti à la lecture du témoignage. C'est l'enthousiasme de l'auteur peut-être, le fait qu'on en sache pas beaucoup plus sur ses motivations, sur ce qu'elle voulait/espérait que ça lui apporte avant de commencer à correspondre avec Clinton.

    Pourquoi choisir précisément un condamné à mort, est-ce qu'elle s'était posée des limites (étudier les profils des correspondants possibles pour ne pas tomber sur un meurtrier dont la culpabilité serait avérée) ?

    Et le "Et toi, ça te tente ?" avec le "Foncez ! Ce sera le début d'une superbe aventure (…)" … Wow, ça ne m'a pas plu du tout. On parle de personnes condamnées à mort, on parle de personnes qui dans la plupart des cas ont tué et en tout cas fait souffrir réellement d'autres personnes (victimes, familles des victimes, proches, etc.) donc peut-être prendre un peu plus de pincettes, de subtilité… Ce ne sont pas des phénomènes de foire et ce n'est pas anodin de faire la démarche d'écrire à un condamné à mort. Et quand il s'agit aussi de non condamnés à mort, de simples prisonniers, il faut aussi toujours penser je crois qu'ils ont fait (la plupart) une bêtise (plus ou moins grave)... Vraiment ça m'a toujours gêné ce sujet, vouloir "approcher" un prisonnier, "correspondre", "devenir son ami" ... Ça fait cirque, cirque de monstres, safari presque ! (j'exagère pour mieux m'exprimer). Ce sont les raisons de la démarche en fait qui me gêne la plupart du temps, pas la démarche en elle-même.

    PS : Je ne remets pas en cause tout ce qu'un être humain peut apporter à un autre être humain qui se trouve dans une situation inhumaine qui est celle du couloir de la mort. Au contraire ! C'est la démarche de l'auteur qui m'interroge.
     
    #3 Remus, 14 février 2014
    Dernière édition: 14 février 2014
    ForeverAgo et Pommedapigranny ont BigUpé.
  4. Ordinary

    Ordinary
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    nothing else matter

    Intéressant cet article, bien que comme Remus, je ne puisse m'empêcher d'être un peu mal à l'aise face à tant d'enthousiasme. le "Foncez! ce sera le début d'une super aventure", on parle quand même pas d'adopter un poney pour faire des ballades sur la plage... Et comme tu le dis toi même, il ne faut pas s'engager dans cette démarche à la légère, bien sûr parce que le prisonnier va compter sur ces lettres et qu'il faudra s'investir sur le long terme mais aussi parce que ça peut, je pense, avoir un côté vraiment perturbant, voire destructeur, suivant la personne sur laquelle on tombe et ce qu'elle choisit de mettre dans ces lettres.

    Tu es tombé a priori sur quelqu'un de bien qui n'a pas eu de chance. D'autres sont de vrais manipulateurs pervers qui peuvent détruire quelqu'un, même à travers de simples lettres.

    Bref, l'article reste très intéressant, d'autant qu'assez inhabituel. J'imagine que c'est cet enthousiasme sans faille qui nous perturbe un peu.

    Mais surtout, si je peux me permettre, pourquoi spécifiquement un prisonnier américain? Pourquoi un condamné à mort? Ce que je veux dire c'est que le même principe existe en France. Qu'est-ce qui t'a donné envie d'écrire plutôt à l'étranger?
     
    Pommedapigranny a BigUpé ce message
  5. umma_gumma

    umma_gumma
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    You wanna cookie? Guest

    Je suis assez d'accord avec toi, et ton sentiment. Je n'irais pas jusqu'à dire que c'est malsain, parce qu'effectivement on a assez peu d'informations et de détails sur ses motivations.
    Quant à sa présumé innocence, c'est très mignon, mais ça me parait idéaliste et naïf, il est peut être innocent, et je leur souhaite qu'il soit libéré. Mais je pense qu'il y'a aussi de forts risques pour qu'il soit coupable, faudrait quand même arrêter avec le gros cliché et la grosse généralisation : "les Etats-Unis sont des gros bourrins sans cervelle, ils condamnent à mort des centaines d'innocents par mois". Et dans le cas où il est coupable, elle se berce d'illusions juste parce qu'elle correspond avec lui...
    Enfin je vais prendre un exemple tout bête et qui sera moins "dramatique", comme beaucoup je pense, j'ai rencontré des mecs par internet, via Meetic ou autres.
    On se plait par photos, on chatte, et très très trèèès rapidement, on se fait des films. Oh il a utilisé tel smiley, ou son écriture est tellement belle, on aime la même chanson etc etc etc, BAM on tombe sous le charme d'une image fantasmée de cette personne.
    Et j'ai l'impression que c'est ce qui est arrivé à cette jeune fille. Elle s'est engagée a fond, je dirais presque de manière excessive dans le combat pour la libération d'une personne qu'elle n'a jamais rencontrée. Elle en parle presque comme de quelqu'un d'amoureux.
    Mais je souhaite à cette personne et au condamné que tout se passe pour le mieux, et qu'il soit libéré.

    De façon générale, je trouve que c'est une belle démarche d'écrire à un condamné à mort, c'est lui apporter un rayon de soleil dans ses derniers jours et ça n'a pas de prix. Mais je pense qu'il faut être extrêmement fort psychologiquement, pour ne pas s'attacher à cette personne, ne pas s'effondrer à la fin...
     
  6. Galaadina

    Galaadina
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    Ce témoignage m'a mise très mal à l'aise.
    Autant je trouve passionnante la démarche de correspondre avec une personne emprisonnée, condamnée à mort ou non, et pouvoir lire un témoignage là-dessus est une belle opportunité.
    Autant le passage sur l'innocence du jeune homme m'a vraiment dérangée. Je connais les failles du système judiciaire américain (et pas que américain, d'ailleurs), je sais qu'il est malheureusement possible d'atterrir dans le couloir de la mort sans être coupable. Mais de là à aller crier à l'innocence de quelqu'un dans un témoignage de ce type, je ne sais pas, ça me met mal, ce n'est pas le lieu, pas la bonne façon à mon sens. Cela couplé à un certain manque de recul sur le jeune homme (il est drôle, a une personnalité magnifique, etc... c'est peut-être vrai mais il apparaît comme mis sur un pied d'estale, on dirait), cela me donne une vision de cette correspondance un peu... ben en fait, je ne sais pas trop, je n'ai rien à y "redire", mais ça m'a mise mal à l'aise, sans pouvoir vraiment l'expliquer.

    Quoiqu'il en soit, je trouve ça chouette que des gens fassent cela, ce n'est en aucun cas une remise en question de l'intérêt de ce type de pratique, ni même du témoignage. Seulement ce dernier a un je-ne-sais-quoi qui me laisse dubitative.

    EDIT : Ah ben je n'avais pas lu les précédentes réactions, je suis rassurée de voir que je ne suis pas la seule à m'interroger ^^
     
  7. Remus

    Remus
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    A bouffé du clown

    Je pensais avoir pris assez de précaution pour ne pas qu'on interprète mal mon propos, mais je pense m'être mal exprimée du coup si tu as compris ça. Je ne fais aucune hiérarchisation entre le fait d'aider un enfant, un SDF et un condamné à mort ; bien qu'il y ait des différences énormissimes tout de même entre un SDF et un condamné à mort, il ne faut tomber dans un relativisme à l'extrême (un condamné à mort est coupable d'un crime particulièrement odieux — en général, évidemment il y a des erreurs judiciaires). Ce n'est pas la même chose de vouloir apporter de l'aide à un SDF que d'apporter de l'aide à un condamné à mort : et je parle en terme de démarches. Faire la démarche d'écrire à un condamné à mort n'est pas anodine. On prend le risque d'écrire à quelqu'un qui a effectivement tué des gens, à quelqu'un qui peut être ne regrette aucunement ses actes, à quelqu'un de mauvais. Les risques quand on parraine un enfant ou quand on aide un SDF sont tout de même moins importants... Ça pose un cas de conscience.

    Du coup je m'interroge sur ce qui a poussé l'auteur à vouloir à tout prix et avec un tel enthousiasme écrire à un condamné à mort ? (sans jugement aucun) Voilà tout. J'aurais aimé avoir le schéma de pensé de l'auteur. Parce que je l'avoue, j'ai du mal à comprendre qu'on puisse vouloir écrire, apporter du bonheur, de la joie, à un condamné à mort. C'est peut-être un tort que j'ai, mais j'ai le sentiment qu'il y a des limites à l'empathie et à l'humanisme. Quand il s'agit d'aider quelqu'un dont la culpabilité n'est pas avérée, je le comprends aisément et totalement. C'est important d'aider à la libération et à la réhabilitation et c'est important de correspondre, donner de la joie, de l'espoir, à ces personnes pour qu'elles gardent courage. Mais la démarche n'est pas la même : prendre contact avec quelqu'un dont on est convaincu qu'il est innocent et prendre contact avec un condamné sélectionné un peu au pif, dont on ne sait pas grand chose, sauf qu'il est condamné à mort (et ce n'est pas bon signe, pas le meilleur point de départ).

    PAR CONTRE ! important de préciser, je suis consciente qu'il y a des erreurs judiciaires, des hommes et femmes condamnés à mort pour de mauvaises raisons, innocents, et là je suis absolument POUR qu'on se batte pour leur libération et leur réhabilitation.C'est important de se battre pour l'abolition de la peine de mort, c'est important de se battre pour que les erreurs judiciaires cessent, que les condamnations arbitraires, racistes, cessent. Et évidemment je suis CONTRE la peine de mort. Voilà c'est dit, je ne veux pas passer pour une monstre sans coeur, fasciste ou je ne sais quoi. Mais de là à vouloir apporter du bonheur, de la joie, à s'intéresser à un tueur/violeur/etc. (dont la culpabilité est avérée), parce que c'est un être humain, et ne faire aucune différence avec un SDF, un enfant battu, ... Ça me dépasse (ce n'est peut-être pas ce que tu as voulu dire ?).

    Encore une fois, ici, le témoignage est heureux et touchant parce que Clinton semble être innocent. Mais si ce n'était pas le cas ? C'est cette question qui fait que l'enthousiasme de l'auteur me gêne et me fait m'interroger.
     
    #7 Remus, 14 février 2014
    Dernière édition: 14 février 2014
  8. umma_gumma

    umma_gumma
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    You wanna cookie? Guest

    J'ai aussi lu son histoire, en diagonale, je l'avoue, donc il est possible que je ne sois pas à 100% correcte dans ce que j'en ai compris, et puis je n'ai pas spécialement étudié le cas. Mais je trouve que la façon qu'il a de décrire les actes de délinquance commis dans son adolescence, est assez perturbante. Rien ne semble jamais de sa faute, c'est la faute à pas de chance, "je suis sous médocs, on m'a donné des médocs qui me rendent agressif" ok je grossis le trait; mais j'ai l'impression qu'il se victimise beaucoup.
    Il a été accusé d'actes d'indécence envers un mineur, et il l'explique comme quoi il se battait, uniquement vêtu d'un tshirt et d'un boxer, et que malencontreusement pendant la bagarre, son boxer a glissé et son pénis est sortit, et du coup, pas de bol, il a été accusé. ok. C'est un peu gros je trouve, non?
     
  9. Marionette_94

    Marionette_94
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    Potterhead :ravenclaw:

    Salut les MadmoiZelles !

    Ma famille et moi sommes très impliqués dans le conflit Israelo-Palestinien qui nous tiens énormément à coeur. Chacun a la possibilité de correspondre avec un prisonnier Palestinien et c'est ce que nous faisons. Ce n'est pas grand chose en apparence puisqu'à cause de la censure, les prisonniers Palestiniens ne peuvent pas répondre à leur courrier. Hors cela leur montre qu'ils ne sont pas seuls, que nous les soutenons (car la plupart sont enfermés à tort). Nous lui parlons des actions que nous faisons en faveur de la Palestine (manifestations, témoignages, etc). Ma petite soeur y a joint un dessin qu'elle avait fait, une fois.

    Même si nous n'avons pas de réponse, ça fait chaud au coeur de savoir que nous donnons de l'espoir à quelqu'un qui n'en a probablement plus (ou très peu).

    Voilà voilà (:
     
  10. umma_gumma

    umma_gumma
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    You wanna cookie? Guest

    On se rejoint sur plusieurs points je crois. Sauf que moi, je pense que c'est admirable, mais aussi demande une force de caractère énorme, de correspondre avec un homme condamné.
    Je suis également totalement contre la peine de mort, qui est je pense une peine inhumaine. Et écrire, à ses personnes, dans les derniers jours, c'est leur rendre un semblant d'humanité.
    Personnellement, je serais incapable, de correspondre avec quelqu'un qui a, de façon avérée ou non, tué, violé, torturé. Mais dans ses derniers jours, même le criminel le plus sauvage, reste un homme. Il a un coeur, un cerveau, il a sans doute peur de ce qui l'attend et lui envoyer une lettre décrivant par exemple, un arc en ciel après la pluie, c'est un geste d'humanité qui compte beaucoup je pense. Voilà c'était mon instant un peu idéaliste
     
  11. Dervillo

    Dervillo
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    Ce témoignage m'a mis un peu mal à l'aise. Déjà, le fait qu'elle se soit fait une conviction sur l'innocence du condamné et que cela l'ait "rassuré". Durant ma "formation" auprès du Courrier de Bovet, une association de correspondance aux détenus dans les prisons françaises, on m'a expliqué que l'on ne connaîtrait pas la raison de la détention. J'ai trouvé ça très bien. Pendant un an, j'ai correspondu avec Julien sans savoir ce qu'il avait fait, et c'était mieux comme ça. Je suppose qu'il était coupable puisqu'il a été placé en prison, mais la correspondance s'est faite malgré ça, justement.
    Pour moi, la correspondance au détenu et le soutien qu'on leur apporte est surtout le meilleur moyen de faciliter leur réinsertion et de construire ensemble, à termes, une société plus juste. C'est pour ça que la correspondance aux détenus est utile, au même titre que d'autres associations. Mais effectivement les motivations de chacun à s'y lancer doivent être bien claires et bien "nettes", car on correspond avec un inconnu, dans un contexte particulier. Le Courrier de Bovet aide beaucoup au début à trouver les limites, à définir un cadre. Je vous encourage d'ailleurs à vous rapprocher d'eux, si ça vous intéresse!
     
    Lady Stardust et Maia Chawwah ont BigUpé.
  12. umma_gumma

    umma_gumma
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    You wanna cookie? Guest

    A partir du moment ou elle en parle elle même dans son article, qu'elle nous invite à aller lire son histoire, je pense que c'est pas plus inapproprié qu'autre chose. Merci de ton avis
     
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