[La dame en vert] Jalousie

Sujet dans 'Forum Ecriture' lancé par Bleuenn, le 11 décembre 2009.

  1. Bleuenn

    Bleuenn
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    For death and glory.

    Elle s'est levée, a regardé sa robe dans le miroir, puis elle a fermé la porte à clé. Il dormait encore.
    Elle descendit les marches à pas feutrés, comme un souvenir qui s'estompe déjà.
    Un dernier coup d'œil dans le miroir éclaté du vestibule. La couleur de sa robe s'y éparpillait en fragments, le vert d'une jalousie qui avait pulvérisé le prisme des possibles. Elle savoura la portée du symbole, puis s'arrêta à l'entrée du couloir qui la mènerait enfin à la liberté. Il lui sembla qu'il s'étirait devant elle, tel un espoir qu'on laisse planer en suspens. Un espoir, ou plutôt une menace. Elle se décida à s'y engager, prudente mais déterminée, le regard toujours fixé sur les volants de sa robe qui virevoltaient.

    Elle avait toujours eu le cœur en fariboles, mais cette fois-ci elle avait vu juste, elle le savait. Il allait la quitter, partir pour une autre comme tous ceux avant lui, et alors la mousseline verte qui recouvrait son corps ne servirait plus qu'à dissimuler les bleus de son cœur. Cette fois-ci, elle prenait les devants. Les autres lâches lui avaient trop balafré l'âme ; il paierait pour eux. Un peu injuste, mais elle avait bien mérité sa revanche. Pour une fois, une fois au moins, elle pouvait dire qu'à défaut d’avoir réussi sa romance, elle en avait maîtrisé le point final avec grâce, marchant en dansant presque vers la porte de sortie.

    En posant la main sur la poignée, elle eut soudain la bouche sèche ; sèche d'avoir trop aimé, assurément. Comme pour se donner du courage, elle déglutit et tira la porte. Le tissu vert tournoya une dernière fois alors qu'elle s'engouffrait dans le courant d'air du dehors.

    Il ouvrit les yeux et se retourna dans le lit à moitié vide. Il se souvint qu'on était dimanche, elle avait dû partir acheter les croissants.
    Dimanche !
    Se rappelant l’importance de la date, il se leva en sursaut et alla ouvrir le tiroir du bas de la commode, celui qui lui était réservé. Un sourire aux lèvres, il extirpa la petite boîte recouverte de velours noir, l'ouvrit, et admira les reflets verts des émeraudes incrustées dans la bague de fiançailles.
     
  2. emi974

    emi974
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    Joyeuse et enjouée

    Un texte magnifiquement bien écrit, une histoire touchante, émouvante, surprenante...
    J'espère qu'ils se retrouveront tous les deux...
     
  3. Bleuenn

    Bleuenn
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    For death and glory.

    Merci :o
     
  4. et_toi_je_t'aime

    et_toi_je_t'aime
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    Avaleuse de livres

    J'adore moi aussi, très bien écrit !

    Et moi aussi j'espère qu'ils se retrouveront, j'avoue qu'au début je ne comprenais pas trop pourquoi elle voulait partir... Mais à la fin j'ai eut un boum dans le coeur, au mot " bague de fiancailles " .

    (l)
     
  5. Eloyce

    Eloyce
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    Cheese nacho baby

    Chapeau bas, c'est vraiment génial! Tu as une jolie plume je trouve, ton texte dégage quelque chose d'envoutant, j'aime beaucoup :d
     
  6. Kalliisto

    Kalliisto
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    Rêveuse & râleuse

    C'est simple mais surtout très efficace :). Chaque mot choisi avec soin on dirait... C'est vraiment très agréable à lire ! Bravo :)
     
  7. Bleuenn

    Bleuenn
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    For death and glory.

    Oh, j'étais pas passée ici quelque temps, je n'avais pas vu vos posts ! Merci beaucoup les filles (et pour les big-ups aussi), je suis très touchée et contente que ça vous ait plu.
     
  8. Bonnie

    Bonnie
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    Mélange instable

    Magnifique texte, qui ce lit avec une très agréable fluidité. Les mots employés, la cadence... L'impression "d'être dedans" .
    Ce que tu as écris me fait un bien fou. Il y a la tristesse d'une séparation inutile bien sûr.
    Mais il est évident que chaque personne peut interpréter chaque texte à sa propre manière.
    Ce que je lis dans le tiens, ce que je retiens ce sont les ravages que le passé peut causer. Ce que ceux d'avant peuvent détruire, la confiance, la sérénité.
    Tout ce mal qu'ils peuvent causer alors qu'ils ne sont plus là depuis longtemps, qu'ils sont pourtant oubliés. Détruire tout ce que l'on essaie de construire.
    Le fantôme de ce qu'ils nous ont fait vivre, pas le leur de fantôme, "juste" celui de ce qu'ils nous on fait.
    Alors même si chaque relation est différente, même si il n'y aucune raison que la même situation ce répète encore et encore c'est comme ça on y pense.
    Un peu d'abord, et puis de plus en plus fort. Ce qui n'était à la base qu'une pensée, qu'une inquiétude, ce transforme en peur réelle, en angoisse. Finir par ce dire que de toute façon c'est sûr ça va recommencer. Et puis ne plus rien ce dire. S'en être finalement tout bonnement convaincu, voir tous ces signes. Sentir au fond de soit qu'il s'éloigne, peut être vers une autre, peut être pas, mais qu'il s'éloigne c'est sûr. Alors oublier tout le reste, ne plus voir que ça. N'être même plus capable de ressentir le reste, juste aveuglée par la peur, au point de ne même plus réaliser que ça, que de la peur.
    Penser à partir, pour prendre le contrôle une fois au moins. Pour ne plus être celle qu'on abandonne. Parce qu'être quitter après avoir tant aimer, encore une fois , on ne peut même pas imaginer l'idée de le supporter.
    Tout foutre en l'air. Pour ce qui parait n'être rien.

    Voila tout ce que ton texte m'a fait ressentir. Je savais déjà tout ça, je savais d'où ça venait. Je pensais juste ne pas être normale, dans le sens ou ça avait bien trop d'importance pour moi, ou ça faisait bien trop de dégât pour être "normal". Je pense n'être pas passer loin de l'étape de la conviction profonde. Et grâce à toi , à ce que tu as écris, je sais que je vais trop loin. Comme un électrochoc : Ne pas prendre le risque de détruire ce qui pourrait être la plus belle chose qui me soit arriver. Attendre et prendre un autre risque, celui d'être réellement abandonnée une fois de plus. Pas celui de regretter.

    Je suis désolée pour le pavé. Juste que ton texte m'a tellement touchée.
     
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