[la grande roue] - No need to say goodbye-

Sujet dans 'Forum Ecriture' lancé par Youki.D, le 11 janvier 2010.

  1. Youki.D

    Youki.D
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    Imaginez un texte avec une grande roue
    6h du matin ou 23h30
    - No need to say goodbye -

    Alain, 53 ans, au chômage, sans domicile fixe.
    Après quelques heures de sommeil, Alain s?étonne de vivre encore. S?étonne que le froid n?ait pas brisé ses os, gelé sa peau. Machinalement, il se replie sur lui-même, essayant de grappiller un peu de chaleur, avant de repartir survivre dans le froid. Il pense à son chien, qu?il est allé déposer au refuge il y a quelques semaines. Il se faisait vieux et Alain n?avait pas le courage de lui imposer un énième hivers dans la rue, ni d?ailleurs les moyens de lui payer encore à manger.
    La fontaine avait gelé, Alain regarda ses ongles crasseux et pensa à sa barbe -qu?il gardait désormais longue- sale . Que n?aurait il pas donné pour un évier et du savon.

    Zoé, 18 ans, étudiante.
    Zoé enfila au hasard une chemise Paule K, des collants, ses bottes préférées (des Manolo) et sa chapka. Elle descendit les 30 marches qui la séparaient de la salle à manger, où elle attrapa un croissant sur le plateau, dressé avec minutie par la domestique de sa mère. Tiens, justement cette dernière sortait du petit salon, en déshabillé de soie. Pathétique.
    - Tu as reçu un colis. Il vient du Canada.
    Zoé attrapa la petite boîte qui trainait négligemment sur la commode.
    Roger P. Son père. Celui dont elle filtrait désormais l?appel mensuel.
    - Enlève cette chose ridicule, il fait bien assez chaud.
    Zoé obéit, le temps de se recoiffer devant le miroir, puis remis sa chapka.
    - Va t?habiller correctement, il te manque au moins une jupe, ou un pantalon.
    Ce fût le claquement de la porte d?entrée qui répondit à Caroline P. Zoé était partie, croissant dans une main et colis sous le bras.


    Alain avait récolté 5.50? pour le moment, pas sa meilleure matinée, mais pas la pire non plus. Des fois il se disait qu?il n?était pas la personne la plus malheureuse de sa ville, loin de là. Il repensait à tous ces hommes d?affaire qui passaient devant lui sans le voir, pour qui la misère était journalière, à tel point qu?ils l?ignoraient désormais, qu?elle faisait partie du paysage. Et à cette fille qui ne c?était arrêtée que pour jeter 5? dans son gobelet. Lorsqu?il l?avait regardée il avait vu des trainées de mascara strier ses joues blanches.

    Follow the light.

    Zoé était dans une chambre. Chez une amie. Une fille qu?elle avait déjà vue. Elle parlait avec Thomas et Sophie. Ils avaient anticipé une retraite sur un matelas à même le sol. Ils fumaient chacun à leur tour une cigarette. Elle était là, le colis sur les genoux, et elle demandait à ses amis de l?ouvrir pour elle. Pas de mot, pas de carte, pas une lettre, pas un signe. Juste un ancien polaroïd. Elle vida d?un trait ce qu?il restait dans sa bouteille de tequila.
    Sophie, Zoé et Thomas firent quatorze photos d?eux, sérieux, à l?envers, de profil, seuls, ensemble.
    Puis il partirent, pour terminer leur vodka entre eux et prendre l?air, pour fumer plus.

    Alain cherchait un endroit où dormir ce soir, son repère de la nuit passée avait été investi par deux autres SDF et il ne tenait pas à se bagarrer. Il n?en avait plus la force. Ses pas le conduisent naturellement vers la place où le marché de Noël s?est installé. Un peu de chaleur humaine.
    Il ramasse les journaux par terre, pour lui tenir un moins froid cette nuit.

    Zoé court vers une poubelle, ses amis l?attendent un peu plus loin, une vingtaine de mètres avant les premiers chalets du marché.
    Elle reprend son souffle, se sent chavirer, se raccroche à la poubelle, au polaroïd, comme à une bouée en pleine tempête. Comme son seul point de repère. Elle ne peut pas pleurer, il fait trop froid.
    Elle laisse mollement tomber l?appareil photo dans la poubelle et le regarde s?enfoncer un peu dans les détritus. Elle repart en courant vers T. et S.

    Il en est à sa troisième poubelle et pense s?arrêter là parce qu?il a récolté pas mal de quotidiens. Puis sa main heurte quelque chose de dur, de carré, quelque chose qu?il n?a pas l?habitude de toucher du bout des doigts dans les poubelles, en somme.
    Il se décide à le sortir de là et ne comprend pas ce qu?un vieux polaroïd fait dans une poubelle, à côté du marché de Noël. Il ne comprend pas pourquoi quelqu?un l?a jeté. C?est un souvenir, même s?il ne fonctionne plus, on ne jette pas un vieil appareil comme ça.
    Alain se demande si justement il est défectueux, et, dans l?espoir fou que la vie lui offre quelque chose, il se tourne vers la grande roue, qui fait face au marché, et appuie sur le bouton. Environ quatre secondes plus tard, une petite photo sort de l?appareil, représentation plus ou moins fidèle de la grande roue, qui s?est allumée dans la nuit, et de l?horloge du palais en haut à droite, qui brille elle aussi.
    Il est 23h30 .
     
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