Le sexisme ordinaire dans la cour de récré — Témoignage

Sujet dans 'Réactions aux articles' lancé par Sarah Bocelli, le 10 février 2014.

  1. Sarah Bocelli

    Sarah Bocelli
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    I had an amazing inner world before it was popular.

  2. lafeemandarine

    lafeemandarine
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    Y'en a pour trois pages...

    Tu mérites des applaudissements : s’être acharnée comme ça et faire gagner ton équipe toute seule, c’est carrément admirable !:top:

    Ton histoire me fait penser qu’à une époque, les mères conseillaient à leurs filles de perdre au tennis ou de faire les idiotes pour se trouver un mari. Elles disaient "aucun homme ne voudra de toi tant que tu le battras dans tel domaine".

    Ça me rappelle aussi l’époque où on me harcelait à l’époque. Un jour, j’étais folle de rage (à juste titre) et j’ai dû dire quelque chose comme "je vais le buter, ce mec !" Une fille m’a dit : "mais c’est les mecs qui butent les filles, c’est pas les filles qui butent les mecs" sur un ton condescendant. No comment !
     
    ApoLapine, Kmarlou, Iris92 et 1 autre membre ont BigUpé ce message.
  3. Denderah

    Denderah
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    Dragon à plumes

    Woh, je suis sidérée. Par la violence et le défaitisme d'un tel "jeu".

    Ça me semble tellement incroyable que tu ai été la seule à tenter de gagner. La seule à réagir de façon cohérente et normale.

    Dans mon école, il y a eu aussi, une fois, une phase de "jeu global", filles contre garçons.


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    J'ai donc échappé à ce schéma, mais ton article me fait me demander, dans combien d'écoles ce genre de "jeu" a t'il eu lieu... et combien de petites filles ont réussi à s'en défaire ? :erf:  Et combien en ont souffert...
     
    Sylwanin, Anandryne, Kmarlou et 4 autres ont BigUpé ce message.
  4. Angeluna

    Angeluna
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    GameuZ en puissance

    Je me souviens y avoir joué mais pour ma part dans les 2 écoles primaires où j'ai été, on alternait filles et garçons pour les chasseurs.
     
    Leo la Libellule et Kmarlou ont BigUpé.
  5. Kumquat

    Kumquat
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    i'm on my way to greatness

    C'est drôle, parce que j'ai l'impression que l'auteure a mis des mots sur quelque chose que j'ai traîné une bonne partie de mon enfance.

    Je suis partie en colo tous les ans, l'été, pendant près de cinq ans, de mes 9 ans à mes 14 ans je crois. Souvent, les animateurs organisaient en milieu de séjour un grand jeu de rôle où on devait résoudre une énigme par équipe, défendre un territoire, élire un chef, etc... J'adorais jouer à ça. J'étais plutôt réservée, pas bavarde, mais déjà assez arrêtée sur certains principes : à l'époque, je fuyais les garçons comme la peste, parce qu'ils étaient bruyants, mal élevés, et que je ne savais absolument pas me comporter normalement en leur présence.

    J'avais donc 10 ou 11 ans, et c'était le matin du grand jeu. On constitue les équipes, généralement c'étaient toujours les garçons les plus turbulents qui étaient désignés pour être chef, parce qu'ils étaient charismatiques, parce que c'était plus simple pour les animateurs de leur donner un pouvoir positif que de les avoir en permanence sur le dos. Je suis choisie dans les dernières. De toute façon personne ne connaît vraiment mon prénom et qu'est-ce que la petite blonde qui ne parle jamais pourrait bien apporter à l'équipe ? Je finis par rentrer dans un groupe, en tirant une tronche de circonstance parce qu'il n'y a que deux filles  et je les catalogue immédiatement comme des pestes.

    Le jeu commence, il faut trouver des membres de l'autre équipe depuis un poste d'observation avant qu'ils ne s'emparent d'un objet que mon équipe doit défendre. Je suis à fond dans le jeu, j'en repère plusieurs qui s'avancent vers nous mais le chef de mon équipe ne m'entend pas, et je dois tirer la manche de ce grand benêt de 14 ans pour qu'il daigne regarder ce que je lui désigne. On finit par gagner cette manche et je bouillonne de rage en voyant le chef recevoir tout le mérite de ce que j'ai fait. Enfin, les jeux continuent, jusqu'à la dernière épreuve.

    Toutes les équipes sont réunies dans un petit bois et doivent suivre les indices qu'ils ont récolté tout au long du jeu pour trouver un totem que les animateurs ont caché. Comme nous n'avons que 12 ans en moyenne, un animateur accompagne chaque groupe sans intervenir pour nous superviser. L'indice parle du rocher du grand cerf, et le chef de mon groupe est persuadé que cela désigne un endroit près du camp principal, là où on avait déjà cherché, je tente de dire, mais personne ne m'écoute et ma voix de crécelle ne fait pas forte impression. Moi, j'ai une idée, je suis sûre de moi, mais personne ne fait attention à moi et quand je tente d'interpeller les autres, on me répond que c'est lui le chef et que c'est lui qui décide. Je bouillais de rage. On allait quand même pas retourner là d'où on venait !

    J'enfonce mes deux talons dans le sol, bien décidée à ne pas bouger, quand l'animateur se retourne et me crie de rejoindre le groupe, maintenant ou je suis exclue du jeu. Je me récrie à nouveau, mais les autre se contente d'avancer sans me regarder et j'entends quelqu'un m'appeler "gamine pleurnicharde". Je finis par leur emboîter le pas sur quelques mètres, bouillonnant de rage, puis quand plus personne ne me regarde, je disparais dans les fourrés. Personne ne s'inquiète, le sang tambourine dans mes tempes alors que je cours vers l'endroit. Sans trop de difficultés, je rejoins l'endroit et met la main sur la figurine. Il n'y a personne aux alentours, alors je décide de rester là et de les attendre pour fièrement leur montrer que j'avais raison.

    Mais c'est une autre équipe qui arrive, et quand ils me voient avec la figurine, exigent que je leur donne. "De toute façon il est où ton chef, c'est pas toi le chef de ton équipe !" "Peut être que c'est moi le chef !" je lance mais on me répond que les filles ne sont jamais les chefs, alors qu'il faut que je leur donne, parce que je ne mérite pas, etc...

    C'était un moment assez terrifiant. Des garçons plus âgés qui se moquaient de moi et se rapprochaient, me rabaissant alors que c'était moi, après tout, qui l'avait trouvé. Je finis par courir, et ils me courent après, leur animateur les rappelant vainement à l'ordre alors que je me sens comme une bête traquée. Je finis par rejoindre mon groupe, mais l'animateur me hurle dessus parce que je suis partie sans permission. Je ne me souviens pas vraiment de ce moment là, tout est flou dans ma tête. Je finis par être punie, et je tends la statuette, les garçons de mon groupe la prennent. Mon équipe a gagné, le chef hurle de joie et est porté en vainqueur par les autres, un animateur me raccompagne à mon dortoir pour que je réfléchisse à mon comportement.

    Interdite de veillée, on m'apporte une part du butin de mon équipe dans mon dortoir. Je crois que j'ai passé cette soirée là à pleurer de rage et à martyriser mon oreiller. J'y repense et la colère est encore terrible, je me souviens des éclats de joie que j'entendais depuis mon lit alors que j'étais punie. Je me souviens de ce sentiment d'injustice si féroce.

    J'aurais tellement aimé avoir le répondant que j'ai aujourd'hui à cette époque, et aussi la confiance en moi nécessaire pour élever la voix. Mais à la place je me suis fendue de quelques bredouillements furieux à travers mes larmes face à un animateur sceptique, qui a finit par me laisser seule ruminer mes pensées meurtrières, dans un dortoir vide. Les jours qui ont suivi, le jeu était fini et l'équipe dissoute, mais aucun de mes "coéquipiers" ne m'a reparlé. Je me souviens que quelques jours après, je tirais férocement les cheveux d'un garçon qui s'amusait à me voler mes frites par dessus mon épaule et qui me riait au nez quand je m'insurgeais. L'animatrice qui m'avait séparé de lui m'avait alors dit "si un garçon t'embête, c'est qu'il t'aime bien, faut que tu le laisses faire. Et puis tu sais, aucun garçon n'aime les filles qui se battent". Je crois que je ne cesserai jamais d'être en colère quand j'y repense.
     
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  6. scarlet-starlet

    scarlet-starlet
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    Guest

    Je pense qu'on a tou-te-s connu ça, plus ou moins. Mes souvenirs sont flous mais effectivement j'y ai joué aussi, il y avait bien un côté prédateurs contre victimes dérangeant. Je crois me souvenir que dans mon école on alternait mais que c'était plus souvent les garçons qui chassaient (qui décidaient des règles en fait), c'est subjectif, peut être que je reconstruis le passé, je ne crois pas.

     Il y avait aussi l'injustice que tous les garçons aient presque la totalité de la cour pour eux, là où ils jouaient au foot ou à d'autres sports d'équipe qui prennent de la place, sans bien accepter les quelques filles qui souhaitaient y prendre part. Moi ça ne m'intéressait pas, d'ailleurs mon frère jumeau non plus ne jouait pas beaucoup à ça, on étaient plutôt du genre calme. Et c'était énervant à chaque fois que les bords de la cour où on se croyaient à l'abri d'une balle perdue ne soient jamais vraiment respectés, j'avais toujours un peu peur de me prendre un coup, quelqu'un qui dépasse du terrain aux limites fixées imaginairement et sans cesse élargies, ça m'énervait. Pour avoir vu des cours de récré récemment, les instits faisaient plus attention, les filles étaient davantage encouragées à jouer aux sports collectifs, mais bien sûr on retrouve toujours ces tendances.

    J'ai aussi un vague souvenir de mon premier bisou en école maternelle: un groupe d'enfants, garçons et filles, m'entouraient, moi j'étais assise au milieu, plus trop sûre de savoir si c'était moi qui voulait sortir du cercle pour aller faire un smack au garçon ou si c'était cette pression collective qui m'y poussait. Bon ça c'est le sentiment mélangé de peur et d'excitation qui fait partie des relations amoureuses, mais tout de même, dès la maternelle c'est étrange. A mon avis on ne devrait pas encourager les enfants à parler de leurs amoureux-se-s avant le collège, ils ne sont tout simplement pas prêts pour ça, on cale le schéma des adultes sur tout ça, ça brouille leurs esprits et les formatent trop tôt. Donc, personnellement je serais pour que parents et instits n'encouragent pas les amours des petits. Qu'en pensez vous?
     
    Kmarlou a BigUpé ce message
  7. Carry_On

    Carry_On
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    Etat larvaire semi permanent

    Quand j'étais au primaire, on jouait "aux gars attrapent les filles" ou "aux filles attrapent les gars".
    J'imagine qu'on avait choisi de jouer comme ça parce que les équipes étaient ainsi formée rapidement, tout simplement, et qu'on ne devait pas les refaire à chaque récré ! Mais à la différence de l'article, nous on alternait le rôle des chasseurs, et bien que le nombre de filles soit à peine supérieur à celui des garçons, on avait quelques petites flèches (dont je faisais partie pour ma plus grande fierté !), et je crois qu'on a jamais été défaitistes !
     
    ApoLapine, Jul' B et Kmarlou ont BigUpé ce message.
  8. Berlin_Est

    Berlin_Est
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    Et tu verras qu'un jour dans notre vie on nous illuminera.

    Article très bien écrit. Et comme tout le monde j'y vais de ma petite anecdote.
    J'étais en 5ème et de la neige était tombée tout l'après-midi, donc durant l'heure de cours on s'était passé un mot dans la classe pour faire une grosse bataille de boule de neige à la sortie.
    Une fois dehors on a formé les équipes. Et là un garçon a sorti "Bon faut équilibrer, un garçon ça compte pour deux filles"
    La remarque m'avait choquée à l'époque, et j'avais beau dire que c'était n'importe quoi tout le monde m'avait regardée incrédule en disant "Mais, une fille c'est plus mauvais à la bataille de boule de neige qu'un garçon c'est pour ça!"
    Cet évènement m'a marquée, à un âge où toute notion de féminisme était étrangère pour moi. Sur le coup j'avais trouvé ça injuste et insultant. Quelque part inconsciemment ça et sûrement d'autres évènements ont participé à la vision des rapports femmes/hommes que j'ai maintenant. Et j'y repense assez souvent étonnement.
     
    Kmarlou, Songi songi et Mayh ont BigUpé ce message.
  9. missdusud

    missdusud
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    Imagine all the people, Living life in peace...

    personnellement je n'ai pas le moindre souvenir de ce genre de truc, des jeux filles contre garçon, il y a du en avoir (comme partout), mais je ne m'en rappelle pas, parce que dans le peu de souvenir de jeu qu'il me reste, je me rappelle que les groupes étaient mixte et que de toute façon les filles se battaient autant que les garçons. :boxing:
    je n'ai pas non plus le moindre souvenir d'élèves ou de profs faisant des réfléxions sexiste ou du moins des petits commentaires du même style que ceux de l'article.
    pour ça mon école à était plutôt cool, je me souviens dans la cour de récré il y avait pratiquement autant de filles que de garçons qui jouaient au billes et/ou échanger des cartes pokémon, et j'en faisait parti  :taquin:

    n'empêche j'ai étais choquée par ce que j'ai lu, surtout le:
    « Écoute, on est des filles. On ne peut pas gagner contre des garçons. »  :oo:
     
    engoluob et Kmarlou ont BigUpé.
  10. QueenMab

    QueenMab
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    May the Fluff be wiz you

    Soit j'ai eu de la chance, soit je me suis rendu compte de rien, mais je n'ai aucun souvenir de ce genre pendant ma scolarité en primaire ou dans le secondaire.

    Par contre, là où je m'en suis vraiment pris plein les dents, c'était l'année dernière, pendant ma licence : mon responsable de formation a transformé une de mes soutenance en lynchage publique. Pour me "remettre à ma place", parce que, vraiment, une attitude aussi autoritaire, c'est inacceptable, et je te rend service (ben oui, pensez vous, une fille avec de la poigne, quelle horreur)

    Je n'ai jamais été aussi humiliée de toute mon existence. J'en ai pleuré de rage devant mon jury, et si j'avais pu, j'aurais hurlé. D'ailleurs même quasiment un an après, j'en tremble de colère rien que d'y repenser.

    Et je suis convaincue que si j'avais été un garçon, mon attitude "autoritaire" aurait été considérée juste comme du charisme et du leadership, et que je n'aurais pas eu à subir ça ><
     
    Kmarlou, Songi songi et Mayh ont BigUpé ce message.
  11. Foune

    Foune
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    Raaaah ça me parait tellement d'un autre temps ce genre de remarque !!!! "faut que tu le laisses faire" non mais je rêve.... On laisse vraiment des personnes comme ça avoir une autorité sur les enfants?? Et en plus c'est une femme qui t'a dit ça, à croire qu'elle n'a vraiment jamais observé ni remis en cause la monde qui l'entoure...

    Bref, mon commentaire n'est pas constructif du tout mais vraiment, cette phrase m'a faite bondir :facepalm: :mur:
     
    Kmarlou a BigUpé ce message
  12. miss-dot

    miss-dot
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    Les yeux qui voient le vrai de nous sont l'apanage des sages et des fous

    Je parle juste de moi et de mon frère donc c'est pas forcément représentatif, mais d'expérience je dirais qu'au contraire les histoires d'amoureux de la maternelle sont très différentes de celles d'adultes.
    Je vais prendre l'exemple de mon frère : en moyenne section, son amoureux était son meilleur copain ! (j'étais scandalisée, pas très ouverte d'esprit la mini-moi :facepalm:) On peut pas vraiment considérer ça comme de l'homosexualité dans le sens où ce qu'il avait compris du concept d'amoureux c'était quelqu'un avec qui on s'entend super bien et avec qui on veut passer tout son temps, donc son meilleur copain correspondait vachement bien ! Mais il a jamais été question de faire des bisous ou quoique ce soit. Il est aujourd'hui d'après ce que je sais (et je suis plus ou moins sa confidente donc j'en sais pas mal) hétérosexuel.

    Après, c'est clair qu'il faudrait arrêter avec les "alors t'as un-e amoureu-x-se ?" parce que c'est chiant et ça place déjà le fait d'être "en couple" comme un aboutissement, quelque chose qu'on attend de nous. Cependant, je pense qu'on est capable de savoir qui on aime même étant enfant, même si la définition de l'amour peut varier un peu :dunno:

    Désolée du roman :nerd:
     
    Kmarlou a BigUpé ce message
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