Mon histoire personnelle, et ce que j'en tire...

Sujet dans 'Blabla Général' lancé par Ed GrinKeeper, le 16 février 2017.

  1. Ed GrinKeeper

    Ed GrinKeeper
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    Bonjouuuur!



    Je reposte, après des mois et des mois d'absence. Je préfère prévenir que le début ne va pas être spécialement joyeux (attention pour les personnes qui ont des déclencheurs, viols, drogue, violences médicales et familiale, désolée à l'avance ça va être un peu cru), mais je pense donner à ce post une dimension assez cathartique pour pouvoir un peu exorciser et pourquoi pas trouver des échos avec vos propres histoires, pour qu'on puisse en discuter et se faire des gros câlins.

    J'ai traversé pas mal de choses bien nulles du haut de mes 20 ans, trois viols, dont le premier à mes 13 ans, deux autres par un ex et un inconnu (big up à la police ferroviaire de Clignancourt, qui contrairement à ma famille qui a voulu me faire interner m'a fourni toute l'écoute et le soutien possible, et qui se démène pour que les victimes aient leur mot à dire, à mon avis ça fait du bien de savoir qu'il y a une justice). En parlant de famille, j'ai vécu seule avec une mère névrosée qui m'a traîné chez 32 psys différents, et qui a accepté qu'on me mette sous loxapac à 14 ans parce que "j'étais une enfant fragile qui ne comprenait pas les rapports sociaux". Ce même loxapac qui a entraîné chez moi une sévère dépression, alors que j'allais très bien et que je préférais seulement rester un peu seule dans ma petite bulle, et que malgré ce qui m'est arrivé à 13 ans je composais avec, en exorcisant du mieux que je pouvais. Je ne m'en sortais même pas trop mal (si on vous prescrit ou qu'on vous a prescrit ce genre de médicaments ultra violents pour la santé et la tête, je comprend ce que vous avez enduré). Jusqu'à ce que je quitte la maison à 17 ans, la clinique psychiatrique a été pour ma mère un moyen de me contrôler et une sale épée de Damoclès, car elle a découvert que je ne prenais pas mes gouttes après des mois sous traitements qui ont été... Flous. Mon médecin m'annoncera plus tard que c'est en partie la raison pour laquelle j'ai du mal à me souvenir d'une longue période de ma vie, et je vous énonce actuellement les faits grâce à des rapports et ce qui me reste de souvenirs, que je commence tout juste à me réapproprier. J'ai commencé à me couper, pas par volonté d'abîmer mon corps mais simplement pour garder un pied dans la réalité, c'était le seul moyen que j'avais trouvé. Je porte aujourd'hui fièrement mes cicatrices au même titre que mon tatouage^^

    On m'a envoyé à Paris, parce que je ne savais pas quoi faire après le lycée, en Langue Littérature et Civilisation Etrangère en Anglais. J'ai supporté la fac 6 mois, puis ma dépression s'est aggravée. Je ne sortais plus, ma phobie sociale était née. 19 ans, je suis très douée pour cacher les choses. Ma mère, atteinte d’un cancer depuis mon lycée, sombre dans sa dépression, mélangeant codéine, valium et alcool. Mon premier pire cauchemar se réalise, je tombe enceinte, avec un préservatif, ET avec une pilule du lendemain. Je reçois de l’aide de la part de mon colocataire et du planning familial de Barbès (ils sont géniaux tant sur le plan humain que médical), l’avortement se fait chez moi, je suis soulagé mais épuisé émotionnellement. Ma mère arrive le jour d’après, mais je ne peux pas lui dire. Elle réalise que je ne vais plus à la fac et tout le pot au rose est découvert. Elle se met alors en tête de me faire interner, effrayant tous les psychiatres qu’elle contacte et commençant une fois dans leur bureau par « sauvez-la je vous en prie ». Des psys j’en ai vu des tas, pas vraiment compréhensifs, mais assez pour savoir que non, je n’avais pas besoin d’une camisole. Mais ma mère est convaincue que je ne vais jamais m’en tirer. Je ne peux pas lui en vouloir de projeter ses psychoses sur moi alors je vais dans son sens. Je déménage à Tours, après avoir perdu le seul travail qui me plaisait à Paris, ma mère m’ayant intimé de rester chez moi avec elle une semaine durant plutôt que d’y aller et s’étonnant qu’on me vire. Je sais c’est tordu. La seule personne chez qui j’ai trouvé du soutien est mon merveilleux coloc mentionné plus tôt rencontré lors d’une des rares soirées entre amis qui a dû partir résider chez son père en attendant que j’aie mon appartement à Tours, et sans qui je serais sûrement mort à l’heure qu’il est. Je suis en transit chez ma mère en l’attente de ce fameux appart dans cette ville plus calme, et lors d’une discussion musclée sur mon état psychologique je décide de la fuir. Elle n’est plus ma mère, et j’ai tellement peur d’elle et de ses menaces que je fais un sac et une valise, et prend le premier train pour Tours. L’appartement est déjà réservé, je dois juste attendre le mois de novembre. Nous sommes en septembre. Je passe ma première nuit à Tours sur les quais et je suis récupérée par un type qui a l’air plutôt gentil. Ce même type qui pendant trois mois me fera fumer du crack, tomber dans une addiction affreuse, et profitera de mon corps et de mon argent. Ne touchez jamais, JAMAIS à ça, un joint n’a jamais tué personne, mais vous finirez par vendre vos affaire, briser votre PEL, et vous endetter auprès de personnes pas très recommandables. Vous vous verrez gratter les poils de votre tapis pour trouver le moindre petit caillou à mettre au bout de votre pipe, et pendant que vous êtes empêtrés dans votre enfer vous aurez l’impression que tout va bien. C’est faux, et vous ne gérez rien croyez moi.

    Je me suis réveillé un matin dans le squat où nous logions avec cet individu, et une petite voix tout au fond de moi m’a dit que je ne voulais pas mourir ici. J’ai fait mes affaires, et cet homme m’a menacé avec un cutter, a projeté tout le mobilier qui lui restait vers moi, m’a jeté par terre. Il « m’aimait » apparemment. Je ne savais pas que faire plonger une gosse de 19 ans dans le crack était de l’amour. Je n’ai pas cédé à son chantage, et lorsque je me suis éloigné de cet endroit, il m’a menacé de mort si je ne remboursais pas ses propres dettes. Il me harcèlera un mois durant, mais j’ai tenu et remboursé 800 euros. J’aurais pu le traîner en justice, mais je ne l’ai pas fait. Lorsque j’ai quitté cet endroit mon addiction est restée là bas, et elle ne me suit étonnamment plus. Je n’ai pas eu besoin d’addictologue, pas eu besoin de cure, rien. Si vous luttez avec une drogue, partez, sortez, effacez les numéros des gens susceptibles de vous en fournir. Vous n’avez pas à subir ça.

    Ce squat m’a mine de rien laissé une seule chose positive. Des amis, qui se sont révélés d’une grande aide. J’ai récupéré mon appartement, et ils m’ont aidé à trouver le seul psy auquel je peux parler librement sans jugements de sa part, un médecin traitant, un gynécologue.

    20 ans depuis décembre, une nouvelle vie qui commence, et je décide de reprendre le dialogue avec ma mère. Je ne l’aime toujours pas, mais j’aime encore moins le conflit. Elle revient vers moi, maintenant j’ai une pension alimentaire. Mon coloc m’a rejoint. Une sale crise de panique me fait frôler la mort, et je me retrouve aux urgences. Urgences dans lesquelles on me traîtera immédiatement comme une personne « dangereuse » selon les dires de l’interne, et où on m’enfermera dans un box 10 heures durant, avec l’interdiction de recevoir des visites. On m’a fait me déshabiller devant une femme de ménage avec une porte ouverte, en pleurs, étant donné que je ne supporte pas les hôpitaux, on jugera les cicatrices que j’ai sur le corps en me palpant sans me prévenir, faisant ressortir des traumas enfouis, et on m’imposera un addictologue en me traîtant expressément de « drogué » (oui, l’infirmière a vraiment balancé ça) ainsi que des tests sanguins. On me soupçonnera jusqu’aux résultats des tests, bien évidemment négatifs, et aucune excuse, rien. Je serai même transféré dans l’aile psy en attendant une confirmation de mon propre psychiatre de ma « non dangerosité ». Je sors de cet enfer 15 heures plus tard, sonné, aux bras de mon coloc en colère, sans avoir dormi, on ne m’avait pas autorisé à manger, le trajet en bus jusque chez moi s’est déroulé comme dans un rêve.



    C’est terminé, on peut respirer, les sales histoires s’arrêtent là. Vous vous demandez peut-être pourquoi je vous raconte tout ça, par ailleurs excusez l’aspect un peu fouillis du récit, ma mémoire a tendance à vouloir jouer avec moi surtout pour me préserver de ce genre de choses. Mais il fallait que ça sorte, il fallait que je vous raconte, et il fallait que je vous dise, j’ai survécu à tout ça. Plus jamais je me laisserai faire, et je voulais vous dire que si certaines des choses que j’ai raconté vous arrive ou vous est arrivé, vous pouvez le dire, vous avez le droit, c’est pas juste ce qui vous arrive. Dans mes malheureuses pérégrination j’ai vu des gens souffrir 100, 1000 fois plus que moi, et je peux plus le supporter. Pour tout vous avouer je trouve ça vraiment injuste, et je sais, j’y ai déjà eu droit au discours des bisounours, sauf que ce que j’ai vécu, ça arrive en ce moment, ça arrive tous les jours, et il y a des milliers de personnes dans le silence imposé ou non, qui sont encore en train de se battre au moment où je vous parle. Je veux pas les laisser seules, je le supporterai pas. Je me suis fixé un but à terme, créer un groupe de parole libre, un endroit où les gens pourront se sentir en sécurité. Aujourd’hui si on souffre, on va être catégorisé comme « névrosé », « fous », on va essayer de vous enfermer, au lieu de vous écouter. Evidemment tout n’est pas si injuste, seulement tomber sur les bonnes personnes est de plus en plus dur. Pleurer ne fait pas de vous un faible, être sensible ou empathique ne fait pas de vous un attardé. Vous êtes juste humain, et un humain c’est fragile.
     
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