Queen-fafa, Reine des Plumes.

29 Septembre 2009
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Los Angeles
J'ai cru comprendre que c'est ainsi que l'on devait procéder, j'ouvre mon sujet, & me saisis de ma plus belle plume.
 
29 Septembre 2009
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Ceci est le texte de mes vingt ans. Vingt ans sans toi, vingt ans d'attente, la fin des vingt ans. Quand je suis né c'était sans leurs sourires. Non, eux ils pleuraient. J'arrivais, et j'invitais la Chose, celle qui semblait être venue pour leur gâcher la vie, leur vie plus que la mienne puisque moi, je l'apportais. La Chose, la douleur, la laideur, moi. J'ai grandi avec elle, finalement, elle n'était pas si odieuse que ça. Elle ne me quittait pas, et attirait l'attention sur moi. Grâce à elle, j'avais droit à des regards, les mêmes que l'on offrait aux bêtes sauvages, ceux avec de grands yeux ronds et la bouche qui murmure des injures. Parfois même, un signe de croix, comme pour dire à mes parents qu'elle partirait bien vite, qu'elle les laisserait tranquilles et que sans doute, elle m'emmènerait avec elle. Mais elle n'est jamais partie, elle les a plutôt laissés s'enfuir sans bruit, en me laissant avec les jolies dames en blanc. Moi, j'ai continué à grandir. Mon coeur, ce rocher, gardait sa petite taille et parfois je sentais qu'elle lui parlait, qu'elle lui sifflait des mots perfides, mais je la pardonnais, après tout, elle restait. [...] Un jour je vous le jure, elle a crié, elle a hurlé même; de toutes ses forces elle a appelé quelqu'un. C'était le jour de mes vingt ans. Alors, elle est arrivée. Celle que j'avais tant attendu. Je l'avais imaginée noire, froide, sans odeur, mais tout ce que je sentais, c'était que ma laideur s'en allait, aspirée par quelque chose de grand, qui emportait la douleur. Mon coeur, s'échappait, seule la Chose restait. Elle et moi, vingt ans d'attente, la fin des vingt ans.


Voilàààà, je l'aurais sans nul doute appelé "L'immortelle sans odeur", mais c'était déjà pris par Gide haha. Donc, dans mon cahier, c'est écrit à la page "Avanie". J'espère juste que vous ne m'en ferez pas subir une, d'avanie. :)
 
29 Septembre 2009
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C'est dans la peau de La Chevelure, de Maupassant (1884), que je me glisse.
"Une planche glissa et j'aperçus, étalée sur un fond de velours noir, une merveilleuse chevelure de femme ! Oui, une chevelure, une énorme natte de cheveux blonds, presque roux, qui avaient dû être coupés contre la peau, et liés par une corde d'or. Je demeurai stupéfait, tremblant, troublé ! [...] Je m'enfermais seul avec elle pour la sentir sur ma peau, pour enfoncer mes lèvres dedans, pour la baiser, la mordre. Je l'enroulais autour de mon visage, je la buvais, je noyais mes yeux dans son onde dorée afin de voir le jour blond, à travers.
Je l'aimais ! Oui, je l'aimais. Je ne pouvais plus me passer d'elle, ni rester une heure sans la revoir."


Qui était-il ? Celui qui osait me sortir de ma cachette ? Ah ! Si j'avais pu lui dire de me lâcher, de me reposer là où je me terrais depuis si longtemps ! Les hommes sont si cupides, si stupides, pourquoi aurais-je laissé celui-là plus qu'un autre décider de mes mouvements ? Sa moustache était belle, il me paraissait aisé. Je pensais que, peut-être, je pourrais le manipuler comme je l'avais fait avec les autres. Il n'aurait pas le dernier mot, je le rendrais fou, fou de moi, de mon odeur, & plus jamais il ne voudrait me reposer. Oui, c'était cela, j'allais le forcer à me garder près de lui, à m'aimer, me désirer, si fort qu'il n'entendrait même plus les appels de son esprit. - Non. Je ne pouvais faire cela. Il avait l'air si bon. - Qu'est-ce que je racontais ? Pourquoi aurais-je ressenti de la sympathie pour lui ? Il avait acheté ce meuble, alors il croirait que je lui appartiendrais, mais il se rendrait vite compte de sa bêtise. Je n'étais la chose de personne, c'est lui qui deviendrait la mienne.

Les jours passaient & je le sentais plus épris par moi qu'il ne l'avait jamais été. Chaque jour il me prenait dans ses bras, me serrait contre sa peau, & ses baisers étaient profonds. Il se perdait en moi. Cela avait été si facile, je n'avais eu qu'à apparaître, dans mon tiroir orné de velours, & voilà qu'il sombrait dans une passion folle. Je voyais dans ses yeux qu'il ne désirait plus que moi, qu'il aurait pu mourir si je le lui avais demandé. Alors j'apparus. Je lui dévoilai ce qu'il y avait autrefois eu sous ma chevelure dorée. Le plaisir que je lui donnai cette nuit-là n'aurait jamais d'égal en lui. J'avais gagné. Je le savais, je le voyais sur son visage béat. Il m'emmenait au restaurant, ne sortait jamais plus sans moi, car il était à moi. Seulement à moi. Mais, je vous l'ai dit, les hommes sont cupides, stupides, & les autres, ceux qui n'étaient ni lui, ni moi, me l'ont ôté. Ils l'ont emmené, & moi aussi. Ils se sont rendus compte de sa folie, & nous voilà tous deux enfermés. Je sais que chaque nuit, chaque jour, chaque minute, même, il pense à moi. Je sais qu'il se meurt de ne pas me voir, de ne pas me sentir. Les autres le voient dépérir, & je suis la raison de tout cela. Mais moi, je ne suis qu'une chevelure. De quoi pourrait-on m'accuser ?
Qu'on me remette dans un tiroir, je suis si lasse de devoir vivre parmis les hommes.

 
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Voilà mes argotiques vers, une tentative de sonnet, qu'on appelera "Jean".

Quand "il" voit les bonnes femmes, assises près du lavoir,
Jaseuses esseulées, perdues dans leur linge blanc,
Il oublie ses ennuis, lorgnant leurs sous-vêtements.
S'imagine tripotant leurs pleines miches dans le noir.

Vient l'heure de la ripaille, son visage s'emboucane,
Car débarquent leurs hommes, prêts à grailler le lard,
Bien loin qu'ils sont, de ces délires masturbatoires.
Leurs pouliches dès lors ont l'air bien moins malignes.

Notre coquin doit vivre sa quotidienne tuile,
Et rengainer en poche son désir endurci.
Aux lendemains triomphera sa routine,
Sous un feuillu bosquet, tapi.
Puisqu'il ne peut de près approcher ces poitrines,
Sa basse salive devra rester en lui.
 
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- "Darliiiiiiiiiiiiiiing, have you seen my lipstick ?
- Mamaaaan, tu sais bien que Papa n'est pas content quand tu ne me parles pas en français ! Il dit que c'est pour ça que j'ai des mauvaises notes à l'école !
- Mon petit chéri, tu le sais bien que mon français n'est pas bon. & ton Papa va se fâcher si je ne fais pas vite. Est-ce que c'est toi qui a touché à mon rouge à lèvres ? Oh, dear, je vais être en retard. Get in your bed !
- Maman, mets ton manteau en fourrure, tu es la plus belle quand tu le mets. Je pourrai venir avec vous ? J'ai entendu Papa, il a dit qu'il avait trois places de théâtre ! J'aime bien le théâtre, moi. Je te promets que je ne ferai pas de bêtises !
- Ce n'est pas un théâtre pour les petits garçons comme toi. You should already be asleep, now. Promise me you'll be nice with Katie. Je vais dire à ton papa de te prêter sa canne à pêche si tu restes gentil avec ta grande soeur.
- Mais Mamaaan, Katie m'a dit que c'était de ma faute si elle ne pouvait pas aller voir les Beatles, alors elle est méchante avec moi.
- Oh, Sweetie, dis à ta grande soeur que si elle est toujours un ronchon, elle ne pourra jamais voir les Beatles. I'm going to be late, dis-moi où tu as posé mon rouge à lèvres !
- Il est caché dans le cactus. J'en avais besoin pour faire des rayures à mon avion. C'est un Liverpool Airlines. Tu verras Maman, quand je serai pilote, je t'achèterai plein de rouges à lèvres, & je t'emmènerai au théâtre, un plus beau théâtre qu'avec Papa. & tu mettras ton manteau en fourrure. C'est d'accord, Maman ?
- Oui mon petit chéri, c'est d'accord. Allez, il faut dormir maintenant. Good night, little rogue.
- Good night, Mommy."

(Ce texte n'est pas à l'abri de remaniements, il ne me plaît pas réellement ainsi. We'll see !)
 
29 Septembre 2009
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Où est-ce que je l'ai foutu ? Putain, Nico, t'as 24 ans, & t'es même pas foutu de te rappeler où est-ce que tu as mis le numéro de la fille que t'as dragué toute la soirée ! Celle-là, c'est la femme de ta vie ! Fais pas le con, Nico, retrouve-moi ce papier, où tu vas finir dingue. T'es déjà comme Alain Delon, à parler de toi à la troisième personne, alors arrête-moi ces conneries. Elle avait un de ces sourires. Je veux en voir un aussi beau tous les matins. & ses jambes ! Je ne peux pas arrêter de chercher tant que je n'ai pas mis la main sur ce foutu morceau de papier. Attends. Elle m'a dit qu'elle devait partir, & moi, "non, reste encore un peu !". Après je lui ai offert un jus d'abricot, et... Nico, si tu n'arrives pas à te rappeler où tu as rangé ce numéro, tu vas boire du jus d'abricot jusqu'à la fin de ta misérable vie ! On a parlé de sa soeur, elle m'a montré des photos de la Chine, elle avait un trou dans ses collants, alors je lui ai dit que c'était pas grave parce qu'on voyait mieux ses jambes. Haha, t'es con quand même ! Alors attends, photos-Chine-jambes. Après elle m'a dit qu'il était tard & qu'elle devait rentrer chez elle, donc je lui ai dit que je pouvais la raccompagner. "Non, ça va, je vais prendre le métro". Une fille jolie & courageuse ! Mon gars, t'as intérêt à retrouver son numéro, parce que c'est avec elle que tu vas avoir des gosses. Bon, je la raccompagne jusqu'au métro, ça va, elle est toujours aussi belle quand elle est éclairée par les lampadaires. "C'était sympa, comme soirée.. blablabla". Je lui demande son numéro, elle me dit qu'elle est tête en l'air & qu'elle ne répond jamais, j'insiste, elle l'écrit sur un petit papier bleu. Maïa. Je le fourre dans ma poche de jean, je l'embrasse sur le front. Je marche jusqu'à ma voiture. Je rentre, j'attrappe mon sac, je vais me... Dans la pochette à CD ! Nico, t'es vraiment con ! Tu vas aller chercher ce numéro, & tu vas lui proposer de prendre un verre avec toi ce soir. 0686739735. Marina ? Elle s'appelait Marina ? Ben mon vieux, t'as plutôt intérêt à ne pas te tromper si t'as pas envie de faire comme avec Alexandra. & avec Julie. Cette fois, tu restes cool. Y'a pas de raison qu'elle voit que tu es un gros naze, elles succombent toutes. Allez, go. "Allo, Maïa ? Euuh, Marina.. !"
 
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"Place your hand here."
"Have stranger place hand here."
"Remove hands when no longer strangers."

Si j'étais une autre, j'aurais posé ma main sur cette affiche, chiche. Je me serais mise là, avec mes longs cheveux lisses, ma jupe en jean & j'aurais attendu que quelqu'un arrive. Que des garçons rôdent autour de moi, puis que l'un d'entre eux les dépasse tous, juste pour poser sa main à côté de la mienne. Il me demanderait mon nom. Lui, il s'appelerait Rafaël. Ou Matthieu. Il aurait des cheveux bruns, un air négligé, mais il sentirait bon, comme une odeur d'orage, sur sa peau épargnée par les derniers rayons de soleil. On rierait, pour tout & n'importe quoi, il me trouverait belle, je le saurais grâce aux plis de sa bouche quand il me regarderait, au vert brillant de ses yeux. Voilà, nous ne sommes plus des inconnus. Mais je ne lui dis pas, parce que ça voudrait dire que je le laisse retirer sa main. Je n'ai rien eu à faire pour qu'il place sa main sur la trace noire, je suis belle, je le sais. Il n'est venu que parce que je suis belle.

Si j'étais une autre, j'aurais posé ma main sur cette affiche, Monsieur. Enfin, pas près de la vôtre, comme vous me l'avez demandé, mais je l'aurais posé en premier, attendant qu'un garçon ait envie de discuter avec moi. Qu'un garçon veuille de moi. Heureusement, vous, vous êtes là. Vous vous en fichez que mes cheveux ne soient pas lisses, n'est-ce pas ? Je m'appelle Rain, c'est mon vrai prénom. Mais il faut que vous aussi vous me donniez votre nom, pour que nous ne soyons plus des inconnus, & que nous puissions repartir, chacun de notre côté.
 
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Jour 49, soir.
Je viens de poser ma tente dans le village de Lanun, je suis fatigué. Presque 6 jours que je n'ai rien écrit, j'ai l'impression de m'enfoncer dans les Ténèbres. Aucune nouvelle de Nora depuis Lahad Datu, elle a voulu rester à l'hôtel. Pourquoi est-ce que j'ai accepté de la laisser seule ? Bientôt le Vietnam, comment ai-je pu gâcher le rêve de ma vie ?

Jour 50, fin d'après-midi.
Les habitants ont l'air effrayé. Un policier qui a contrôlé mes papiers m'a dit que c'était sûrement à cause de la couleur de mes cheveux. Leur village était un repère de pirates il y a près d'un siècle & ils sont effrayés par un mec blond vénitien. Il me reste 380$, je suis allé manger dans une sorte d'auberge ce midi. Ce que je me sens con, à bouffer tout seul. Comment est-ce que je pourrai rentrer à Paris en sachant que j'ai ruiné mon voyage à cause d'une prostituée ?
J'ai réussi à trouver une cabine téléphonique pour appeler Nora, elle refuse toujours de m'adresser la parole. Je lui ai dit que je l'attendrai à l'aéroport de Kota Kinabalu dans deux jours. J'ai trouvé un marchand qui voulait bien m'emmener jusque là-bas.
Si elle ne vient pas, le voyage s'arrête là.

Jour 51, matin.
Le marchand m'a fait faux-bond, je fais du stop depuis au moins deux heures. J'ai un putain de trou dans ma chaussure.

Soir.
Il fait nuit, alors qu'il est à peine 17h. Le ciel malaisien me fait de plus en plus penser à un couvercle, je me sens un peu opressé. J'ai mis toute la matinée à trouver une voiture, mais le type qui m'a emmené était plutôt cool. Il parlait tellement mal anglais que je n'ai pas réussi à savoir son nom. Il avait bien une tête à s'appeler Charlie. Il m'a filé le CD d'un type qui s'appelle Shake, j'ai bien rigolé. Il faudra que je l'offre à Nico quand je rentrerai.
De là où je suis installé, je vois le Mont Kinabalu. On dirait un monstre prêt à me condamner pour mes erreurs. S'il savait à quel point je suis déjà puni. Au moins, ça fait de belles photos.

Jour 52.
Il est 09 heures, Nora aurait dû être là depuis une heure. J'ai appelé l'hôtel depuis l'aéroport, mais le type m'a pris pour un colporteur & il m'a raccroché au nez. J'attends comme un idiot, je crois que je n'ai jamais autant poireauté.

Même jour, On the road, again.
Le soir est tombé, je devrai arriver à Sandakan d'ici quatres heures, j'ai pris un car à la gare routière. Nora est venue, mais elle m'a jeté comme un con. Elle a pris un avion pour Kuala Lumpur, elle rentre à Paris dans la semaine. J'ai perdu ma copine parce que j'ai craqué pour une malaisienne, mais maintenant, je ne trouve plus rien de beau à la Malaisie.
La route est toujours aussi pourrie - si on tombait dans un ravin, ça ferait trop tragique ?
 

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