#SafeDansLaRue : quand Twitter témoigne

Sujet dans 'Réactions aux articles' lancé par Sophie Riche, le 5 février 2014.

  1. Sophie Riche

    Sophie Riche
    Expand Collapse
    Giddy goat
    Membre de l'équipe

  2. clarybulle

    clarybulle
    Expand Collapse
    Manger. Maintenant.

    J'ai vu ces témoignages sur Twitter, ça m'a complètement démoralisée. Est-ce normal d'être obligée d'établir des stratégies juste pour sortir dans le rue? est-ce normal de se rendre compte qu'on n'est pas la seule, et qu'au contraire on est même beaucoup à le faire?

     Mais je crois que le pire, ce sont les réactions. Soit on a eu des réactions de mecs qui se foutaient de notre gueule "pff pourquoi vous avez peur aussi?" "faut pas être parano" alors que PUTAIN ils lisent des centaines de témoignages de filles qui disent qu'elles flippent dans la rue et eux ils se foutent de leur gueule? Et puis les médias genre Europe1 qui transforme ces témoignages en "astuces", et en les commentant (par des hommes toujours) en mode "c'est pas très utile de faire ça", "le mieux c'est d'abord de ne pas s'habiller de façon provoquante" (WHAAAT?)... Enfin merde des centaines de femmes font un hashtag exprès pour parler de leur oppression, de leur peur, du sexisme qu'elles (qu'on) vivent au quotidien et ces mecs tout ce qu'ils ont à répondre c'est "oui bah vos astuces elles sont pas top, déjà arrêtez de vous habiller comme des putes et après on verra".

    Je sais que c'est super pessimiste, mais ça me file la gerbe de voir que même quand on arrive à être influentes et à rendre visible nos témoignages, on se fait rejeter comme des merdes. Désolée pour la grossièreté, mais là j'en peux plus.
     
    Happy_Koala a BigUpé ce message
  3. Miawou

    Miawou
    Expand Collapse

    En général quand je rentre le soir si je vois une autre fille, ou un groupe d 'amis, j'essaie de marcher pas trop loin d'eux, de pas être complètement "esseulée".

    Il y a quelques temps je rentrais, de nuit, et justement devant moi il y avait cette fille, je marchais donc pas trop loin derrière elle et j'avais noté qu'elle jetait de temps en temps des regards furtifs. Je pensais qu'elle avait donc vu que j'étais moi aussi une fille, d'autant plus que j'avais 2-3 cm de talons, juste assez pour que ça fasse un bruit de pas "féminin", mais peut-être avait-elle ses écouteurs. Elle avait l'air un peu éméchée à sa démarche et pas très rassurée, ou du moins, cherchait à se donner de l'assurance, exactement comme moi quand je rentre seule. Toujours est-il qu'elle allait exactement dans la direction de mon appart. J'ai même pensé qu'on habitait la même rue quand elle a tourné au coin de ma rue. Or quand j'ai moi-même tourné à ce coin, je l'ai vue courir. Elle a du commencé à courir dès qu'elle a tourné, pour pas que je la vois courir, et pour prendre de l'avance par rapport à moi. Je le sais parce que moi aussi, ça m'est arrivé de faire ça. Je me suis arrêtée parce que j'étais arrivée, mais je me suis sentie hyper mal. Hyper mal pour cette fille que j'ai fait flipper sans le vouloir, hyper mal parce que je sais exactement ce que ça fait de flipper comme ça et de monter les marches de son immeuble 4 à 4, et hyper mal aussi, parce que j'ai jamais vu aucun mec se comporter comme ça et que c'est tellement rageant que pour nous ça en devienne presque un réflexe.

    Bref, petite anecdote personnelle mais qui m'a beaucoup touchée et m'a aussi fait prendre conscience de toute l'ampleur de ce phénomène collectif, de la peur et du malaise que ressente la plupart d'entre nous en rentrant seules la nuit et que, merde c'est pas normal. Tout ce que je demande c'est de pouvoir aller à une soirée sans me dire "attends c'est situé à tel endroit, y aura plus de métro, peut-être que je devrait éviter la mini jupe, et en même temps merde j'ai envie de m'habiller comme je veux"
     
  4. Glouns

    Glouns
    Expand Collapse
    Cinéphile accomplie

    Je suis perplexe par rapport à cette histoire de mecs qui changent de trottoir.
    Je veux dire, ouais, ça coûte rien, c'est sympa et tout, mais...je trouve que ça coûte quand même quelque chose.
    Ça coûte la confiance naturelle que j'ai dans l'être humain (certains appelleront ça de la naïveté). Si tous les hommes commencent à changer de trottoir quand ils voient une fille seule ça lance un cercle vicieux: les hommes qui ne changent pas de trottoir vont se faire prendre pour des agresseurs, et ainsi de suite.

    Bref, je trouve pas forcément que ce soit une solution. On ne peut pas dire que ce soit dans mes habitudes de me promener seule dans des endroits qui craignent. Pas parce que j'ai peur, juste parce que je viens d'une ville de province relativement sécurisée et que depuis que j'habite en région parisienne, j'ai pas eu forcément l'occasion de sortir beaucoup le soir.
     
  5. Karrie788

    Karrie788
    Expand Collapse
    Come to the dark side, we have cookies.

    La récupération qu'en ont fait les médias m'a vraiment fait vomir. En plaçant ça sous l'angle du conseil ça a un effet vachement pervers, parce qu'on SAIT que nos méthodes ne sont pas des méthodes miracle et que ça peut pas toujours prévoir une agression.

    L'objectif, c'était surtout de traduire un ressenti qu'énormément d'entre nous connaît. Et de se dire "mais bon sang comment on a fait pour en arriver là ?"

    Au passage, merci beaucoup, parce que ça fait plaisir d'être citée (d'une part) en entier (d'autre part). Europe 1 a tronqué mon tweet en disant que quand je sentais qu'un mec me suivait bim boum je sortais mon portable, du coup l'expert a dit "nan mais c'est une mauvaise idée de sortir le portable". Euh oui je sais merci.

    Surtout que si le mec veut m'agresser, portable ou pas... perdre le téléphone je m'en cogne. Qu'il m'agresse ou me viole, beaucoup moins.
     
  6. elaphebolos

    elaphebolos
    Expand Collapse

    Depuis qu'un de mes (anciens) amis a voulu me violer il y a 5 ans, je suis devenue totalement parano! Sortir dans la rue est juste une épreuve, je pense à chaque fois que chaque mec veut me toucher et dans ma tête, je m'imagine des scénarios ("s'il fait ça, je couuuurs", "s'il fait ceci, je le griffe"). Je me rappelle au début, je rentrais chez moi et je pleurais, tout simplement!

    Même quand des amis masculins me touchent, je ne supporte pas ça!
     
  7. Noyée

    Noyée
    Expand Collapse
    Des câlins, de l'amour et des trucs morts.

    Plus jeune je ressentais souvent l'angoisse d'être suivie en rentrant du collège mais bizarrement en prenant de l'âge et malgré des expériences plutôt déplaisante je ne ressens plus de peur (bon, certainement parce que je passe 90% de mon temps à vélo).
    Mais il me semble logique que des femmes soient un minimum apeurées quand vient la nuit, pourquoi les hommes se plaignent-ils d'être assimilés à une menace potentielle alors que c'est ce qui nous est expliqué, inculqué, martelé depuis l'enfance ?

    Alors cela me fait rendre mon dîner de tomber sur des commentaires de ce genre à la réaction de la photo de l'article du journal 20Minutes sur FB.
    Parce qu'il y a encore des gens pour dire que c'est sa faute elle était à moitié à poil !


    Ce contenu n'est visible que par les membres validés. Rejoins-nous ou connecte-toi !

    J'étais (et reste un peu) dans une telle rage que je ne sais que répondre, j'en bafouille du clavier.

    Et j'imagine que rien ne m'empêche de poster le lien de la photo où trône ce commentaire, si jamais vous voulez perdre un petit plus foi en l'humanité (parce que oui, il récidive le bougre)
    https://www.facebook.com/20minutes/photos/a.10150313969103311.347234.51555073310/10152010502433311/?type=1&theater
     
    #7 Noyée, 5 février 2014
    Dernière édition: 5 février 2014
  8. Marylin75

    Marylin75
    Expand Collapse
    A bouffé du clown

    C'est la thématique du moment, on dirait...
    Entre cet article et celui sur la majorité opprimée (http://www.madmoizelle.com/majorite-opprimee-un-court-metrage-percutant-228470), j'ai un peu tout le temps froid dans le dos, personnellement !

    Je n'ai jamais changé de trottoir, mais j'ai bien souvent ralenti ou accéléré, fait des détours pour éviter d'emmener "l'agresseur potentiel" près de chez moi, écouté la musique au taquet pour me donner du courage, approché des groupes d'inconnus pour avoir l'air moins seule, baissé les yeux pour éviter un quelconque affrontement...

    Et tout ça puissance 1000 dans le RER.

    #SafedansleRER ça existe ?

    D'ailleurs, pour ceux qui ne l'avaient pas vu, je vous remets le lien vers cette vidéo vraiment dérangeante où les rôles sont inversés : http://belleblonde.net/harcelee-metro-grand-classique/

    ... c'est édifiant.
     
  9. Félix Nadar.

    Félix Nadar.
    Expand Collapse
    Yellow submarine

    Hélas, il n'y a pas que dans les endroits qui craignent que l'on peut se faire suivre... :erf:

    J'ai été suivie une fois depuis que j'habite à Strasbourg et c'est la seule fois de ma vie. Ca a aussi été la peur de ma vie. J'avais simplement raccompagnée une amie à l'arrêt de tram le plus proche de mon appartement, à environ trois minutes à pieds. Pas de "tenue provocante", pas de talons. Juste un jean, des bottes plates et une parka informe. Il était environ 19h 30. C'est au retour que j'ai été suivie et j'ai vite adopté des réflexe "de survie". 

    1. Je me suis souvenue que j'avais laissé mon portable chez moi pour le charger. Impossible d'appeler quelqu'un pour se rassurer. Impossible de me géolocaliser si jamais il m'attrapait. 
    2. J'ai marché plus vite puis plus lentement pour vérifier que le type derrière toi se calait réellement sur les pas, ou si j'avais peur "pour rien". 
    3. Je ne me suis pas retournée, pour ne pas lui montrer que j'avais peur.
    4. Je fixais les gens que je croisais. Juste pour qu'ils se souviennent de mon visage et de l'endroit où ils m'ont croisée au cas où la gendarmerie lancerait un avis de recherche. 
    5. J'ai doucement mis la main dans la poche de ma parka informe, j'ai reconnu au toucher la clef de la porte d'entrée et je l'ai serré bien fort.
    6. J'ai tourné au dernier moment, mis la clef dans la serrure de la porte d'entrée le plus rapidement possible et j'ai refermé la porte derrière moi immédiatement. C'est allé tellement vite que je ne me souviens pas de ces derniers instants. A travers la vitre, je l'ai vu m'observer, au bas des marches du perron. J'oublierai jamais son regard. 

    Ca s'est passé dans ma rue, il y a un peu plus d'un an. La rue la plus tranquille du monde, juste derrière une grande avenue, où il y a des petites maisons individuelles habitées par des personnes qui te disent bonjour et des immeubles d'étudiants avec qui tu peux discuter en prenant ton courrier. Et depuis, malheureusement, j'ai adopté des stratégies lorsque je rentre seule la nuit. 
     
  10. Hermiax

    Hermiax
    Expand Collapse
    Rap is like scissors. It always loses to rock.

    Alors tout d'abord, je voudrais juste préciser que je suis tout à fait d'accord avec vous, c'est pas normal de ne pas pouvoir marcher tranquillement dans la rue!
    Je rentre parfois à pied après le travail, il y a un parc qui longe une rivière. L'été je le fais, c'est fréquenté, il fait jour, c'est secure. Mais quand la nuit tombe avant que je débauche, j'attends mon Homme. Je sais que ce ne sera presque pas fréquenté et qu'il n'y a pas de lampadaires partout. Peut-être que je ne risquerais rien, mais la possibilité du contraire me fait dire que je suis mieux à attendre mon Homme au travail!

    C'est sûr que si les mecs changeaient de trottoir pour nous «rassurer» ça serait bien plus facile pour nous. Mais c'est là que je ne vous suis pas. Vous n'aimez pas être considérée comme «le sexe faible», «celles qu'il faut protéger», vous voulez être l'égale de l'homme etc...MAIS vous voulez que les hommes fassent des efforts pour vous rendre la vie moins pénible? C'est un peu paradoxal je trouve...

    Encore une fois, je précise que je suis d'accord que c'est invivable de ne pas pouvoir se promener seules dans les rues. Mais on ne peut pas condamner d'un côté les gens qui disent que les femmes sont plus faibles que les hommes, et d'un autre demander aux hommes de faire attention à rassurer la fille inconnue qui se balade seule devant eux parce-que «c'est une fille, elle est plus susceptible de se faire agresser alors il faut la mettre à l'aise»...On n'en demanderait pas tant à un homme qui suit un autre homme, et pourtant il pourrait aussi se faire agresser et tuer...
     
  11. Lulubellule

    Lulubellule
    Expand Collapse

    Et si plutôt que de donner aux filles des "trucs et astuces", on rappelait aux agresseurs ce qu'il ne faut pas faire...

    J'édite pour rappeler une statistique étonnante (voir les travaux d'Yves Raibaud par exemple) : la très grande majorité des agressions sexuelles n'ont pas lieu dans l'espace public mais plutôt dans l'espace privé, alors pourquoi donc nous focalise-t-on sur la peur de ce type d'agression, certes terrible mais moins fréquente que le viol conjugal par exemple?
     
    #11 Lulubellule, 6 février 2014
    Dernière édition: 6 février 2014
  12. stumpy-mcnolegs

    stumpy-mcnolegs
    Expand Collapse
    Guest

    Je ne sais pas pour vous, mais dans ma ville, il y a black out de 1h a 5h, même les weekend ...
    Du coup j'ai encore moins envie de sortir. Quand on a pas le permis et qu'on habite pas trop loin du centre ville, ça peut paraître assez long à pieds. En temps normal, je ne suis jamais rassurée même avec les lumières, parfois je rentrais même pieds nus pour ne pas que la fermeture de mes bottes fassent du bruit dans la rue ._. Du coup j'étais rapide et silencieuse, et dès qu'une voiture passait dans la rue déserte je me cachais derrière une voiture à l'arrêt (oui oui, je faisais un peu mon mode ninja ^^)
    Depuis le black out, je ne suis pas encore sortie, et je ne sortirai sûrement pas. C'est comme si ils attendaient une agression pour remettre la lumière. C'est pas compliqué de laisser allumer les lampadaires juste le week end non ? C'est pas comme si on avait pas de bars ni de boîtes ...
     
Chargement...