Ça fait du bien de lire ça, de se dire que la question des poils et de leur représentation évolue petit à petit, même si c'est par petits pas ; de se dire que si j'ai une fille un jour, elle se sentira peut-être libre de choisir quoi faire de ses poils, et pas oppressée, de choisir quelle tronche auront ses aisselles, ses gambettes ou son pubis comme on choisit une coupe de cheveux.
Personnellement, je ne touche plus à mes aisselles et à mon maillot depuis quelques années, mais c'est un combat de tous les étés ; contre le regard des autres, contre mon propre regard, contre mes peurs d'être jugée, contre mes proches. Ça va de mieux en mieux, je suis parfois tentée de passer les aisselles au rasoir pour assister à un évènement familial, pour ne pas gêner les regards qui ne sont pas habitués... Puis je me rappelle que c'est ça, que j'aimerais : habituer les yeux qui ne le sont pas, en douceur. Les yeux des amis, des inconnus, des amants. De papa-maman.
À ce propos, je crois qu'on devrait parler de l'importance que constituent les normes inculquées par les mères à leurs filles, dans le regard qu'elles porteront sur leurs corps – ici plus particulièrement sur leurs poils. Ma mère, par exemple, n'a jamais eu pour habitude de s'épiler le maillot. En revanche, elle m'a appris dès la puberté qu'il était important ("plus joli" selon ses mots) de retirer les poils des aisselles et des jambes. En grandissant, évidemment, je l'ai imitée dans un premier temps, avant de remettre en question cette considération du corps féminin que j'avais prise pour argent comptant ; mais je me rappelle que là où les poils pubiens étaient les plus complexants chez mes amies lors de leur adolescence, ils étaient au contraire ceux qui me paraissaient les plus normaux, et les seuls dont je n'ai jamais remis en cause la "normalité" ou "l'esthétisme". Et aujourd'hui je suis très heureuse, et très soulagée, de n'éprouver aucune honte à être nue face à un partenaire avec mes poils à l'état brut, de ne pas songer à mon épilation avant de penser à ce que je suis en train de vivre, mais je suis également consciente que beaucoup de femmes de mon âge n'éprouvent pas la même chose. Dans un monde idéal, j'aimerais qu'aucune femme n'ait honte de ce qu'elle fait de ses poils, et qu'elle n'ait jamais l'idée qu'elle manque de respect à son/sa partenaire à cause de ce choix.
Mais voilà, ça me donne espoir. J'ai envie de croire que tout est possible, et que si j'ai une fille un jour, lui dire que ses poils sont un choix et non un fardeau lui permettra peut-être de ne jamais avoir peur de sortir non épilée, de ne jamais arriver en retard à un rendez-vous parce qu'elle aurait oublié de se raser les pattes, de ne jamais troquer un débardeur pour un t-shirt à manche longues parce que, mince les aisselles, de ne jamais dire à un garçon qui lui plait, "par contre, je suis pas épilée – pardon".
De ne jamais se sentir sale, inadaptée, simplement pour ce qui s'apparente à un choix de coupe de cheveux.
Vraiment, j'ai envie d'espérer.