Témoignage que j'ai écrit il y a quelques jours sur mon site
Il y a pas mal de témoignages qui regroupent un peu les différentes interventions sur ce sujet.
Et juste pour ceux qui culpabilisent parce qu'ils se disent qu'il n'y a pas que les SDF, y'a aussi d'autres causes pour laquelle se battre et qui se sentent impuissants :
Une personne SDF a pris ses quartiers sous les arcades du parking d’Intermarché de chez moi. Je l'ai vu pour la première fois, mercredi dernier, lorsque je suis sortie de mes courses.
Il est en train de se tartiner du beurre sur du pain de mie. Comme il doit avoir, certainement, l'habitude qu'on ne le voit pas, je m'autorise à l'interrompre dans la préparation de son "festin" en lui disant bonjour.
Un peu étonné, il relève la tête... Je lui demande si cela le dérange que je m'adresse à lui alors qu'il est en train de s'occuper. Lorsqu'il me répond non, je m'approche et m'agenouille à sa hauteur. Je lui demande comment il va et s'il n'a pas trop froid.
Il me répond que ce n'est pas facile, qu'il a été à l'hôpital le matin même et qu'il a perdu deux couvertures pendant son absence. Naïvement, je lui demande s'il passe ses nuits ici-même où s'il rejoint le CHRS (centre d'hébergement et de réinsertion sociale) qui se trouve à 10-15 minutes de là.
Souvent, lorsque je pose cette question aux personnes SDF, je me retrouve souvent face à la même réponse. Ces personnes n'y vont rarement. Souvent, l'une des premières choses qu'on me dit, et ce monsieur également, c'est qu'il y a beaucoup de "cons" là-bas qui ne respectent rien. Il rebondit ensuite en pointant du doigt toutes les cannettes de bières que ses compagnons d'infortunes ont laissées traîner là... et il regrette amèrement que les gens pensent que ce soit lui qui fasse ça, alors qu'une poubelle se trouve juste à côté.
A ce moment-là, un monsieur arrive derrière moi et me salue. Il s'installe à côté de la personne avec qui je converse et pense à haute voix : "J'ai dû rater quelque chose."
Je lui dis alors : " Oh, je sors des courses, je rentrai chez moi, et en passant, je suis venue saluer ce monsieur.
- C'est très sympa de votre part. Me répond-il."
Puis, je dépose devant eux l'un de mes sacs de courses.
" Est-ce que vous voulez quelque chose ? " leur ai-je demandé.
J'ai tout de suite senti que leur ouvrir mon sac les mettait mal à l'aise, alors je leur demande s'il mange de tout ou si il y a des aliments qu'ils n'aiment pas.
"J'ai des pommes vous en voulez ? Puis tenez, je vous donne le paquet de pain de mie ça vous dit ? Je vous laisse ces tranches de saucissons également...."
Puis petit à petit, je vide à moitié mon sac et leur laisse un peu de tout.
Ils m'ont regardé faire et puis me remercient. Nous nous saluons et je les quitte.
C'est drôle cette sensation que je n'ai pas... Habituellement, lorsque je fais une "bonne action" comme on le dirait, j'ai toujours eu cette douce sensation d'avoir fait quelque chose de bon, de juste. Là rien. J'ai juste fait.
Depuis ce jouir, tous les matins, je passe pas très loin d'eux, je jette un œil pour voir si ces personnes sont toujours-là. Au loin, je vois leurs affaires, ils sont toujours-là.
Puis ce soir, en allant faire mes courses, sans savoir si ces personnes étaient toujours-là, je décide de leur acheter quelques denrées. Je remplis un sac de courses et en quittant le supermarché je me dirige vers eux. De loin, je n'entraperçois personne. Juste un tas d'affaire. Et au fur et à mesure que je m'approche du tas de couvertures, je reconnais le premier homme à qui j'ai parlé la semaine dernière. Il est en train de dormir. Je m'approche très doucement pour ne pas le réveiller et par crainte qu'il ne me surprenne et pense que je rentre dans "sa sphère privée", je dépose le sac de courses et je m'en vais comme je suis venue.
Je retournerai le voir la semaine prochaine. En attendant, je guetterai sa présence tous les matins, de loin.