Je viens de terminer il y a quelques jours L'Art de la Joie, de Goliarda Sapienza, qui m'a été offert par une amie qui a passé pas mal de temps en Calabre et un peu en Sicile. Si je précise ça, c'est que le livre se passe entre 1900 et 1970 en Sicile, entre la région de l'Etna et Catane. On y suit Modesta, une femme qui à ses 10 ans est placée en couvent après avoir perdu sa mère et sa soeur (et une autre personne) dans l'incendie de la grotte dans laquelle elles vivaient et qui en sortira à 17 ans pour vivre dans l'aristocratie en déclin sicilienne (je raconte mal). C'est l'histoire de cette femme, de son aspiration constante à la joie, de ses amours féminines, masculines, de la généalogie qui va émerger d'elle dans un milieu qui sera, très vite et pour toujours, un milieu antifasciste, anti-autoritariste, plutôt conscient de ses privilèges et critique.
Ce livre, ça fait tellement longtemps que des copines me le conseillent! Elles me disaient "Tu verras, on tombe très vite amoureuse de Modesta, elle a quelque chose de sincère, désarmant, brutalement incompromissible." (en substance). J'ai mis un peu de temps à accrocher, parce que quand même, il y a tout ces atmosphères du couvent et de l'aristocratie qui sont assez lourdes, mais c'est vrai qu'une fois séduite, j'ai pas réussi à décrocher. Du regard de Modesta sur le monde, un regard qui se veut plein de justesse, de recherche de justice, et de joie, d'amour, de tendresse. Je pense pas me tromper en disant que les nombreux dialogues du livre m'ont fait écho et m'ont fait grandir.
Et puis je pense que c'est la première fois de ma vie que je terminais un livre aussi gros, et aussi vite! Ca fait pas de mal à la fierté.
Plus tôt dans l'année, j'avais lu de Sapienza Moi, Jean Gabin, où l'on suit la petite Goliardia dans le Catane des années 30, où elle chemine dans la ville pour trouver quelques sous, afin de laver l'offense qu'elle a commis en faisant tomber une petite fille qui avait eu le malheur de dire du mal de la femme aimée de Jean Gabin dans le film projeté au cinéma. Pour Goliardia, Gabin est un objet de fascination constante, c'est en étudiant son regard sur les femmes qu'elle a appris à les aimer, c'est en se demandant comment il réagirait qu'elle trouve des attitudes pour se sortir des situations complexes... Le tout dans un milieu, là aussi, résolument socialiste et antifasciste : le livre, court, contient de jolis dialogues et réflexions sur ce milieu.