pryah;3402713 a dit :
Ce qui était vraiment important de dire ici, pour moi, c'est que je ne veux pas que ma souffrance, et celle des autres, soit niée parce-que ce serait la société qui l'induit. C'est faux.
Je m'invite juste dans le débat pour rappeler un truc : dire que la souffrance est induite par la société ne nie absolument pas sa réalité . Je mets en spoiler une explication sur la "construction sociale", issue de cet article (Le sexe est bien une construction - Une heure de peine...) du blog "une heure de peine", que je trouve vraiment intéressante et pertinente.

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Dire que quelque chose est induit par la société, c'est juste proposer une hypothèse d'explication et éventuellement amener à considérer ladite chose d'une autre façon, ce n'est en aucun cas nier sa réalité ;)
 
@What would Madonna do

Je ne conteste absolument pas ton droit à considérer que ton vagin représente ton intimité. Le problème, c'est qu'on ne nous laisse pas tellement de choix à ce niveau là.

Pourquoi est-ce-que c'est dérangeant qu'à l'échelle de la société, on situe l'intimité dans le vagin?
Parce qu'on a tendance à considérer qu'on ne fait pas n'importe quoi de son intimité, on ne l'ouvre pas à n'importe qui, et si on le fait, ça veut dire que finalement elle a bien peu de prix, (et souvent on juge la personne à la façon dont elle gère son intimité, d'où le slut-bashing par exemple). Ça a aussi longtemps conduit à penser qu'une intimité intacte était un gage de fiabilité, d'intégrité morale et de pureté, et c'est peut-être bien pour ça qu'on nous a longtemps fait ch*** avec ces histoires de virginité. Et puis c'est peut-être bien ça l'enjeu d'un viol : les femmes ne sont pas les seules à avoir intériorisé la sacralisation culturelle de leur sexe, les agresseurs évoluent dans la même société et intègrent aussi cette idée, et c'est sans doute pour ça que, plus que quelques minutes de plaisir, un viol représente aussi la possibilité pour les violeurs de déshumaniser une personne en la dépossédant de l'ultime sanctuaire de son "intimité". C'est pour cette raison que je disais qu'on ne pouvait pas voler s'il n'y avait rien à voler.
Au passage, j'ai remarqué que vagin et intimité étaient souvent des termes interchangeables, en revanche je n'ai jamais constaté la même chose pour le pénis qu'on assimilera plutôt à la virilité. A mon avis, ce qui joue, c'est le fait que le vagin soit souvent caractérisé en premier lieu par le fait qu'il soit une cavité, qu'il soit "intérieur", "dissimulé" qualités assimilées à ... l'intimité.

Les gens devraient pouvoir choisir où ils veulent situer leur intimité et s'ils la perçoivent entre leurs cuisses, grand bien leur fasse, en soi, je n'ai rien contre ça. Mais quand la culture/la société induisent massivement cette idée à travers la religion, l'éducation, la psychanalyse et autres, ça devient stigmatisant pour ceux qui dévient de la norme, et potentiellement liberticide pour tout le monde. Pour être plus claire, ce qui est dérangeant ça n'est pas le principe en lui-même, c'est le fait qu'il nous soit imposée de façon très pernicieuse et que sa transgression soit condamnée de façon tout aussi pernicieuse.

Ensuite, c'est beaucoup plus personnel et subjectif, mais je ne vois absolument pas pourquoi percevoir le vagin comme un organe neutre sur le plan symbolique, empêche de prendre son pied avec ou de partager du plaisir, de la complicité et de l'amour avec son partenaire. J'ai eu des rapports sans pénétration beaucoup plus chaleureux que certains rapports avec (et je ne fais même pas allusion au viol). Cette désacralisation de mon sexe ne m'empêche pas de pouvoir tisser un lien avec quelqu'un en le prenant en moi, parce qu'à mes yeux, ce qui détermine le degré d'intimité d'un rapport sexuel ça n'est pas la pénétration de mon vagin, c'est la relation que j'entretiens avec mon partenaire, et ce que ce rapport signifie pour nous. J'ajouterais que je "n'offre" pas mon vagin. Quand il prend un pénis, il reste mien, je l'utilise pour éprouver du plaisir et en procurer, point à la ligne.

En outre, tenir la main de quelqu'un peut me procurer autant voire plus d'exaltation et de plaisir que d'être pénétrée, la partie du corps avec laquelle je prend le plus mon pied en dehors du clito, c'est… mon dos, et je ne laisse pas n'importe qui y accéder. Pour prendre un autre exemple, dans le film Intouchables, F. Cluzet interprète un paraplégique privé de l'usage de son pénis, et qui pour compenser, développe une sensualité très particulière au niveau des lobes d'oreilles! Ca montre bien qu'un organe à priori strictement utilitaire et dénué de toute symbolique peut devenir le siège de la jouissance (donc on ne devrait peut-être pas déconsidérer aussi hâtivement les mains et les pieds...). Personnellement, je préfère croire que l'intimité est dans ma tête plutôt qu'intrinsèquement liée à mon seul vagin : d'une part parce que le corps est trop fragile pour que je rattache ce sentiment d'intimité à une partie dont je pourrais être privée un jour, d'autre part, ça me permet d'établir une intimité au moyen de n'importe quel organe ou membre si besoin est. Et enfin je me sens infiniment plus humiliée quand mes pensées les plus secrètes sont révélées, que quand je suis amenée à pisser en compagnie d'autres meufs et que ma vulve est exposée à la vue de toutes.

Tout ça pour dire que mon vagin n'est pas sacré et je ne veux pas qu'il le soit de façon désolidarisée du reste. Cette désacralisation ne veut pas dire que je fais l'amour comme je passe l'aspirateur, c'est juste que dans ma vision des choses le vagin n'est pas central, il n'est qu'un organe de plaisir et de complicité parmi tant d'autres. L'intimité sexuelle pour moi, elle est dans le plaisir qu'on partage à deux, peut importe les organes impliqués dans cette quête de la jouissance.
En dehors de ces circonstances, mon vagin représente le conduit qui permet l'évacuation de mon sang menstruel, et peut-être qu'un jour il me servira à donner naissance à un bébé.
Si tu souhaites sacraliser le tien, libre à toi, mais admet que tout le monde ne partage pas ta vision des choses, quand bien même elle serait historiquement et culturellement dominante.
 
Tout d'abord, je m'étonnerais toute ma vie du nombres de femmes qui ont été violées et/ou agressées sexuellement qui sont "à portée de moi". Je veux dire...c'est horrible de penser que dans une assemblée de filles, ici le forum, une proportion plus ou moins forte aura forcément subit ce genre d'agression et en parle "en connaissance de cause". Parce que le viol c'est banal, c'est terrible...pff...ça me débecte :sad: (quand cela changera-t-il ?!) (et ça rejoint, à une autre mesure mais tout de même, le sujet du 'harcèlement de rue" d'ailleurs)

Ensuite, je tiens à saluer Opium pour cet aspect très intéressant, cérébral oui mais dans le bon sens, de la sacralisation vaginale. Je trouve même ton parallèle troublant vagin / intimité , pénis / virilité, je crois qu'il y a une grande vérité là-dedans.

Mais je pense aussi que la sacralisation du vagin a un aspect "naturel" dû non pas exclusivement à la société patriarcale "Tu dois être pure ma fille" mais au simple fait de donner la vie. C'est toujours la même chose mais C'EST un des endroits les plus fascinants et énigmatique, d'autant plus pour les hommes sans doute. Le viol a toujours été une arme. C'est quand même d'abord à cause de la douleur physique qu'elle fait une victime. La douleur physique et mentale de la victime vient-elle aussi davantage du contexte que de "l'endroit où ça se passe" ? Après tout, l'agression sexuelle revêt bien des formes dont la pénétration n'est qu'une partie...et pourtant on est tout aussi blessée...

Le témoignage parle de cette volonté "d'avoir le contrôle" par la suite, après tout le viol c'est surtout (??) la domination totale d'un être sur soi ? Est-ce-que c'est ça qui est le plus insupportable ? D'ailleurs une des questions culpabilisante c'est souvent "Pourquoi j'ai pas crié, pouquoi j'ai pas fait çi ou ça" donc, pourquoi je me suis soumise ? Ca me parait être un élément clé de la grande souffrance des victimes, se sentir réduite, toute petite et faible, sans défense contre l'autre.

J'essaye de développer mes pensées mais je n'ai pas parlé de la violence extrême de cet acte entre paroles et actes, la pénétration du vagin pour moi, n'est qu'une infime partie du viol et de la souffrance donc malheureusement, une vision différente de son intimité n'est pas suffisante je suppose.
 
Amiral Moth, tu as vu juste à travers tes interrogations.
Le viol est bien souvent un acte de domination, qui peut entraîner chez la personne qui le subit un état de sidération, voire une dissociation corps/esprit : l'esprit s'évade pour ne plus ressentir l'insupportable.

Certaines victimes vont même parfois jusqu'à oublier ce(s) traumatisme(s), on appelle ça le déni. Ce sont des choses plus ou moins anodines qui peuvent permettre la sortie de ce déni, parfois très tardivement au cours de la vie. Il peut aussi arriver que l'on se souvienne partiellement de l'agression, mais que cela semble tellement irréel que l'on croit avoir rêvé.

Pour en revenir à ce que tu te demandais, effectivement le fait de n'avoir pas pu empêcher le viol, ou ne serait-ce que de ne pas avoir dit "non", et/ou de n'en avoir pas parlé juste après à des personnes de confiance (par honte bien souvent, un comble...) est un traumatisme supplémentaire.

La culpabilité fait des ravages alors que l'état de sidération que j'évoquai plus haut explique tout à fait que l'on puisse ne rien faire lors de ce genre d'agression.

Au-delà de tout cela, je suis persuadée que depuis bien longtemps le vagin est totalement mystifié, combien d'entre nous ont entendu des propos du style "gardez le mystère les filles" ou qu'il ne fallait surtout pas parler de vagin en présence d'hommes à moins que nos propos soient purement sexuels.

Il y a un vrai manque en terme d'éducation sexuelle, il serait temps que des Laci Green fassent descendre la mère de son pied d'estale divin, et sortent la putain de la fange ; que les adolescent(e)s sachent que les femmes ne sont pas soit des trous à foutre soit des poules pondeuses, et qu'elles sont avant tout leurs égales...
 
L

lauralia

Guest
Je voudrais juste réagir à quelque chose.

@Opium a dit:
"Là encore, on est d'accord, le viol représente une négation non seulement du consentement, mais aussi du statut de personne de la victime. Cela étant, on peut estimer qu'il en va de même pour d'autres types d'agressions non-sexuelles... Alors comment expliquer que la honte, le sentiment d'être sale, souillée, soient intrinsèques au viol et pas au fait de se faire rouer de coups par exemple?"
Alors d'abord la honte n'est pas intrinsèque qu'au viol mais aux agressions sexuelles en général: les tentatives de viol (sans pénétration), le harcèlement sexuel (parfois sans contact physique du tout!) éveillent en général un sentiment de honte, l'impression d'être sale, chez les victime.
De plus, les victimes de violences non-sexuelles ressentent souvent de la honte aussi...

Le fait d'avoir été dominée par autrui sans avoir pu l'empêcher génère de la honte (ce en quoi nous rejoignent beaucoup de victimes de violences, notamment les victimes de violences conjugales).

Pour ce qui est des agressions à caractère sexuel (viol, tentatives, harcèlement sexuel, ...), je pense que c'est dû au fait que dans ces agressions, on retourne contre les victimes leurs propres corps.
C'est d'autant plus vrai pour le viol d'une femme (je ne peux pas parler pour les hommes violés) parce que l'on est touchée jusqu'à l'intérieur même de notre corps. Le fait que l'on soit impuissante à empêcher un corps étranger non désiré à entrer à l'intérieur même de notre corps est à l'origine du sentiment de honte et de dégoût de beaucoup, je pense, comme si on vous forçait à avaler un truc méga crade, genre de la merde (désolée pour l'image mentale). Ce genre d'impression de souillure qui est entrée à l'intérieur de votre corps, que vous ne pouvez pas atteindre pour vous laver, vous en débarrasser, est difficile à vivre.

En plus, la société reconnaît le fait que prendre un coup (de poing, pied, ...) est douloureux, mais l'acte sexuel est considéré comme un acte de plaisir, donc de quel droit associe-t-on de la douleur à ça, viles femmes que nous sommes?
Et puis je pense que dans l'esprit de beaucoup, encore aujourd'hui, le fait que les femmes ne ressentent pas de plaisir lors d'un rapport sexuel est considéré comme acceptable. Du coup, de quoi se plaint-on, dans un viol, après tout? C'est comme ça que sont les femmes, elles ne sont pas vraiment là pour prendre leur pied, mais pour en donner aux hommes, non?


J'admet qu'il y a beaucoup de rancoeur dans mes paroles, mais je ne suis pas sûre qu'elles soient fausses pour autant.
 
  • Big up !
Reactions : Layhha
J'ai pas pu continuer ça me souleve le coeur, en tout cas je te souhaite d'arriver à panser cette blessure un jour.

Ca à falli m'arriver sauf que le mec je l'ai maitrisé et heureusement car moi je pense ne pas pouvoir survivre à une telle horreur sérieusement je connais beaucoup de femmes violées dans mon entourage je me demande comment elles ont fait pour survivre à un tel cauchemar

Bon courage à toi
 

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