Les élèves qui « ne sont pas Charlie » et la théorie du complot, un défi de plus pour l'école

Sujet dans 'Réactions aux articles' lancé par Clemence Bodoc, le 16 janvier 2015.

  1. Clemence Bodoc

    Clemence Bodoc
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  2. TinyBuddha

    TinyBuddha
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    Adooore les sushis

    Je suis tout à fait d'accord avec les différentes analyses expliquées dans l'article, mais je voudrais rajouter quelque chose. Je pense qu'effectivement internet, les médias et les réseaux sociaux prennent une place de plus en plus importante dans la recherche ou l'affichage (dans le sens ou l'information n'est peut être pas recherchée mais elle apparaît quand même) d'information. Et je pense que l'éducation française, enfin celle dont j'ai eu l'expérience mais je pense que c'est très répandu, manque cruellement de sens critique. Les élèves n'apprennent pas assez à questionner et à critiquer ce qu'ils apprennent, et cela se ressent dans la vie de tous les jours.

    Par exemple, j'ai fait un baccalauréat international et je me souviens avoir été complètement perdue quand encours d'histoire-géo anglaise j'ai du critiquer des documents historiques en expliquant pourquoi et comment ces docs étaient biaisés, ou subjectifs (d'ailleurs je ne sais pas comment bien traduire 'biased' en français). Je suis très heureuse d'avoir été exposé à ce sens critique assez jeune (bon en première, donc je pense que ça devrait commencer encore bien plus jeune!) mais même maintenant je dois forcer ce réflexe de critiquer qui ne vient pas automatiquement, et ça je trouve ça dommage.

    Bref, pardon pour le racontage de vie mais je trouve ça tellement important aujourd'hui, j'aurai aimé commencer à apprendre dès que mes capacités intellectuelles se formaient. :vieux:
     
    Margaux Palace, Castette, Reifferscheidt et 1 autre membre ont BigUpé ce message.
  3. Reifferscheidt

    Reifferscheidt
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    La Castiglione.

    C'est assez triste ce mutisme des enseignants mais je pense qu'ils n'ont pas les clés en main pour aborder ces sujets polémiques avec leurs élèves. Ils doivent avoir peur des réactions, alors qu'il faut au contraire les surpasser pour démonter avec logique et esprit critique les théories du complot notamment, et les réactions polémiques. L'article de Rue89 montre bien cette nécessité.
    Ci-joint un lien vers le monde avec un professeur d'histoire-géo qui met en BD sa vie d'enseignant : http://uneanneeaulycee.blog.lemonde.fr/2015/01/12/le-complotisme-pointe-encore-le-bout-de-son-nez/
     
  4. Lady Von Duck

    Lady Von Duck
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    Blame It On The Boogie

    La montée du mouvement complotiste chez les jeunes (chez tout le monde mais surtout chez les jeunes) me terrifie
     
    Donoma, Bibidi Bobidi Bou et Kitty Kat ont BigUpé ce message.
  5. Althéa Vestrit

    Althéa Vestrit
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    Rêveuse des sous bois

    J'ai failli être prof (et j'ai quitté très vite) et honnêtement, on t'apprend vraiment à te taire. Tu dois surtout pas parler politique, éviter les sujets qui fâchent, les sujets limites. Idéalement, tu dois donner cours, suivre tout le programme, n'avoir jamais de souci avec ta classe alors qu'on te fournit quasi aucun moyen (que ce soit dans l'apprentissage de la gestion de conflis ou moyens de sanctions).
    Et tu dois jamais punir un élève (quasiment). J'ai découvert un monde étrange, qui faisait peur, avec des enseignants qui n'ont quasi plus aucun pouvoir. Je me souviens en stage, il y avait des élèves qui faisaient des choses qui auraient méritées des heures de colles etc et le prof faisait rien. Parce que en gros, dès que tu punis un élève, t'as toute une équipe derrière toi à laquelle il faut justifier ton geste et c'est très mal vu. Tout ça n'est pas explicite/officiel mais officieux, tu le comprends à demi mot/entre les lignes.
    Donc tout ce hs pour dire que leur mutisme ne m'étonne pas. (Songer à ce qui est arrivé au prof d'art plastiques qui a été suspendu pour avoir parlé des caricatures satiriques en cours)
     
    LovelyLexy, Shield, Shann et 3 autres ont BigUpé ce message.
  6. Reifferscheidt

    Reifferscheidt
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    La Castiglione.

    @Althéa Vestrit : Étant en fac d'histoire, j'ai préféré fuir les concours MEF notamment pour cette raison. Et je constate ce que tu dis dans mon entourage. De manière générale, les discussions d'opinion doivent avoir lieu au sein de la famille, sauf que tous les parents ne le font pas.
    Finalement, c'est bien la question du rôle de l'enseignant... Simple transmetteur de savoirs ou option "couteau-suisse" : enseignement, développement de l'esprit critique et celui qui ose sortir des sentiers battus...
     
    Althéa Vestrit a BigUpé ce message
  7. Althéa Vestrit

    Althéa Vestrit
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    Rêveuse des sous bois

    @Reifferscheidt et encore, ce n'est qu'une partie émergée de l'iceberg. Quand tu rentres dans un collège ou un lycée, t'as l'impression de rentrer dans un clan où t'as intérêt à être dans les petits souliers de la direction, qui elle même veut être dans les petits souliers des inspecteurs (gens souvent désespérants, qui critiquent mais n'enseignent pas sur le terrain, eux, et sont péremptoires, pleins de belles idées philo-pédagogico-éducatives, toutes théoriques et pas applicables sur le terrain. Bref, je ne veux pas faire de total HS, mais rien que de me souvenir de tout ça, j'en ai gros !
     
    LovelyLexy et Castette ont BigUpé.
  8. Neverland90

    Neverland90
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    Je ne sais pas... personnellement je trouve au contraire qu'à partir de 15 ans, les élèves sont assez grands pour se faire leurs opinions. Personnellement, je ne comprends pas en quoi ça dérange qu'il y est des élèves croyant à la théorie du complot ? Ca a toujours existé, il suffit de voir avec le 11 septembre par exemple. C'est la liberté de penser, non ? Il y a des théories du complot partout, j'ai des amis qui croient à certains complot (pas sur CH) et je ne leur impose pas ma vision des choses. J'écoute leurs arguments et je leur oppose les miens si je ne suis pas d'accord. Faudrait surtout comprendre en quels sont les éléments dans cette affaire qui font penser à une théorie du complot ? Il a beaucoup de gens qui croient aux complots et ils n'ont jamais posé problème, ces élèves en quoi posent-ils problème ? Oui peut être se sont-ils fait intoxiquer par internet mais pourtant il y a d'autres problématiques beaucoup plus grave concernant internet et les jeunes auxquelles le gouvernement ne s'est jamais intéressé.
    Mais j'avoue, je n'aime pas qu'on prenne les collégiens et les lycéens pour des petites choses fragiles et influençables. Quant à ceux qui ne sont pas Charlie, il y a aussi des madz qui ne le sont pas et qui ont expliqués pourquoi. Là ou ça pourrait devenir problématique c'est ce qui concerne l'apologie du terrorisme.
     
    Matooune, Madame_Casse-Pieds, Mama Sara et 9 autres ont BigUpé ce message.
  9. Ysia

    Ysia
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    Et si... l'esprit critique se forgeait aussi en analysant ce que nous livrent les médias en tant que vérités absolues? :hesite: Je crois qu'ils ont le droit de remettre en question les institutions, nous en avons tous le droit non? Il faudrait réussir à établir un véritable dialogue à l'école, pouvoir les informer et remettre chaque chose, chaque évènement dans son contexte. Leur faire voir la vision des deux côtés d'un camp.
    Vouloir à tout prix empêcher les jeunes d'avoir leur avis, même s'ils dérangent, je trouve ça un peu.. totalitaire.
     
    Madame_Casse-Pieds, samya, Mama Sara et 15 autres ont BigUpé ce message.
  10. Glouns

    Glouns
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    Cinéphile accomplie

    Je vais essayer de faire un post construit mais je m'excuse d'avance si je ne suis pas très claire. Je suis prof d'anglais en collège dans un établissement très calme mais qui brasse des élèves de toutes origines ethniques et socio-culturelles.

    1) Jeudi, je n'avais pas cours quand a eu lieu la minute de silence. J'ai eu 4h de cours l'après-midi et je n'ai pas parlé des évènements avec les élèves. Je n'ai pas ressenti chez eux le besoin d'en parler et je le regrette. J'en ai un peu parlé les jours suivants, mais je regrette de ne pas avoir pris tout cela à chaud. Parce que dans mon établissement c'est un peu le problème inverse: j'ai l'impression que personne ne se sent concerné. Les élèves ont fait de beaux dessins pour la liberté d'expression, je suis sûre que tous mes collègues qui avaient cours jeudi matin en ont parlé avec leurs classes, mais aujourd'hui, une semaine après, que reste-t-il de tout cela?

    2) Je réfléchis actuellement à une manière de parler de ces thèmes de liberté et de droits de l'homme, en lien avec les attentats et ma matière. Pas facile facile, car outre les documents (je me vois mal étudier Salman Rushdie avec des 5ème; je penche plutôt sur Imagine de John Lennon), il faut aussi voir comment mettre ces documents en lien avec ce qui s'est passé.

    3) Je commence à en avoir assez de la fameuse rengaine "mais on n'a pas été formés pour ça!". Parfois j'ai l'impression que mes collègues attendent du tout-cuit, qu'on leur donne une recette magique qui règlera tous les problèmes de l'Education Nationale. Etre prof c'est en grande partie se former soi-même, je pense que nous jeunes enseignants en avons assez fait l'expérience lors de notre formation initiale. Les services académiques et le ministère ont mis en ligne quelques ressources pour parler des attentats avec les élèves. Et on trouve je pense quantité de ressources sur Internet, il suffit de retrousser ses manches! Personnellement, depuis les attentats, je me pose énormément de questions et je ne vais pas attendre qu'on me dise quoi faire. En tant que prof principale, je voudrais faire une heure de vie de classe sur tout ces évènements, et l'année prochaine je vais très certainement réserver une ou plusieurs heures à la laïcité, l'égalité, la fraternité, la liberté...
    Je projette également de me cultiver de mon côté sur les religions (étant athée je ne m'y connais vraiment pas).

    4) Derrière ce 3) se cache aussi, il faut l'avouer, une certaine partie des enseignants qui considèrent que l'éducation doit être donnée par les parents et que l'école n'est chargée que de l'instruction. Certes, la famille dispense un certain nombre de valeurs, mais l'enfant passe quand même une grande partie de son temps à l'école. L'école est une vraie mini-société où l'on ne dispense pas que des connaissances mais aussi des savoirs-êtres et des savoir-faire, que ce soit dans les différentes disciplines ou dans la vie scolaire. L'école forme de futurs citoyens!

    5) Dans le même temps, et ça peut paraître un peu contradictoire avec le 4), en termes "d'influence" sur l'enfant, l'école n'est que peu de choses face à la famille. On a beau faire ce qu'on peut, un élève sera toujours l'enfant de ses parents. Si les familles se montrent méfiantes envers l'école, si les parents critiquent ouvertement les profs (ces glandeurs....toujours en vacances!) à la maison, l'élève va forcément en ressortir avec une mauvaise image de l'école. De la même manière, on a beau appliquer toutes les chartes de la laïcité du monde, si des parents ultra-religieux et anti-laïcs s'en mêlent, on aura bien du mal à faire rentrer un élève "dans le cadre".

    6) Du 5) découle le prochain point: si l'élève ne fait plus confiance au prof, le prof devient une source d'info comme une autre. L'élève va mettre en doute ce qu'on lui enseigne. Il va profiter de toutes les ressources qu'il a à sa disposition (et c'est bien normal). C'est beaucoup plus léger que les problèmes de théories du complot, mais j'ai un exemple frappant en tant que prof de langues: Google Traduction. J'ai beau expliquer à mes élèves comment Google Trad fonctionne et pourquoi il est plus prudent d'utiliser un vrai dictionnaire, leur donner un lien vers mon dictionnaire en ligne préféré, lorsqu'on va en salle info et qu'ils doivent chercher un mot, ils vont tout de même aller sur Google Trad. Parce qu'ils en ont l'habitude. Et comme toute habitude, elle mettra très longtemps à se perdre, il faudra répéter des centaines de fois, rééxpliquer, reredire...Mais on ne saura toujours pas ce que l'élève utilisera pour chercher un mot chez lui!

    7) Il y a aussi l'effet de groupe: tout le monde regarde cette chaîne Youtube, je vais la regarder aussi. La pression des pairs chez les ados est un phénomène très puissant, ne l'oublions pas.

    8) Et je termine avec deux trois idées pour l'avenir:
    - que l'éducation à la citoyenneté ne soit pas que "dispensée" par les profs d'histoire-géo. Une collège me disait l'autre jour que rien dans son cursus ne la formait à dispenser des cours d'éducation civique. A partir de là, je pense que l'éducation civique doit aussi devenir une matière transversale. Chaque prof peut et doit distiller ça et là les valeurs de notre pays. C'est un truc qu'on fait déjà, même inconsciemment.
    - avec quelques collègues, on se disait que l'enseignement de la philosophie devrait débuter plus tôt. Dès le collège, voire l'école primaire, avec des mots simples, on devrait pouvoir faire réfléchir les élèves sur des problématiques très concrètes. Cela participerait aussi au développement de leur esprit critique et à leur éducation "aux médias".
    - qu'on oblige les profs à travailler ensemble. Dans mon établissement, la plupart des profs ne sont absolument pas habitués à se concerter, à discuter, à trouver une solution ensemble. La nouvelle génération de profs est je pense plus encline à la collaboration, mais en attendant que toute la population de profs soit renouvelée, je pense qu'il faut fortement inciter tout le monde à travailler ensemble. J'adore les réunions, j'adore construire mes cours avec des collègues en ligne, j'adore quand on résoud un problème ensemble, mais ce n'est vraiment pas dans la culture prof. Le "prof de base" n'aime pas les réunions. Il est allergique au mot réunion. Par principe. Ce que je trouve vraiment dommage.

    Ah, et pour finir sur une réaction aux commentaires précédents:
    Un établissement scolaire est sous la houlette d'un principal (proviseur en lycée) et d'un principal adjoint (proviseur adjoint en lycée). Tous ne sont pas pareils, c'est comme partout, y a des cons partout. Certains chefs d'établissement cherchent à ne pas faire de vagues pour ne pas donner mauvaise réputation à leur établissement et/ou par peur des parents. D'où parfois les conseils de discipline qui passent à la trappe, les notes qui augmentent, les niveaux de langue qui se voient automatiquement validés en fin de 3ème même si l'élève est très faible...Ce n'est pas partout.
    Il faut faire très attention aux généralisations comme pour tous les domaines....
     
    Madame_Casse-Pieds, Shield, Posseh et 10 autres ont BigUpé ce message.
  11. AmyPond

    AmyPond
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    J'aime mieux être cochon que fasciste.

    Il est temps de constater que le lycée aujourd'hui n'est pas configuré pour constituer des citoyens, or il le devrait.. Je pense que le collège est encore trop précoce pour aborder sérieusement et de façon réflexive ces problèmes. Mais le lycée, justement, c'est pour certains le moment ou jamais. Il ne faut pas que tout le monde compte sur le prof d'histoire ou de philo pour enseigner la citoyenneté aux élèves. Et ils auraient beaucoup à gagner, tout le monde aurait beaucoup à gagner si on apprenait aux élèves à distinguer théories du complot et faits historiquement ou scientifiquement viables. Je reviendrai peut-etre discuter des théories du complot si ça en intéresse quelques unes, j'ai eu un travail de philo en 2e année de licence sur le sujet.
     
    Castette et Glouns ont BigUpé.
  12. Pinceau_

    Pinceau_
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    Cherche le divin en toi plutôt que le diable chez les autres.

    "Un jeune sur cinq aujourd’hui adhère aux théories du complot, de toutes natures : la remise en cause des institutions de la République, de la crédibilité des hommes politiques mais aussi des médias, et à partir du moment où on ne croit plus à rien, on est dans le relativisme le plus total."

    :lol: C'est ça la "théorie du complot" ? Rangez-moi vite dans la case alors. :lol:

    (Et mon esprit critique et moi-même allons très bien, merci.)

    --

    Plus sérieusement, l'esprit critique pour moi c'est précisément observer ce que nous disent les médias et les politiques, la façon dont ils le disent (les mots ont un sens...), le moment où ils le disent et ce qu'ils ne disent pas.
    Penser que la pluralité de la presse et donc d'opinions est assurée par le nombre de chaînes de télé, de radio et de journaux me fait doucement rire, quand on sait que cinq grands groupes se les partagent en France.
    La crédibilité des hommes politiques, entre les détournements fiscaux and co et les promesses non tenues mandat après mandat, excusez-moi de vouloir la remettre en cause.

    Je trouve vraiment étrange de diaboliser à ce point ces opinions de façon aussi... globalisante ? Enfin évidemment je comprends bien la dimension "ça peut faire virer vers des pensées d'extrême-droite, et vu le contexte une apologie du terrorisme", et clairement il faut surveiller cela, expliquer aux jeunes que la violence terroriste ne sera jamais une bonne réponse à quoi que ce soit.

    Mais enfin on a quand même le droit de se poser des questions sans virer terroriste... :dunno:

    Enfin bon, quand je lis que des gens pensent que c'est normal (et bienvenu !) que les conversations privées sur le net soient surveillées par les renseignements... ma foi...
     
    Matooune, Madame_Casse-Pieds, samya et 34 autres ont BigUpé ce message.
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