Veille Permanente Classisme

Sujet dans 'Veilles permanentes' lancé par DestyNova_, le 17 octobre 2013.

  1. Gabelote

    Gabelote
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    Je trouve ça intéressant comme réflexion (et les propos de R. Christin complètement à côté de la plaque).
    Après, de mon expérience personnelle, je rejoins le poins de vue de @L'Oeil de la Lune :
    - les gens qui font des voyages organisés, qui utilisent des formules "tout compris", qui partent au club med font partie des plus aisés de mon entourage (+de 3000 euros par mois). Ce sont aussi elleux qui partent le plus souvent (une fois par an au moins) : donc qui contribuent de toute façon plus à la pollution globale et au tourisme mondial.
    - les gens qui ont des revenus moyens ou faibles et qui vont à l'étranger, le font de manière "exceptionnelle". Au sens propre : c'est LE voyage (de leur vie, de leur 20 ans de vie commune, de la retraite...). Ils ne partent pas chaque année, encore moins plusieurs fois dans l'année. Ce sont souvent de destinations moins touristiques que symboliques (le typique "on a toujours rêvé de... faire la route 66, prendre le transsibérien, voir le Japon...). Et ce sont souvent des voyages à l'économie. Mais rarement des voyages hyper immersifs du genre "chez l'habitant" ou "au fin fond de la campagne".
    - les gens qui ont vraiment de très faibles revenus partent dans leur famille ou chez des amis (en France ou ailleurs). Parce que le premier poste de dépense en vacances (notamment en famille), c'est le logement, ielles vont au moins cher : hébergé par des gens qu'ielles connaissent.

    Pour revenir sur l'entretien du sociologue (parce que relire ce machin m'énerve vraiment) :
    1 français sur trois ne part pas en vacances source

    Environ 10% du tourisme mondial aurait une visée culturelle wikipedia

    Plusieurs choses me viennent à l'esprit :
    - le fait qu'apparemment une relation sexuelle sur une aire d'autoroute soit un fantasme exploité (cf les résultats quand je cherche "aventure aire d'autoroute" dans mon moteur de recherche). Comme quoi des gens rêvent qu'ielles leur arrive certaines choses sur une aire d'autoroute.
    - que Christin n'a pas dû connaître les mêmes aires que moi pour les trouver "aseptisées". (Oui, aire de Chavanon, c'est à toi que je pense).
    - qu'il ignore que beaucoup de gens ne prennent pas l'autoroute à cause du coût et du fait que les jours de grands départs on n'y roule pas ou peu à 130, préférant rouler sur des petites routes à 70 et profiter des petits villages et des paysages.
    - et que les gens qui n'ont pas les moyens de sortir de France se foutent de savoir qu'ils ont les mêmes aires d'autoroute qu'en Croatie, au Sénégal ou en Chine : ielles ne connaissent que celles qu'ielles pratiquent.

    Globalement on sait que la plupart des vêtements sont fabriqués à l'autre bout du monde par du personnel exploité. Guess what ? ça n'empêche pas les gens d'en acheter.

    Tout ce paragraphe fleure bon l'exotisme de bas étage et le misérabilisme.

    Pourquoi ça me rassure moi de croiser des français quand je suis à l'étranger ? Ah mais c'est vrai, j'suis con moi, je suis pas une aventurière.

    Alors Christin ne me lit certainement pas et les mads ici s'en foutent probablement (en fin de pavé aussi...). Mais voici comment s'est passé la dernière fois que je suis allée en vacance à l'étranger à vélo en avion.
    Levé 3h du mat, il fait -13000°C et je tombe de sommeil. 3h30 on monte toux dans le Duster (qui pollue 'achement plus que le vélo, on est d'accord). 1h30 de route plus tard nous voici à l'aéroport. Mireille nous fait peur en disant très fort "merde je crois que j'ai oublié mon passeport". Tant pis, elle restera en France. C'était une blague. Mireille est taquine. 5h15, check sécurité, j'empêche les plus taquin-es d'entre nous de répondre des conneries aux questions de sécurité. 5h30 enregistrement de bagages. Sécurité again : une heure de queue, vidage de poches, pieds nus, sans ceintures. Pour certain-es d'entre nous, le niveau d'aventure n'a jamais été aussi haut de leur vie. Gégé est attiré à part suite à un "biiip" du portique. On lui tapote les mains avec un bout de papier. Coutumes étranges des indigènes auxquelles Gégé se plie humblement, en position de rencontre avec elleux. 6h30, on peut enfin boire un café et manger un gâteau au Starbuck. Pour deux d'entre nous, c'est une première : "pourquoi il me demande deux fois mon prénom si c'est pour écrire complètement autre chose sur le gobelet ?" Ta gueule Momo, j'ai sommeil.
    7h20, la porte est annoncée, on se rue comme des bourrins. 7h25 : contrôle de la PAF. Re-queue de 1 heure pour passer le passeport sur un lecteur. Un passager compatissant nous fait un cours sur la différence entre UE et espace Shengen. La foule en délire applaudit.
    8h10 : on se fait engueuler parce qu'on arrive limite à la porte d'embarquement. Mais c'est la PAF ! Les bagages cabines sont mis en soute, faute de place. Gégé : "ça servait à rien de les trimballer alors, on aurait dû les laisser à l'enregistrement des bagages en soute" moi : "oui mais on aurait payé un supplément alors" Gégé : "mais puisqu'on les mets en soute finalement" moi : "oui c'est pas logique mais c'est comme ça". On s'installe.
    On décolle. Ah non... un passager doit quitter l'avion. On attend une heure que le passager en question, sa copine et tous leurs bagages soient débarqués.
    Gégé : "ils auraient pas pu lui dire plus tôt qu'il ne pouvait pas prendre l'avion ?" Moi : "je sais pas, fais un courrier à Easy Jet, propose leur".
    On décolle. Pour deux d'entre nous il s'agit de leur premier décollage.
    S'ensuivent quatre heures à décrire le paysage km par km survolé. Les stewards nous parlent en anglais et en une autre langue étrangère. Je demande "ouane kofi pliz". 12€. :eek:
    Josiane : "on peut pas allonger les sièges ?" Non, on peut pas, quand on voyage lowcost il faut avoir la condition physique pour.
    Au bout de 20 minutes de vol, tout le monde dors, sauf X qui décrit encore le paysage morceau par morceau et dont je tais le nom par compassion ce qu'elle passe parfois sur ce forum.
    Atterrissage, applaudissement.
    Gégé "c'est vraiment comme dans les films " Moi (dubitative) "c'est la première fois que je vois ça de ma vie".
    1h de retard sur l'horaire. 17 degré d'écart. Tout est écrit en une autre langue qu'on ne parle ni ne comprend.
    Le taxi "spik inglich ?" "da". Et ben on va faire comme ça. La conduite, tout comme en France, sauf le cligno, la priorité à droite, l'usage du klaxon, et les limitations de vitesse. Momo est à l'avant à côté du chauffeur, il rit mais c'est nerveux, il a surtout peur de mourir. Ce serait con, il vient de survivre à son premier vol en avion.
    Une heure après, arrivée à destination. On a faim. On a sommeil. On a chaud dans nos doudounes hivernales.
    Nous sommes des touristes, dans une ville touristique. Il est 15h, on a mis 10h à rallier notre destination. ça fait toujours moins qu'à vélo, c'est sûr, mais si je demande à mes 4 complices, ielles me diront probablement qu'ielles ont vécu une transition tout à fait respectable entre chez nous et là-bas.
    Et toi Roro (tu permets que je t'appelle Roro ? Non ? Ben c'est pareil.), si t'es en mal d'aventures et de frissons, ben t'as qu'à venir en vacances avec Momo, Gégé, Mimi, X et moi et tu verras un aller-retour en TER entre St-Etienne et Rive-de-Gier c'est pas bien différent d'une expédition de Jack London dans le grand nord.
     
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  2. HeavyMetalAngel

    HeavyMetalAngel
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    Je suis d'accord avec toutes vos réflexions (très intéressantes et qui m'ont fait réfléchir sur ma façon d'appréhender le tourisme).

    Mais, est-ce qu'on peut quand même critiquer l'industrie touristique (que je dissocie du tourisme), qui est une industrie dans un monde capitaliste et qui peut donc être critiquée comme tout autre industrie ?

    On a donc une industrie qui vend un produit (le produit touristique : un circuit, un séjour …), avec énormément de publicité (des destinations à la mode, mais aussi des activités, des « types » de voyage …), et qui avec l’excuse (à la limite du colonialisme) du « ça permet de développer des pays pauvres » s’en met plein les fouilles (et pollue, au passage) ? (https://www.monde-diplomatique.fr/2012/07/CAIRE/47938 entre autres). Pour moi c’est du même niveau que l’industrie de la mode par exemple.

    Et comme pour les autres industries, il ne s’agit pas de rejeter la faute sur le consommateur, mais bien sur les producteurs.

    Avec pour conséquence également que cela modifie nos « imaginaires ». On peut le voir avec le camping : ça a été tellement ringardisé (un truc de beauf, de pauvre), qu’aujourd’hui les campings se développent comme des hôtels-clubs (avec une espèce de sous-industrie du camping avec des grandes chaînes, et des plus petits campings indépendants qui galèrent).

    Pour moi (mais dites-moi si je me trompe) on dépasse le cadre des classes sociales ou du « snobisme touristique », avec des critiques quel que soit la façon de faire, et aucune véritable façon d’être « un bon touriste ».


    Sinon pour rester dans le thème, je suis tombée sur ce comble de l’indécence : les begpackers.
     
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  3. Tuna

    Tuna
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    Hello :) je rejoins la conversation sur le tourisme car je trouve que c'est un sujet super intéressant qui soulève pas mal de problématiques, notamment écologiques et culturelles. Et c'est la première fois que je le vois abordé sous l'angle du classisme comme ça.

    J'ai remarqué que le tourisme, et les vacances de manière générale, c'est un sujet qui peut générer beaucoup de mépris. Beaucoup méprisent les autres pour ne pas envisager le tourisme de la même manière qu'eux mais en même temps tirent de la fierté de faire les choses "différemment", c'est un peu contradictoire.
    Dans mon entourage, la tendance est de partir très loin, dans les pays les plus exotiques possibles tout en faisant des vacances de type "roots/backpack" pour ne pas être mis dans la même case que "les touristes riches".

    Il y a un rejet de toutes les formes traditionnelles de tourisme. Pas d'hôtel, mais du couch surfing ou du camping sauvage (ou alors éventuellement la nuit en hostel mais toujours en négociant les prix), pas de taxi ou de bus officiel mais du stop sur le bord de l'autoroute. Alors que ce n'est clairement pas une question de moyen mais de vision du voyage. Comme si l'aventure c'était pas vraiment de découvrir une autre culture mais d'essayer de voyager comme si on avait pas les moyens, à la roots.

    En soi pourquoi pas faire un voyage un peu différent et moins "classique". Le principal souci c'est que ces personnes sont persuadées que, comme elles ont quand même économisé sur place, ce genre de voyage est à la portée du plus grand nombre. Alors que c'est quand même un privilège de (1) pouvoir dépenser 500€-1000€ dans le billet d'avion (2) faire partie d'une génération ultra connectée qui peut utiliser son GPS à l'autre bout du monde et (3) évoluer dans un milieu social où tout le monde va dans les mêmes pays et où tu as forcément des potes qui sont déjà allés en Ouzbékistan / au Myanmar /en Namibie / en Colombie / en Nouvelle Zélande et qui peuvent te conseiller.

    Alors derrière j'ai un peu du mal avec les remarques du type "t'as vu Machine elle est partie une semaine dans les Pyrénées pour les vacances. Sérieux, pour le prix de son hôtel je me paye 5 nuits à Bangkok, je comprends pas". Bah peut-être que Machine vit à 3 heures de voiture des Pyrénées et c'est plus simple pour elle que 10 heures d'avion ? Et quel est le mal à ne pas vouloir aller loin ? Ou peut-être que Machine ça lui fait peur de partir loin parce qu'elle n'y a jamais été habituée ?

    Pour moi c'est un peu dans le même ordre d'idée que : "je ne comprends pas pourquoi les gens disent que le bio coûte cher, je suis allée au biocop de mon quartier hier franchement ça va les prix" (oui mais tout le monde n'a pas un biocop à 5 min de marche) ou "je ne comprends pas pourquoi les gens disent que ça coûte cher de bien s'habiller, j'ai trouvé une jupe Isabelle Marrant à 30€ hier sur Vinted c'était une sacrée occas" (oui sauf qu'il y a des gens pour qui 30€ c'est le budget alimentation de la famille pour la semaine). Ça reste des situations où beaucoup ne comprennent pas que le tourisme, la mode ou une certaines forme d'alimentation restent un luxe pour une partie de la population et peuvent en venir à dire des remarques très blessantes sans même forcément s'en rendre compte. (Big up à ma pote qui, alors qu'on était encore en études, m'avait un jour demandé pourquoi je n'élargissais pas mes horizons pour partir loin pendant les vacances ? Alors qu'à ce moment là j'étais en stage tout l'été pour me faire des sous et de l'expérience et que ma pote ne travaillait pas car ses parents avaient beaucoup de moyens).

    L'autre aspect c'est l'impact sur les populations locales. Quand les gens me racontent que "c'est super beau d'aller au contact des locaux" et que là-bas "tout se négocie c'est la culture" des fois je me demande si quelqu'un a déjà demandé au gérant de l'auberge de jeunesse au fin fond de l'Asie du Sud-Est s'il avait vraiment envie de venir au contact de jeunes occidentaux qui ont eu les moyens de payer l'avion mais qui négocient quand même 50 centimes sur le prix de la chambre et de vivre cette merveilleuse aventure humaine avec eux.

    (J'espère n'avoir blessé personne avec mon message :fleur: Je n'ai rien contre les vacances en mode backpack à travers le monde, tant que les gens gardent conscience que ce n'est pas à la portée de tous).

    Edit : @HeavyMetalAngel : je n'avais pas vu ton message avant de poster. Les begpackers c'est quand même tellement abusé :fear:
     
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  4. Ana-Esperanza

    Ana-Esperanza
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    Nope.

    une prof (de socio, oui) une fois avait critiqué toute la classe parce qu'on n'avait jamais été à je sais pas quel musée de Copenhague.

    Je me suis déjà engueulée avec un type parce qu'il soutenait que partir en thailande (par exemple) c'était à la portée de tous, et quand il m'a saoulée j'ai voulu le faire taire avec l'argument choc que tout le monde n'a pas un passeport occidental qui donne le droit d'aller partout et il m'a rétorqué qu'il parlait de monsieur tout le monde et pas de ces gens là.

    Trop d'accord avec tout ce que tu as dit.

    et :
    PREACH
     
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  5. adita

    adita
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    Dans le game en claquettes

    Rien à voir mais ça me rappelle cette prof de philo qui nous expliquait que ses enfants mangeaient du magret au resto, parce que diversité alimentaire et développer le goût des bonnes choses blabla.
    Donc toi tu vas au resto une fois par an, tu prends le menu enfant et t'as pas le droit de prendre un dessert et ta prof si convaincue des bienfaits de l'anarchisme et des luttes sociales te dit que le steak haché c'est naze et qu'il faut manger du magret au lieu du menu enfant.
    Un moment formidable.
    A rajouter au moment ou ce prof d'histoire t'explique que toi tu peux pas comprendre mais que dans les campagnes y'a plus de services publiques. Il avait du oublier que son lycée brassait des élèves de tout le nord du département aka la grosse campagne profonde. Ça faisait des années que y'avait plus de poste dans mon village.
    Mais bon eux ils savent hein.
     
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  6. Rheanna

    Rheanna
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    Moi j' ai eu un grand moment de solitude quand à la fac publique un professeur nous a dit qu 'il fallait valoriser ses voyages sur son CV. J' imagine qu' il ne parlait pas de vacances en Bretagne. Je me suis dis purée on ne vit pas dans le même monde ! Je me suis sentie trop mal de n' être qu 'une pauvre boursière dans cette filière plutôt élitiste.
     
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  7. schizophrenia

    schizophrenia
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    J'ai fait cette saison dans cette boîte crânienne

    Ma prof de philo était la spécialiste es classisme. Elle répétait à tout bout de champs qu'elle faisait partie de l'intelligenstia (c'est tellement pédant comme mot que je sais pas l'écrire) locale, que ses enfants vivaient à Paris, eux, qu'elle était pote avec telle ou telle metteuse en scène etc. Il lui fallait ça, à mon sens, pour se démarquer de la plèbe (aka le reste du monde) et bien marquer sa supériorité sur le reste du corps professoral. Elle a totalement perverti Bourdieu et le rapport de classe en nous expliquant n'importe quoi (en prennant son exemple et nous montrant qu'elle ne pourrait pas sortir avec un CPE pour cause de capital culturel trop différent) et arrêtait pas de faire des commentaires sur les capacités des élèves à réussir leur vie (une pote noire avait été découragée d'aller en fac de droit alors qu'elle était brillante, elle avait dit que j'allais finir morte sur un trottoir (sic) parce que j'étais un être vulgaire qui pense plus à boire des bières en terasse qu'à se cultiver (bitch).
     
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  8. Mamy_Plug

    Mamy_Plug
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    @Rheanna
    Du coup ton message me fait penser à ça (Ceci dit, c'est peut être un peu HS pour cette veille, je ne sais pas trop :hesite: )
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  9. Kaeloolagrenouille

    Kaeloolagrenouille
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    Hello,

    Si je me souviens bien, des lectures pour mieux comprendre le classisme avait été posté, malheureusement je ne les retrouve pas (et la barre de recherche ne donne rien). Ce serait super si celles qui ont des suggestions pourraient les reposter - et peut-être qu'on pourrait les mettre dans le premier post pour être retrouvable facilement ?(mais je ne sais pas si c'est possible).
     
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  10. AshMakuro

    AshMakuro
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    Hey ! Je sors de mon sous-marin pour raconter une petite anecdote sur le tourisme. Voilà maintenant 2 mois que je suis en Thaïlande pour mes études, dans un quartier pas du tout touristique ou je vis "local". Mes virées à la plage le week end sont les seuls moments où je peux acheter un hamburger-frite (si seulement ils pouvaient vendre du fromage aussi :crying:). Si vous pouviez voir les regard que je me prend des autres européens de la table d'à côté :rire::rire:.

    Je ne sais pas si c'est vraiment classiste, mais il y a bien une forme de....je ne sais quoi qui me dérange chez certains routards. Par exemple, étant en agronomie, beaucoup de personnes en erasmus dans les pays du Sud valorisent la rencontre avec l'habitant, et veulent aller dans des villages rencontrer les agriculteurs etc. :stare: Que dirions nous si des personnes en sac à dos venaient dans notre quartier de résidence (donc sans activité touristique), observer notre manière de vivre, prendre des photos de notre maison. Genre imagine t'es à ton bureau de comptable et y'a un mec en sac à dos qui vient te regarder travailler et prendre en photo ton ordinateur parceque "c'est incroyable cette ingéniosité dans les outils que tu utilises ouah" :stare:

    Au moins dans les activités touristiques, c'est l'habitant qui propose le service, qui fixe son prix et ses conditions. C'est pour ça que je me méfie toujours un peu des personnes qui veulent "aller à la rencontre des locaux, mode roots" même si leurs intentions sont bonnes ^^
     
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  11. Dame Verveine

    Dame Verveine
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    comme un posca dans les mains du Caravage

    @AshMakuro ben disons que la "rencontre avec les habitants"ça a parfois un côté exotique qui vient un peu de l'époque coloniale... Donc ouais ça dépend de la posture des gens.
    Disons que si je veux voir comment vit un pêcheur islandais, je trouve ça plus pertinent de lui faire un coucou dans un bar que d'aller le photographier direct sur le port.

    Mais voilà, on baigne dans le résidu de "rencontrer les indigènes" donc bon, les gens font rarement gaffe à ça. Voire, quand tu dis que t'as pas squatté une maison de pêcheurs on dirait que t'as raté ton voyage... Les gars, moi je venais pour les volcans hein, pas pour prendre en photo les rues pittoresques
     
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  12. Heather.

    Heather.
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    Mother of kittens.

    Hello :hello:
    C'est la première fois que j'interviens ici je crois, mais je lis parfois le topic. Je me permets d'intervenir sur le sujet du tourisme / voyage parce que j'avais lu un article il y a quelques mois qui mettait bien en évidence les problématiques liées au backpacking : c'est ici.

    Ça dépasse un peu le classisme mais j'avoue que ce qui m'agace un peu dans le backpacking (et plus généralement le voyage "éthique") c'est cette forme d'hypocrisie qui consiste à affirmer qu'on a une façon de voyager bien plus éthique et écologique que les touristes de masse. Pour l'éthique, vous en avez parlé, je trouve effectivement qu'il peut vite y avoir une forme d'exotisation dans la recherche "d'authenticité" et de découverte des populations. Mais sur le plan écologique, par exemple, combien de ces voyageurs privilégient d'autres modes de transport que l'avion dès qu'ils dépassent les frontières européennes ? J'ai l'impression qu'il y a une forme d'aveuglement là dessus, comme si les choix "raisonnés" qu'on faisait sur place faisaient totalement passer au second plan la dimension polluante du transport :hesite:. Ca ne vaut pas que pour les backpackers mais aussi les profs de yoga qui partent tous les six mois en retraite à Bali ou les copains écolo mais quand même ça serait dommage de ne pas profiter de ce week-end à Malte :lunette:. J'ai l'impression que beaucoup de ces voyageurs "alternatifs" ont perdu de vue que leur voyage n'a d'alternatif que le nom et que voyager éthique (si c'est vraiment possible) c'est un peu plus compliqué que de privilégier l'auberge de jeunesse du quartier excentré au complexe hôtelier près de la plage.

    Je dis ça tout en ayant intégré cette forme de snobisme aussi, effectivement quand je voyage (et j'aime ça) je n'ai pas envie de faire "des trucs de touriste". Mais j'essaie depuis quelques années de réfléchir à l'impact environnemental de mes voyages en limitant les destinations lointaines ou exotiques et en voyageant pas mal en France, par exemple. Je pense que là où se situe le privilège de classe autrement, ce n'est pas seulement dans l'accès financier (même si on est bien d'accord que c'est un critère discriminant) mais dans la représentation du voyage aussi, qui paraît inaccessible à beaucoup quand bien même on leur montrerait que c'est économiquement possible. Mon copain qui vient de la classe populaire n'est jamais parti en vacances avec ses parents hors séjours ailleurs en France pour voir de la famille, par exemple. Moi qui viens de la classe moyenne, on partait régulièrement avec nos parents dans des gîtes ou des "villages vacances" en France (très peu à l'étranger, qui leur faisait sortir de leur zone de confort). Ce critère de la zone de confort varie selon le milieu social et intellectuel et explique beaucoup de choses je pense : pour les parents de mon copain il commençait au fait de quitter la maison pour quelques jours, pour mes parents c'était quitter la France parce qu'ils ne parlent d'autres langues. Pour une partie de notre génération qui parle anglais, maîtrise les technologies, et a parfois eu l'occasion de voyager pendant l'enfance, cette zone de confort est très élargie en fait. Un backpacker qui débarque à Bali avec son GPS, qui arrive facile à communiquer sur place, qui a l'habitude de voyager et qui a déjà repéré à l'avance des endroits "typiques" où dormir sera peut être moins dépaysé que le touriste qui part pour la première fois en Espagne en voyage organisé :dunno:. Je pense qu'une partie du mépris intellectuel qui oppose les"voyageurs" aux "touristes" vient de cette difficulté à se représenter le périmètre de cette zone de confort. A mon sens (ça rejoint ce que disent les posts au-dessus) c'est le même mécanisme que celui qui pousse les élèves de mon lycée de campagne à ne demander quasiment que les villes moyennes du département alors que ceux de mon autre gros lycée de centre-ville visent beaucoup plus facilement les grandes villes de la région ou de la France en général.


    Edit (je recopie mon post juste en-dessous) : je ne dis pas ça pour dire qu'il faut que tout le monde arrête de prendre l'avion mais au contraire pour montrer que sur ce plan, il n'y a pas de grosse différence entre le voyageur "éthique" et le touriste moyen, alors que pourtant l'un se croit facilement supérieur à l'autre. On est d'accord que réfléchir à ses façons de voyager c'est déjà un privilège qui suppose de pouvoir le faire. Désolée si ça n'était pas très clair !
     
    #1104 Heather., 2 février 2019
    Dernière édition: 2 février 2019
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