@Pipistrelle. @Sophie L @BravoCharlie @PetitePaille Ah bah voilà j'allais parler de Touraille ^^ Sa thèse sur la différence de taille (et dans une moindre mesure de masse musculaire- c'est abordé mais pas le point principal) entre sexes chez l'humain a fait l'objet à la fois de shitstorms et de louanges de la part de personnes qui ne l'avaient pas lue.
Touraille le reconnaît elle-même dans sa thèse : Ce qu'on appelle le dimorphisme sexuel de taille (un sexe plus grand que l'autre, ici le mâle) est très vraisemblablement tout bonnement un héritage évolutif. Il y a un dimorphisme dans le même sens chez tous nos proches cousins (le nôtre est même relativement faible en comparaison de ce qu'on peut trouver chez certains d'entre eux, comme les gorilles), et les données vont plutôt dans le sens d'une diminution du dimorphisme que d'une augmentation au cours de l'évolution de la lignée humaine. Bref, il est beaucoup plus probable que l'explication soit "tout ce beau petit monde avait un ancêtre commun chez qui les mâles étaient déjà plus grands" (avec des causes qui peuvent être encore valables ou non - on a gardé plein de vestiges évolutifs qui ne font plus l'objet d'une sélection naturelle mais restent là car ils ne sont pas handicapants non plus), plutôt que "ce dimorphisme a disparu, puis il est réapparu chez l'humain et donc on va chercher à savoir pourquoi".
Par contre, ce que dit Touraille, c'est que la mortalité en couches étant plus élevée chez les petites femmes que chez les grandes, le dimorphisme sexuel aurait "dû" disparaître, qu'il faut donc chercher des explications à son maintien, et qu'une des possibilités serait une privation active de nourriture, et notamment de protéines, des femmes par les hommes. Même s'il y a effectivement des éléments montrant une telle privation en anthropologie, je ne suis personnellement pas très convaincue - quand elle parle de la mortalité en couches ce sont des études qui comparent généralement des femmes de 1m45 ou 1m50 à des femmes de 1m70, donc effectivement on sait qu'il est désavantageux de ce point de vue d'être *très* petite, mais elle n'a pas de sources montrant par exemple une mortalité en couches plus élevée des femmes mesurant 1m60 par rapport à celles qui mesurent 1m70 - autrement dit, on n'a pas d'élément pour penser que ce facteur de sélection aurait dû conduire la taille des femmes à *rattraper celle des hommes*, plutôt que de juste se stabiliser à des valeurs plus élevées que 1m45 ou 1m50. Idem pour le fameux taux de masse musculaire / masse grasse différent, Touraille avance que l'hypothèse communément admise d'un rôle reproductif (masse grasse plus élevée en proportion en vue des grossesses et des allaitements) n'est pas pertinente car des femmes maigres se reproduisent et que, lors d'un excédent énergétique, la masse grasse augmente moins si c'est une alimentation riche en protéines (et donc que ce serait plus une preuve d'une privation de protéines). Mais là aussi je ne suis pas fanatique - on a franchement rarement été en situation d'excédent énergétique au cours de l'évolution (et encore moins dans des contextes de privation de nourriture, quelle qu'elle soit), et il y a bien une perte de fertilité en dessous d'un certain taux de masse grasse et/ou dans un contexte de déficit énergétique prolongé (i.e. amenorrhée hypothalamique).
Bref, en la lisant j'ai trouvé l'aspect anthropologique super intéressant, et il y a effectivement plein de points solides sur l'existence de nombreuses formes de confiscation de nourriture par les hommes ; mais par contre l'aspect évolutif m'a semblé bancal (sans être digne de la shirstorm qu'il y a eue, où on l'accusait de nier l'existence d'un dimorphisme préexistant alors que pas du tout) et insuffisant pour dire que cette privation serait à l'origine du maintien de la petite taille et/ou d'un ratio masse musculaire - masse grasse différent.