La mienne aussi est alcoolique.
Au début, je ne m'en rendais pas compte. Une bouteille de vin blanc cachée et toujours un verre dehors. De plus à l'époque, mes parents buvaient facilement du rouge durant les repas. Quand t'es petit tu ne t'en rends pas compte, quand tu grandis tu te dis que c'est comme à la TV elle a droit à son verre après une dure journée (même si ma mère n'a plus bossé depuis 23 ans). Je pense que c'est vraiment ces dernières années (depuis 2006) que je m'en suis rendue compte.
Etre de plus en plus voûtées lors des repas, une haleine affreuse, insulter ses enfants, conduite limite en voiture ; ce sont des détails qui m'ont dits qu'elle avait un problème. D'autant plus qu'on commençait à trouver des bouteilles cachées un peu partout dans la cuisine.
Je n'ai jamais cherché à connaître les raisons, je crois que depuis toute petite cet alcoolisme m'a séparé de ma mère. Elle est là à côté de moi, mais je n'ai pas envie de l'aider ni de comprendre. Elle a brisé mon enfance en ne me montrant pas de signes d'affection. Elle s'est détruite comme elle a détruit les siens. Mon père est encore là, mais je sais qu'il aurait voulu partir avec nous et laisser ma mère seule. Mais en même temps, pourquoi abandonner sa femme ? Mon père s'est retrouvé le cul entre deux chaises et n'a jamais osé réagir, même si ça faisait déjà 10 ans qu'il avait remarqué l'alcoolisme de ma mère. Elle lui disait toujours "oui je vais arrêter", mais comme la cigarette elle n'y arrivait pas.
Fin d'année 2010, on découvre un énorme tas de courriers pas ouverts, des factures impayées et des poursuites engagées. Ma mère par son alcoolisme et sûrement un malêtre s'est mise à cacher les factures et les documents importants. Elle nous avait mis dans la merde. Mon père voulant lui causer, elle s'est mise à fuguer la veille du nouvel an. Belle ambiance. On a dû appeler son frère (seule personne de son côté de la famille avec qui elle s'entend) pour la ramener à la raison et à la maison. Il fallait que ça change. La seule solution était de lui couper les vivres, toutes les cartes bancaires bloquées. Elle doit demander l'argent à mon père pour faire les courses, mais elle arrivait toujours à calculer pour acheter une bouteille d'alcool quitte à nous faire à manger au "rabais".
Un soir du mois de mai, durant le repas, ma mère piquait tellement du nez que mon père a dit qu'il fallait l'emmener à l'hôpital. Elle ne voulait pas, disait qu'elle ne voulait pas se soigner. Avec mes s?urs, on a dû la forcer pour y aller. Au bout de nombreux pleurs, et sûrement un peu de théâtralité, nous sommes allés à l'hôpital. Durant le trajet, ma mère m'a dit ivre qu'elle buvait pour se tuer à petit feu.
Depuis, ce jour ma mère aurait arrêté l'alcool (je reste sur le conditionnel, car je pense qu'on est réellement sevré d'une addiction après 10 ans et quand bien même elle pourrait très bien reprendre un jour ou l'autre). Mon père lui donne toujours de l'argent petit à petit et elle n'a toujours pas le droit de toucher au courrier.
D'une certaine manière, elle avait un alcoolisme pas si fort, elle ne frappait pas et n'insultait pas trop. Mais elle s'est détachée de nous et des autres pour s'enfermer sur elle-même et pleurer sa solitude par l'alcool. Qu'elle soit un peu ou beaucoup alcoolique, cela n'empêchait pas le fait qu'elle a brisé le lien maternel qu'elle avait (ou qu'elle aurait pu avoir).
Même si elle aurait arrêté, rien ne pourra revenir en arrière, des mots, des gestes ont été dits. L'alcoolisme détruit facilement une famille.
 
En lisant ton article je me suis dit que j'aurais pu écrire le même. Ma mère aussi est alcoolique et dépressive, (mais l'un va t'il sans l'autre ?) depuis plus de 25 ans. Alors les petites phrases assassines d'après 18h je les connais bien et elles ont marquées mon enfance et mon adolescence. Pas facile de se construire contre cela.
Quand je suis partie j'ai décidé de mettre beaucoup de distance entre elle et moi. Cela m'a permit de me reconstruire et de comprendre que je ne peux rien pour elle mais qu'elle continuera toujours à être ma mère.
Je comprend ta colère mais fait attention que ce sentiment ne pollue pas ta vie. Je te souhaite beaucoup de courage et j'espère qu'un jour tu pourras faire la paix avec ton passé.
 
Voila, je voulais juste amener un peu de positif dans tout ca et partager mon experience de ma maman qui a ete alcoolique pendant toute mon adolescence mais qui n'a plus bu une goutte d'alcool depuis 3 ans.

J'ai connu les bouteilles cachees, les soirees de cris et de pleurs, les promesses non tenues, l'impuissance, la gene et le pire, cette espece de tabou qui fait que personne n'en parle a personne au sein meme de la famille. Ca a dure des annees...

Et puis, ma maman a fait une horrible chute sur le trottoir apres un enieme apero trop arrose dans un bar. Elle est tombee sur son visage et n'a rien eu de grave mais a ete defiguree pendant des semaines. Elle a refuse qu'on la voie et a annule le traditionnel diner de Noel en famille car trop genee. Un mois apres la chute, elle etait chez les AA et chez une psy et depuis, plus une seule goutte.

Je suis hyper fiere d'elle malgre toute la colere que j'avais a l'epoque. Et elle, c'est une autre personne. Beaucoup plus sure d'elle, forte et energique. Chaque jour qu'elle passe sans boire la renforce!

Alors voila, pour toutes celles qui temoignent ici, sachez que parfois, peut etre pas toujours mais parfois, ca termine bien!
 
Leshayaa;2607536 a dit :
Je ne connais personne qui ait ce type de problème mais ton article m'a vraiment touché. J'ai les larmes aux yeux. (pour de vrai. Je peux pas pleurer, je suis au boulot, alors je me retiens.)
Exactement pareil ! Aaah pourquoi ne peut-on pas pleurer au taff ?!

Trêve de "plaisanteries", je ne comprendrai jamais ces mères qui font culpabiliser leur enfant (en dehors du problème de l'alcool qui est terrible en lui-même). Détruire sa vie c'est une chose, bouffer celle de son enfant en est une autre non ?

Madmoizelle S. je ne sais pas si tu écris en dehors de cet article mais je pense que tu devrais le faire si ça n'est pas le cas. "Bel" article si je puis dire.

Bon courage à toutes les Madmoizelles qui en ont besoin
 
Madmoizelle S, quel courage d'arriver à raconter tout ça !

Face à cet article, j'ai l'impression que tout ce que je pourrai dire sera dérisoire...

Courage, continue de te reconstruire...

L'alcool c'est vraiment une cochonnerie (qui est en plus la norme)...
 
Incroyable témoignage que celui de la Madz anonyme... Je passe au minimum une fois par jour sur le site, je lis quasiment chaque article, les commentaires qui vont avec... mais je n'avais encore jamais commenté moi-même...

Et là, je me sens un peu obligée de le faire, peut-être simplement pour me soulager, et aussi parce que quelque part, ça me "rassure" de voir que nous sommes nombreuses (malheureusement) à connaître les répercussions de ce fléau qu'est l'alcoolisme...
De mon côté, c'est mon père qui l'est, depuis aussi loin que je me souvienne... mais attention, pas un "vulgaire" alcoolique, non non non! Attention, monsieur est diagnostiqué "alcoolique mondain", c'est-à-dire poussé à boire par la société. Ben oui, comprenez que lorsqu'on a d'énormes responsabilités, qu'on assiste à d'innombrables dîners pour le boulot, il serait tout bonnement impensable de refuser un verre. Puis un second. Et un troisième... Et tant qu'à faire, un petit dernier chez soi, avant de se coucher...
Jusqu'au jour où, complètement ivre, mais toujours aussi confiant dans ses capacités physiques, il reprend la route (comme à chaque fois d'ailleurs...), mais cette fois-là, le drame arrive. Ben oui, à force de tirer trop sur la corde, le destin se charge de vous mettre une bonne claque dans la figure...
Mon père a donc atterri sur la case prison, sans toucher les 20.000 francs, pour homicide involontaire. J'avais environ 8 ou 9 ans, cette période de ma vie reste très floue... et bien évidemment, on ne dit pas aux enfants que "papa est en prison".... non, "papa est parti pour une longue mission, il rentrera quand son travail sera terminé"...

Je suis incapable de me souvenir du retour de mon père chez nous. Il avait toujours été très absent, même en étant physiquement présent et ça ne s'est jamais arrangé. J'ai appris toute la vérité à l'âge de 18ans, complètement par hasard, par un membre de la famille qui pensait que "j'étais au courant". "Comment, tu ne sais pas que ton père est suicidaire, depuis le jour où il a tué quelqu'un sur la route? Tu ne savais pas qu'il était allé en prison?" .... Ah ben non, désolée, c'est un premier squelette qui sort du placard familial.
Depuis, rien n'a changé... Si, on pourrait même dire que ça a empiré: on pourrait s'attendre à ce que ce genre d'épreuve secoue la personne, agisse comme une douche froide... mais pas dans son cas à lui. Parce que du coup, pour supporter la culpabilité, il boit. Et quand il boit, il se sent d'autant plus coupable. Et se ressert un verre. Une petite tentative de suicide ici. Encore un verre. Enième prise de somnifères. Petit séjour en HP. Petit verre pour fêter la sortie. Les flics qui sonnent chez nous à minuit parce qu'il a enfoncé le mur du bout de la rue avec sa voiture, et qu'il ronfle, le nez dans le volant. Crise d'angoisse. Drame familial à chaque repas de famille, où il finit par insulter tout le monde, ses enfants, qui sont le plus gros échec de sa vie, sa femme, qui n'est rien qu'une salope, les grands parents, qui ont ligué tout le monde contre lui. Parce que vous comprenez, nous, on ne peut pas le comprendre, on ne sait pas ce que c'est que d'avoir tué quelqu'un, comme il le répète à chaque fois qu'il est bourré. Non. Apparemment, seule la bouteille le peut.

Aujourd'hui, j'essaie de me construire en dehors de tout ce contexte, qui a ruiné mon enfance et mon adolescence. J'ai quitté la maison très tôt, me suis éloignée de plusieurs centaines de kilomètres, et ai une boule au ventre chaque fois que les fêtes de fin d'années approchent. Ce dernier Noël a été le pire de tous. Il s'est terminé avec mon père essayant de se trancher les veines avec un couteau devant toute la famille (je n'ose pas imaginer les répercussions sur le mental de mes cousins de 8 et 10ans...), puis blessant quelqu'un qui essayait de lui reprendre ce couteau (rien de grave, deux meurtres ça aurait sans doute fait beaucoup non?)...
Bref, c'est quelque chose qui fait partie de moi, de mes soeurs, de mon frère... On ne gère pas tous ça de la même manière, mais ça fait réellement partie de ce que nous sommes.

Voilà, c'est pas joyeux, c'est à la limite du mélodrame peut-être pour une première intervention, mais bon sang, qu'est-ce que ça fait du bien de l'écrire...

Ps. Sinon, dans la vie, en vérité, je suis une fille hyper joyeuse et dynamique, si si, je vous le jure! :-)
 
Je me reconnais tellement dans plein de vos témoignages ...

Pour ma part ce n'est pas ma mère, mais mon père qui est alcoolique. Il a commencé à boire à 14 ans, il en a aujourd'hui 54. Il est ravagé, physiquement mais également psychologiquement; ça lui bouffe les neurones. Je n'ai quasi plus de contacts avec lui , tant je lui en veux d'avoir bousillé toute mon enfance et mon adolescence, de ne s'être jamais occupé de moi et de mon petit frère. Les week-ends ou il avait notre garde, on les passait chez ma grand-mère paternelle, et il se barrait pour aller au bistrot . Je lui en veux de nous avoir fait faire des tours en moto sous l'emprise de l'alcool, alors que je n'avais que huit ans, en short et bras nus , en faisant des piques à 150km/h. Ou encore quand il nous emmenait "manger une glace" et qu'il nous faisait payer l'addition avec notre argent de poche, parce qu'il avait tout dépensé. Je lui en veux quand je fais des cauchemars dans lesquels je vois son visage bouffi et les vaisseaux pétés qu'il a dans les yeux. Je lui en veux d'avoir mis son poing devant le nez de mon petit frère quand il avait sept ans .

Je me rends compte que ce message est un gros pavé totalement décousu , mais ça fait du bien de voir qu'on est pas mal dans le même cas. Je vous envoie des tonnes de bisous, à toutes <3
 
L'alcoolisme me fait peur, vos témoignages me terrifient. L'alcool c'est la faiblesse de ma famille du côté paternel, la "fêlure" comme dirait Zola. Mais un alcoolisme sournois, sous-jacent. Mon père boit trop, c'est évident, mais il n'a jamais caché de bouteilles, n'a jamais fait de crise. Et pourtant à chaque dîner c'était une, deux, parfois trois bières. Ca ne m'inquiétait pas jusqu'à ce que je mange avec lui un midi sur son lieu de travail et que je me rende compte que le midi, pareil, bière. Quand ma mère a menacé de le quitter, pour d'autres raisons, il a promis d'arrêter de boire. Il n'a pas tenu une semaine. Finalement mes parents se sont séparés et moi, qui ne me suis jamais entendue avec lui, j'ai annoncé à mon père que je ne voulais plus le voir. Il s'est énervé. "T'es sûre ? Parce que fais gaffe hein, quand tu dis un truc comme ça c'est irrévocable ! Moi je te verrai plus jamais, je m'y tiendrai !". La réponse est partie du tac au tac. "Ah oui, tu t'y tiendras ? Comme la fois où tu as dit que tu arrêtais de boire ?". Je l'ai vu chanceler, physiquement chanceler. Il m'a dit que je n'y connaissais rien, et que je n'avais rien à lui dire vu que moi aussi je buvais. Et c'est vrai, je bois, j'aime ça, mais seulement en soirée. Mais c'est vrai que parfois je bois trop. Une fois j'ai perdu connaissance pour me réveiller à l'hôpital. Alors j'ai peur, sourdement. Boire toute seule reste un tabou ultime, je ne l'ai jamais fait mais j'ai peur, à trente, quarante ans, de me trouver des excuses. Alors merci à la madmoizelle qui a trouvé le courage d'écrire cet article et merci à vous pour vos témoignages.
 
Merci pour cet article.
Je vois que nombre d'entre nous se sentent concernées. C'est également mon cas.Et j'ai du coup moi aussi envie de m'épancher pour me soulager.

Mon papa à toujours souffert de ce qu'on appelle, l'alcoolisme mondain, il lui fallait son verre tous les soirs en rentrant du boulot.

Et puis en 2000, ma mère a demandé le divorce (pour tout un tas de raisons bien entendu, mais l'addiction à l'alcool de mon père en faisant également partie), et là c'est devenu de pire en pire. Mon père était à cette époque cadre dans la pub, ma mère était femme au foyer et ne disposait pas à cette époque de revenus propres. Mon père cachant bien son jeu à l'époque à donc convaincu le juge que ma garde, ainsi que celle de mes frères et soeur, devait lui revenir. Et ça a marché.

Et là, ça a commencé à être le début de l'enfer. J'avais 12 ans, mon père continuait de travailler et de rentrer tard le soir, mais ça ne l'empêchait pas de boire de plus en plus. Malgré moi je suis devenue la nounou-maman du reste de la fratrie, mais aussi là seule qui osait mettre mon père face à son problème, ce qu'il niait en bloc tout en partant dans des rages folles et en me balançant divers objets et insultes à la face.

Par moment il disait que oui, il allait arrêter de boire, même s'il refusait toujours d'admettre qu'il s'agissait d'une véritable maladie.

Et puis les choses ont encore empiré : il a été licencié pour des raisons économiques, sont père est mort d'un cancer, et il a sombré dans la dépression. Maintenant il y avait l'alcool et les médicaments... Il s'est coupé volontairement du monde, de ses amis, de tous les gens qui lui tendaient la main que ce soit pour du boulot ou un coup de pouce financier....

Parfois, je rentrais du lycée vers 16h30 et je le retrouvais endormi sur le canapé. Il fallait que je le réveille pour lui rappeler qu'il devait aller chercher ma petite soeur à l'école. Il l'a d'ailleurs oubliée plusieurs fois à divers endroits...

Il devenait complétement cyclothymique : un coup euphorique, exécrable et entrant dans une colère folle l'instant d'après.

Certes, le frigo était rempli : il faisait les courses tous les deux jours afin de pouvoir refaire son plein de gin et de whisky qu'il essayait de caser dans le caddie comme si de rien n'était, le plus parfaitement du monde. Mais il avait complétement lâché son rôle de papa, et c'était devenu mon rôle que de gérer et motiver les troupes. Mon père, par ses humeurs et son agressivité, faisait peur à mes frères et à ma soeur.

Et puis en 2006, après avoir plusieurs fois supplié ma mère de vivre avec elle parce qu'elle avait enfin un travail stable même au SMIC, et une maison susceptibles de nous accueillir tous les quatre, mon père a fini par accepter de laisser la garde à ma mère. Ce fût un soulagement.

De son côté mon père s'est laissé mourir à petit feu, devenant endetté jusqu'au cou et emmenant dans son délire ma pauvre grand-mère, qui croit bien faire en donnant de l'argent à son fils chômeur longue durée, en lui payant son loyer et son assurance auto. Que mon père se détruise, j'avais fini par l'intégrer, mais ce que je ne supporte pas, c'est qu'il isole sa mère de presque 80 ans pour lui pomper ce qu'il lui reste : son argent, sa retraite, son énergie et sa santé. Depuis 2006, ma grand-mère flétrit à vue d'oeil et j'assiste à cela impuissante, parce qu'il est simplement impossible de la raisonner. Elle ne m'écoute pas, elle est manipulée par son fils à qui elle veut tout donner pour qu'il "ne soit pas à la rue", quitte à se sacrifier pour lui.

Ce qui me débecte dans l'alcoolisme, c'est la spirale de destruction qu'il engendre dans la totalité de la cellule familiale à des niveaux divers : argent, bien être psychologique, confiance en soi...

Depuis 2006 donc, à part ma grand-mère, mon père n'a plus vraiment de contacts humains. Il reste terré dans son appartement. Et puis lorsqu'on a un peu le courage, mes frères, ma soeur ou moi passons le voir. Mais si ça dégénère, on fuit. Alors, nous sommes de moins en moins passé le voir.

Finalement le mois dernier, coup de théâtre : mon père a tenté de se suicider. Ma grand-mère a alors accepter de signer des papiers pour qu'ils soit suivi à temps dans une unité psychiatrique, et ce pour un temps indéterminé. Depuis, il a reconnu devant les médecins son addiction à l'alcool. Le centre le laisse sortir l'après-midi et vérifie que son taux d'alcool est à zéro lorsqu'il rentre. Pour l'instant, il s'y tient, car il sait que c'est la condition sine qua non pour qu'ils le laissent un peu sortir chaque jour. Mais hier il m'a appelé en me disant qu'ils le laisserait peut être sortir définitivement lundi...

Je pense que c'est bien trop tôt. Qu'une sortie trop prématurée de ce type de centre ne le conduira qu'à retourner dans ses travers habituels....

En fait je n'ai simplement pas l'espoir qu'il soit un jour guéri de cette addiction. Je n'y croit simplement plus.
 
Scathach;2608547 a dit :
Incroyable témoignage que celui de la Madz anonyme... Je passe au minimum une fois par jour sur le site, je lis quasiment chaque article, les commentaires qui vont avec... mais je n'avais encore jamais commenté moi-même...

Et là, je me sens un peu obligée de le faire, peut-être simplement pour me soulager, et aussi parce que quelque part, ça me "rassure" de voir que nous sommes nombreuses (malheureusement) à connaître les répercussions de ce fléau qu'est l'alcoolisme...
De mon côté, c'est mon père qui l'est, depuis aussi loin que je me souvienne... mais attention, pas un "vulgaire" alcoolique, non non non! Attention, monsieur est diagnostiqué "alcoolique mondain", c'est-à-dire poussé à boire par la société. Ben oui, comprenez que lorsqu'on a d'énormes responsabilités, qu'on assiste à d'innombrables dîners pour le boulot, il serait tout bonnement impensable de refuser un verre. Puis un second. Et un troisième... Et tant qu'à faire, un petit dernier chez soi, avant de se coucher...
Jusqu'au jour où, complètement ivre, mais toujours aussi confiant dans ses capacités physiques, il reprend la route (comme à chaque fois d'ailleurs...), mais cette fois-là, le drame arrive. Ben oui, à force de tirer trop sur la corde, le destin se charge de vous mettre une bonne claque dans la figure...
Mon père a donc atterri sur la case prison, sans toucher les 20.000 francs, pour homicide involontaire. J'avais environ 8 ou 9 ans, cette période de ma vie reste très floue... et bien évidemment, on ne dit pas aux enfants que "papa est en prison".... non, "papa est parti pour une longue mission, il rentrera quand son travail sera terminé"...

Je suis incapable de me souvenir du retour de mon père chez nous. Il avait toujours été très absent, même en étant physiquement présent et ça ne s'est jamais arrangé. J'ai appris toute la vérité à l'âge de 18ans, complètement par hasard, par un membre de la famille qui pensait que "j'étais au courant". "Comment, tu ne sais pas que ton père est suicidaire, depuis le jour où il a tué quelqu'un sur la route? Tu ne savais pas qu'il était allé en prison?" .... Ah ben non, désolée, c'est un premier squelette qui sort du placard familial.
Depuis, rien n'a changé... Si, on pourrait même dire que ça a empiré: on pourrait s'attendre à ce que ce genre d'épreuve secoue la personne, agisse comme une douche froide... mais pas dans son cas à lui. Parce que du coup, pour supporter la culpabilité, il boit. Et quand il boit, il se sent d'autant plus coupable. Et se ressert un verre. Une petite tentative de suicide ici. Encore un verre. Enième prise de somnifères. Petit séjour en HP. Petit verre pour fêter la sortie. Les flics qui sonnent chez nous à minuit parce qu'il a enfoncé le mur du bout de la rue avec sa voiture, et qu'il ronfle, le nez dans le volant. Crise d'angoisse. Drame familial à chaque repas de famille, où il finit par insulter tout le monde, ses enfants, qui sont le plus gros échec de sa vie, sa femme, qui n'est rien qu'une salope, les grands parents, qui ont ligué tout le monde contre lui. Parce que vous comprenez, nous, on ne peut pas le comprendre, on ne sait pas ce que c'est que d'avoir tué quelqu'un, comme il le répète à chaque fois qu'il est bourré. Non. Apparemment, seule la bouteille le peut.

Aujourd'hui, j'essaie de me construire en dehors de tout ce contexte, qui a ruiné mon enfance et mon adolescence. J'ai quitté la maison très tôt, me suis éloignée de plusieurs centaines de kilomètres, et ai une boule au ventre chaque fois que les fêtes de fin d'années approchent. Ce dernier Noël a été le pire de tous. Il s'est terminé avec mon père essayant de se trancher les veines avec un couteau devant toute la famille (je n'ose pas imaginer les répercussions sur le mental de mes cousins de 8 et 10ans...), puis blessant quelqu'un qui essayait de lui reprendre ce couteau (rien de grave, deux meurtres ça aurait sans doute fait beaucoup non?)...
Bref, c'est quelque chose qui fait partie de moi, de mes soeurs, de mon frère... On ne gère pas tous ça de la même manière, mais ça fait réellement partie de ce que nous sommes.

Voilà, c'est pas joyeux, c'est à la limite du mélodrame peut-être pour une première intervention, mais bon sang, qu'est-ce que ça fait du bien de l'écrire...

Ps. Sinon, dans la vie, en vérité, je suis une fille hyper joyeuse et dynamique, si si, je vous le jure! :-)
Même si je n'ai pas vécu exactement la même situation (voir mon témoignage plus haut), je me retrouve dans tes propos : les boules au ventre à l'approche d'événements susceptibles d'être critiques, le fait d'avoir du se construire seule et d'avoir quitté très tôt la cellule familiale (ou ce qu'il en reste) ...

En tous cas, je vous souhaite à tous dans des situations similaires, bien du courage ! Il en faut ! Moi j'ose croire que grandir dans un tel environnement, si ça ne nous tue pas, ça nous rendra plus fort d'une certaine façon, une fois qu'on aura pris assez de recul sur la situation...
 
Je me trouve plus ou moins dans la même situation. Je ne vais pas raconter mon histoire en détail, j'en ai pas vraiment le courage là mais j'ai été élevée par ma mère seule depuis que j'ai à peu près 10 ans. J'ai connu les bouteilles cachés, les reproches/insultes, les copines qui ne peuvent pas venir à la maison etc. Mais mon père est bien vivant. Et je lui en veux tellement à lui aussi de ne rien avoir fait pour nous sortir de là avec mon frère. Oui il nous comprenait quand on l'avait au téléphone, oui ça l'attristait, mais non il n'a jamais rien fait. Il nous a laissé nous démerder seuls avec ça.

Donc une vie entière de mensonges, de manipulation, de culpabilisation. Certains disent qu?elle n?y est pour rien, que la vie ne l?a pas épargnée. C?est faux.

La vie lui a donné plusieurs fois l?occasion de se raccrocher aux branches, de se relever. Elle n?était pas seule, simplement elle n?a rien fait pour. Elle a préféré se complaire dans sa détresse, et je lui en voudrai toujours pour ça. Elle qui me répétait jour après jour combien je devais être fière d?elle, elle qui était si forte, elle qui n?avait besoin de personne, elle qui a élevé sa fille toute seule, elle qui s?en est sortie. Elle ne s?en est pas sortie.
Cette partie m'a particulièrement frappée. Parce que c'est exactement ce que je pense de la situation de ma propre mère. Oui elle souffre, mais oui elle se complaît dans cette souffrance et elle ne fait rien pour s'en sortir. Et non je n'arrive plus à la plaindre. J'ai perdu l'espoir de la voir s'en sortir depuis un moment maintenant.
 
La première et dernière fois que j'ai été confrontée à l'alcoolisme, c'était lorsque j'avais 14 ans. Partie en vacances dans mon pays, visiter la famille et les grands-parents. Mauvaise idée. La maison était en mauvais état, l'ambiance pourrie (comme un fruit pourri, pas genre olol c tro naz), à leur image en fait. C'était malsain et difficile à vivre, et le plus dur ce devait être de voir ma mère tomber des nues en comprenant ce qui se passait. Se dire qu'on envoyait de l'argent en pensant les aider avec amour, et voir où il allait réellement &#8230;

Merci pour ton témoignage, Mademoizelle S., et bon courage. Je t'envoie mes pensées les plus sincères comme une centaine d'autre lectrices <3
 

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