My Name Is Joe de Ken Loach. Décidément, j'adore ce réalisateur,. Ses films ont une approche réaliste parfois à la limite du documentaire, ce sont des ?uvres brutes qui représentent des gens abîmés, touchants, humains, qui essaient de s'en sortir et qui font partie de cette couche sociale dont on parle beaucoup mais que l'on connaît peu et dont on a tendance à oublier que des individus à part entière, ni tous blancs ni tous noirs, tiraillés entre leurs rêves, leur colère, leurs frustrations, leurs peines, leur boulot, leurs amis, leurs amours : les ouvriers.
Le film était réaliste, sans frioriture, sans musique larmoyante ou effet de style ou photographie particulière. Et la beauté est là, présente, sous-jacente partout, même dans les événements les plus âpres, même dans les couleurs délavées, d'un ciel toujours pluvieux, d'une banlieue "prolo" toujours glacée, un peu moche, même dans la calvitie de Peter Mullan et les seins pendouillants de Louise Goodall.
L'histoire d'amour est émouvante avec un grand E, entre un coach sportif ancien alcoolique décidé à se reprendre et à conquérir le coeur d'une assistante sociale qui l'accepte malgré son passé, avec un grand sourire, une voix douce et beaucoup de thé. Pas de grandes envolées lyriques, pas de grandes scènes d'amour torrides, mais un romantisme pudique et terre à terre, des sourires francs, des fous-rire, des oeillades timides, un attachement qui se développe entre eux avec des acteurs plus vrais que nature (en particulier Peter Mullan, qui m'a bluffée). Les moments d'amitié, d'entraide entre le coach et les joueurs de son équipe, ou avec son vieux pote sont touchants et apportent leur supplément de magie douce au film. La fin brise le coeur et brise l'enchantement : Joe se ré-engouffre dans un engrenage, autre que celui de la boisson cette fois, dont il ne ressortira pas indemne... Nous rappelant, sans misérabilisme, que les fantômes du passé ont du mal à se défaire de notre peau malgré notre bonne volonté, et que l'argent sacrifie trop de vies humaines.
(et bordel cet accent écossais!)