Les chroniques de l'Apocalypse

- "Les chroniques de l'Apocalypse ?
- "Ouais, c'est un nouveau sujet dans lequel chacun·e peut, au fil des jours, poster sur un sujet de culture G et faire des mini-cours :caprice:
- Ok, mais concrètement, on peut y trouver quoi ?
- Oh eh bien pour le moment, on a prévu d'y mettre les leçons de botanique d' @Tessy qui nous fait des points HYPER détaillés sur une plante. Parfois on a même une planche d'herbier, c'est trop bien ! :happy: On pourra aussi y trouver des petits points en histoire de la médecine, en rapport ou non avec l'actualité directe, par votre servante ici-présente, @Iroise (c'est moi :hello:).
- Et c'est tout ? :stare:
- On en redemande à ce que je vois ? :winky: Peut-être qu' @Watou pourra nous faire des petits cours sur le vocabulaire de la navigation sur une frégate du XVIIIe siècle (mais si elle a le temps, on ne l'embête pas hein !). Et peut-être toi aussi, sur ce que tu veux !
- Voui, peut-être. Et sinon, pourquoi "Les chroniques de l'Apocalypse" ?
- Parce que c'est cool comme titre. Chut."

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Oyez, peuple de l'ECM et d'ailleurs ! Sur une suggestion originale d' @Enheduanna et une confirmation d' @Tessy, j'ouvre un nouveau sujet pour vous perdre encore plus compiler en un même endroit les chroniques "botanique" et "histoire de la médecine" qui depuis le début du confinement surgissent sur Bon plans confinement et l'ECM. Le rythme est censé être quotidien mais le confinement ne signifiant pas forcément "plus de temps", il est fort possible que certaines chroniques ne soient postées qu'un jour sur deux/trois/[insérer le nombre de votre choix] :happy:

Si vous souhaitez vous lancer aux côté de Tessy et de moi-même, n'hésitez pas, les possibilités sont vastes ! :free:

Voici d'ores et déjà les liens vers les chroniques déjà postées sur d'autres sujets :vieux:

Botanique par Tessy :
- Chronique 1 : Le perce-neige.
- Chronique 2 : L'épilobe fleurie.
- Chronique 3 : La Véronique de Perse.

Histoire de la médecine par Iroise :
- Chronique 1 : "De l'efficacité relative des boissons chaudes en temps de Coronavirus."
- Chronique 2 : "Où l'on apprend que se laver les mains n'a pas toujours été recommandé."
- Chronique 3 : Regarde donc ci-dessous :winky:
 
Dernière édition :
Histoire de la médecine
Chronique 3
[les chroniques 1 et 2 sont en liens dans le post initial !]

On va s'intéresser aux liens entre orgasme féminin et conception (poke @Color Full) mais pour jeter les bases du sujet, il faut d'abord rappeler quelques notions. On commence aujourd'hui, comme le temps se fait frisquet là où j'habite, en parlant de frigidité :culotte::froid:. Demain, on attaquera vraiment la question du plaisir féminin.
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Comme j'aime bien faire des posts dans la continuité de ceux d' @Iroise , aujourd'hui, je vais vous parler de la morelle douce-amère.

Dites bonjour à vos années collège pour s'ambiancer en musique

La douce-amère est une plante de la famille des Solanacées, comme la patate, la tomate ou l'aubergine; si vous avez déjà cultivé des tomates, vous verrez qu'effectivement, ça se ressemble beaucoup.

Ah, donc cette fois, commençons par l'essentiel: ça se mange?

Vous savez, sur le principe, toutes les plantes peuvent être mangées. Par contre, il y en a qu'on ne peut manger qu'une fois. :lunette:
Même s'il est techniquement possible de se faire une salade de douce-amère et de ne pas en mourir, je pense que vous n'aurez pas envie de réitérer l'expérience. Toutefois, la toxicité des morelles est sujette à de vifs débats (pour la douce-amère, mais aussi pour sa proche parente la morelle noire, cultivée comme un légume à Madagascar, et classée comme empoisonneuse en France).
Comme toutes les solanacées, elle produit de la solanine, un alcaloïde toxique. Elle produit également de la saponine, autre alcaloïde, également toxique. Note: les alcaloïdes sont des molécules produites par les plantes, qui contiennent de l'azote. Il y en a un nombre important et une grande diversité, certains sont toxiques, certains sont utilisés en médecine, certains sont... les deux! La morphine, par exemple, est un alcaloïde. La caféine et la nicotine aussi. Ceci dit, bien que vos pommes de terre produisent de la solanine, elles font quand même d'excellentes frites: ceci est dû au fait que la solanine n'est pas stockée dans les tubercules, qui servent surtout à stocker l'amidon. On peut retrouver un peu de solanine dans les patates quand même, si elles verdissent; mais elle est partiellement dégradée à la cuisson, donc à moins que votre patate ne soit toute verte ou que vous ayez l'estomac sensible, vous ne risquez pas grand-chose... tant que vous ne mangez pas sa tige avec!

Dans le cas de la douce-amère, les toxines sont surtout concentrées dans ses baies vertes; la toxicité baisse un peu lorsqu'elles mûrissent. Elles restent vraiment pas recommandées pour les humains, mais sont très appréciées des oiseaux. Et ce n'est pas par hasard. Comme tout être vivant sur cette planète, la douce-amère a un but principal dans sa vie: assurer la survie de son espèce. Ceci passe par se reproduire et disséminer ses graines. Comme l'épilobe, la douce-amère aime bien pouvoir envoyer ses graines le plus loin possible, contrairement à d'autres espèces qui ont choisi au contraire de les laisser tomber à leurs pieds pour créer des peuplement denses (c'est le cas de la véronique). Mais à l'inverse de l'épilobe, la douce-amère produit des graines trop lourdes pour compter sur le vent pour se disperser. Elle compte donc sur des alliés de choix: les oiseaux. En rendant ses graines toxiques avant la maturité, elle s'assure qu'elles ne seront pas mangées tant qu'elles ne seront pas bien rouges, et donc, que les graines seront prêtes à être disséminées. Et miser sur les oiseaux plutôt que sur les mammifères permet d'avoir des graines qui voyagent plus loin et qui ressortent intact du tube digestif une fois que le rouge-gorge a fini de manger.
Note: les graines de tomate sont elles aussi suffisamment résistantes pour ressortir intactes d'un tube digestif humain. Le climat français n'est pas assez chaud pour qu'elles puissent réellement s'implanter par chez nous de cette façon, mais on trouve quand même quantité de plants de tomate à proximité des stations d'épuration, ou dans les coins discrets planqués derrière les dunes...

Quant à la toxicité du reste de la plante... Parmi les petits noms sous lesquels on a connu la douce-amère à travers les lieux et les époques, on peut citer: "crève-chien" qui ne donne pas trop envie; "nightshade" chez les Anglais qui a un petit côté poétique, mais peu rassurant; "bois félon" toujours chez les Anglais; ou encore "herbe du diable" chez les Espagnols. A dose létale, les effets sont les suivants: "Les premières manifestations de l’intoxication sont d’ordre digestif avec des nausées, des vomissements, des coliques et des diarrhées. Si les doses ingérées sont fortes, les diarrhées deviennent sanglantes et il y a atteinte rénale avec protéinurie et hémoglobinurie, c’est-à-dire présence de sang et de ses constituants dans les urines. Apparaissent ensuite des symptômes neurovégétatifs, dilatation des pupilles (mydriase), accélération du rythme cardiaque (tachycardie), sécheresse de la bouche et des muqueuses, maux de tête, bourdonnement d’oreilles. Apparaissent parfois des délires, des hallucinations et des convulsions évoluant vers une paralysie : coma avec hyporéflexie (affaiblissement des réflexes), troubles respiratoires et cardiovasculaires dont l’issue peut être fatale."

C'est pourtant aussi une plante médicinale utilisée comme dépurative, notamment en cas de problèmes de peau ou de rhumatisme; toutefois, il y a beaucoup de plantes utilisées comme dépuratives qui ont une action assez violente, elles ne sont utilisées qu'à doses très contrôlées, pendant une brève période; pas pour une cure de printemps d'un mois "juste pour se sentir plus légère" ou pour se faire des tisanes "parce que j'aime bien le goût". Être toxique et médicinale à la fois n'a donc strictement rien d'étonnant.
Ce qui est plus étonnant, c'est que des tronçons de branches de douce-amère ont déjà été mâchonnés par des enfants comme on mangerait un bâton de réglisse, juste parce que le goût est sympa. Enfin, sympa... ça commence par un goût plutôt amer, fort et désagréable, caractéristique des saponines; le sucré vient sur la fin.

Attends, attends, mais tu dis ça... tu l'as goûtée ? Avec ce que tu viens d'écrire sur les empoisonnements et tout?

Oui, oui. A toute petite dose, après avoir croisé les sources pour m'assurer que je ne risquais rien d'autre qu'une légère diarrhée passagère si j'en mâchouillais un bout, parce que j'étais curieuse de ses effets. :taquin: Ne faites pas ça chez vous, etc, etc, réservée à des professionnel.le.s... Mais j'ai l'habitude de goûter toutes les plantes que je croise tant que je sais qu'elles ne sont pas toxiques à faible dose; et il n'y a pas tant de plantes que ça qui soient toxiques en croquant une demi-feuille, même s'il en existe quand même assez pour ne pas s'amuser à faire ça si on ne connait pas du tout ce qu'on goûte.
Il me semblait, d'après les informations que j'avais, que sa toxicité avait pendant longtemps été très exagérée, et qu'elle trainait une réputation sulfureuse qui n'était pas seulement due à ses alcaloïdes (lesquels ne sont d'ailleurs pas sulfureux, contrairement à ceux du chou. Enfin, je m'égare). Après tout, on a plusieurs témoignages de gens ayant bu des décoctions de douce-amère pendant une semaine pour soigner de l'eczéma ou des toux sèches, je pouvais bien en goûter une fois.

Bon, bon, mais elle a quoi de si spécial pour qu'elle ait si mauvaise réputation et que tu veuilles en goûter quand même?


Haha. Ben c'est là que vous allez comprendre la raison de l'humeur musicale du jour.

Le suspense est à son comble.

Pour reprendre un témoignage historique sur le sujet (Carrère, 1781), et parce que j'aime ce style tout en euphémisme et en périphrase: « ce remède, écrit J. B. F. Carrère parait chez les femmes porter directement vers les parties naturelles ; il y excite beaucoup de chaleur, quelquefois des démangeaisons : il provoque même l’appétit vénérien ; je l’ai vu produire quelquefois ce dernier effet avec violence. Cet accident n’arrive pas toujours, quoiqu’il soit assez fréquent. »

Et attendez de voir venir le meilleur: elle a également une action contraceptive en bloquant l'ovulation.

En gros, on a une plante de la même famille qu'un tas d'hallucinogènes connues, qui, pour les femmes, donne envie de baiser, tout en limitant les risques de grossesse si on satisfait cette envie hors des liens sacrés du mariage, pas étonnant donc qu'elle traine une réputation de plante à sorcière :lol: ( "accident", qu'il disait, tsss...)

(merci de relire le descriptif des risques d'intoxication si vous êtes présentement en train d'envisager de changer de contraceptif parce que votre pilule a tué votre libido. Il n'existe aucune donnée fiable sur le taux d'efficacité de la douce-amère en tant que contraceptif, ou sa posologie pour avoir une chance que ça marche sans risquer de s'empoisonner. On sait que ça existe, on sait pas à quel degré.)

Une plante aphrodisiaque, contraceptive, où la douceur le dispute à l'amer ne peut qu'être associée à des charmes d'amour. On a dit qu'elle pouvait faire revenir l'être aimé si on en plaçait une feuille dans sa bouche, puis sur son bras: si une tâche apparait, le sort a marché. Placée sous l'oreiller, elle était réputée guérir les chagrins d'amour ou autres souvenirs amers (doit-on supposer que la conseiller pour faire revenir un amoureux était une façon de pousser les jeunes filles à, en fait, l'oublier?). Elle est liée à l'idée d'équilibre retrouvé ; ainsi qu'au royaume de féerie, tout comme la digitale, une autre plante à alcaloïdes toxiques nettement plus violente (celle-là, même une feuille pour goûter, c'est niet, elle vous enverrait aux urgences, qui n'ont pas besoin de ça en ce moment). On peut également la placer chez soi dans un endroit secret (de préférence pas le pot aux épices, ça reste toxique, ok?) pour protéger le foyer.

Et alors, retour d'expérience?
Attention, ça va être peu glamour pour selon que c'est censé être une plante un peu... :winky:
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Avec tout ça, et au vu des risques encourus, je ne m'amuserais quand même pas à l'utiliser à des fins médicinales ou à en faire une consommation régulière comme confiserie, mais comme les oiseaux l'aiment beaucoup et qu'elle est très belle, j'en ai quand même mis quelques graines de côté pour en faire pousser chez moi.
 

Watou

Bébé sorcière
Vous l'attendiez, vous l'espériez, voici le Manuel du Gabier !!! :sushi: :bain:



Petit point d'abord sur de quoi qu'on va causer ici...

Une frégate est un terme tellement générique qu'on va juste retenir que c'est ici un trois mâts de guerre, en général dont le grand mât est situé dans la moitiée arrière du bateau, et qui a moins de 60 canons. Mais le tonnage peut aller de 2000 à 7000 tonnes à vide, et les bateaus militaires modernes s'appellent aussi des frégates, donc on cale un peu tout et n'importe quoi sous ce nom....

C'est un navire assez léger pour être maniable et rapide, mais assez lourd pour être indépendant et redoutable. Généralement utilisées comme éclaireurs ou comme croiseurs, le commandement d'une frégate assurait fortune et gloire à son capitaine. L'équipage de 250 à 350 personnes est composé de marins et de soldats, les batailles navales étant régulières et sanglantes.

Je sens que vous voulez du SANG.
Un navire signalait son désir de se battre en carguant ses voiles (en les pliant un peu) pour permettre à l'autre navire de le rattraper. On commence un combat par un défi, écrit, de capitaine à capitaine. Puis on se prépare, on range ses affaires, les ponts, et son âme.

Et chantent les canons. Les boulets de 12 livres transpercent la coque, pourtant épaisses de 40 cm, faisant voler des éclats de bois en tous sens, brisent les mâts, déchirent les voiles, éclatent les corps. Sur le pont et depuis les hunes (plateformes sur les mâts), les fusils crachent balles, clous, grenaille, semant la mort et les mutilations.
Puis vient l'abordage, au sabre, à la hache, et au pistolet.

Un combat coute en moyenne la vie à un quart de l'équipage... Désolée, mais c'est pas Pirates des Caraïbes...



Notre frégate, l'Hermione, est une frégate de 12, ce qui veut dire que ses 26 canons principaux tirent des boulets de 12 livres (5,4 kg). Son modèle original a été construit à Rochefort en 1779, sous Louis XVI. Elle part pour les Etats Unis en 1780, sous le commandement de Latouche-Tréville, pour y amener La Fayette et annoncer le soutien de la couronne française aux indépendantistes américains. Elle participe à divers batailles contre la perfide Albion, fait un tour du coté des Indes, et s'échoue lamentablement devant l'estuaire de la Loire en 1793. Ci gît.

La reconstitution, sur laquelle je navigue, à été construite entre 1997 et 2012. Il a fallu retrouver des plans (ceux de la Concorde, une de ses soeurs, que les anglais avaient prise pour tenter de comprendre pourquoi nos frégates étaient meilleures que les leurs (:drama:), et ils nous ont vendu les plans, les fourbes ! :scream:)
Toutes les techniques de constructions ont été reproduites et respectées comme à l'époque, tout en respectant les normes de sécurités actuelles : on a des canots de sauvetage à la place des poules, des douches à la place des moutons, et un petit hors bord en cas de chute à l'eau. De même, on est équipé.es des deux moteurs réglementaires obligatoires pour toute sortie de port.
Mais la coque est en chêne, la mâture en pins d'Oregon, les cordages en manille et en chanvre, les voiles sont composées de 2000m2 de lin.
Bref, c'est un compromis entre un musée historique, et un vrai bateau qui navigue vraiment !


Motivé.es ??? Alors la prochaine fois, nous parlerons de la mâture et du gréement, avec plein plein de termes techniques et de croquis ! :dowant:
 
@Tessy c'est trop bien ! :puppyeyes: si mes posts te donnent de l'inspiration, c'est super :rockon:

@Watou viiii :dowant: Je t'avoue qu'au fil de la lecture, j'avais les scènes de Pirates des Caraïbes en tête et je me disais "Mais. Ils ne font pas comme Watou dit, dans les films :lunette:" :yawn:
Et je vote pour les croquis !

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Je voyais le temps filer et je me demandais comment j'allais faire pour poster aujourd'hui et puis j'ai vu vos textes : c'est bon, on suffisamment de lecture pour que je ne poste que demain :yawn:
 
@Watou effectivement, il a fait une vidéo sur "Le sexe au Moyen-Âge" :happy:

Il y a aussi Actuel Moyen-Âge qui avait fait une vidéo encore plus précise sur le sujet : "L'orgasme féminin au Moyen-Âge", qui d'ailleurs s'appuyait sur l'article qu'Estela Bonnafoux (que je cite dans mes sources) avait fait pour leur site. C'est un article plus accessible que celui que j'ai cité d'ailleurs, je vais le rajouter dans les liens en bas du post :vieux:
 

Watou

Bébé sorcière
La mâture, le gréement, poil au dents.

Le gréement, c'est de quoi t'est-ce qui s'agit ?? Le gréement, c'est les cordes, mais on parle pas de corde, ça porte malheur, parce que la seule corde à bord c'est celle du pendu. Un bisou au grand mât pour conjurer le sort. (Pareil pour le polope, la langoustine des prairies, les longues oreilles, le terrible et terrifiant LAPIN.)

En chanvre (clair et doux, mais il n'est plus fabriqué à part par des entreprises chinoises dont la qualité n'est pas pleinement satisfaisante, donc on vit sur nos stocks), en manille (moins clair et plein d'échardes, fabriqué en Europe du Nord) ou en synthétique (qui remplace progressivement le chanvre, et est utilisé pour les manoeuvres les plus fortes) le gréement, long d'un total de 25km, est divisé en deux : le courant et le dormant.

Le dormant, c'est celui qui tient la structure du bateau, et ne bouge pas. Haubans (les échelles sur lesquelles on monte, tout en haut du mat, oui monsieur les femmes aussi, qui d'autre sinon ?), galhaubans (qui relient le sommet du mat au pont), et étais (ces cordages énormes qui relient les mats à l'avant du bateau). Il est recouvert donc de goudron de Norvège, pour le protéger des intempéries. Cette substance noire et collante est faite à base de résine de pins de Norvège. C'est ce qui donne cette odeur si particulière au bateau. Moi j'adore, mais au bout de deux jours, on s'y est habitué.es, et la seule solution est de coller les mains sur les haubans et de se les sniffer, nous donnant un air particulièrement intelligent.

Gréement dormant

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Le courant, c'est celui qui court dans les poulies, celui sur lequel on hisse, on étarque, on choque, on file, bref, on se pète le dos et on se détruit les mains.
Chaque cordage, qu'on appelle manoeuvre, est amarré à un taquet ou à un cabillot, comme vous pouvez le voir ici.

Il y en a 280, que tou.tes les gabier.es se doivent de connaitre par coeur. En pleine nuit, on doit savoir quelle manoeuvre attraper si on doit brasser (orienter le bateau en orientant les voiles) rapidement. Certains ont un retour
poulie sur le pont, pour aider la manipulation de très lourdes charges. On fait attention aux doigts, aux mains, un doigt qui se coince dans un taquet ou un cabillot, ce sont des phallanges écrasées. Et on a un médecin de bord, mais il n'est pas chirurgien... C'est aussi pour ça qu'on ne porte pas de gant : si un gant s'accroche à un cordage et passe dans une poulie... bin la main est dedans...

Gréement courant autour d'une vergue

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Et tant qu'on est sur le gréement, on va continuer à parler des hauteurs. Nous avons donc un trois mats : de la poupe (avant) à la proue (arrière), nous avons donc le mat d'artimon, le grand mat, et le mat de misaine. Tout à l'avant et incliné, le mat de beaupré.
Le grand mat culmine à 47m. Si on regarde le mat en lui même, fait en lamellé collé, nous pouvons observer qu'il est composé de trois parties : le bas mat, recouvert à l'époque de chaux ce qui lui donne sa couleur blanche, puis le mat de hune, d'aspect boisé, et le mat de perroquet. Juste au dessus de la hune (la plateforme la plus basse) ou des barres de perroquets (celle au dessus), vous pouvez observer ce qu'on appelle le chuquet : un gros rectangle noir dans lequel est passé le mat du dessus. Et oui, les mats coulissent et peuvent se baisser ! On appelle ça caler bas les mat. On va le faire pour passer sous les ponts, ou en cas de gros temps pour abaisser notre centre de gravité et diminuer les risques de chavirement.

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Les barres horizontales s'appellent les vergues. Elles ont chacune un nom spécifique selon la voile qu'elles portent.
On y monte quand on a besoin d'établir une voile, la serrer, ou prendre un ris pour réduire la voilure. Mais oui tout le monde monte, madame, même les femmes ! ... Arrêtez de me tater le biceps, c'est génant. (Vécu. Les perles sexistes des visiteur.ses sont parfois magiques. "Mais les femmes sont là pour la figuration en escale, elles naviguent pas vraiment ! ... Si ?" On a une feuille où on les note...)

Les mâts, les voiles, les hunes

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Décomposition d'un mât

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Bien entendu, dès qu'on monte ou qu'on travaille à l'extérieur du pont, on est assuré.es avec un harnais et deux longes de sécurité. À l'époque ils étaient 250, aujourd'hui on est 80, on peut pas se permettre de perdre qui que ce soit ! Je plaisante. La majorité des pertes à l'époque étaient dûes aux combats et aux maladies. Les cas de chutes restaient très rares.

Donc, qu'est ce qu'on y fait là haut ? On pose les pieds sur le marche pied (le cordage que vous voyez sous la vergue), les deux lignes de vie sur la main courante (le cordage au dessus de la vergue), le ventre sur la vergue, et les mains travaillent. On va défaire les rabans, des cordages qui retiennent la voile, si on veut établir la voile, ou on va mettre les mains sur la voile et la remonter. On a 2100m2 de voile, en lin, et c'est très lourd. Du coup on se coordine bien pour tou.tes tirer en même temps.

Faut s'imaginer tout en haut du grand mat, en train de serrer une voile, avec les copain.es sur le mat devant nous qui font la même chose, le bateau qui gite, le vent qui vous fouette la figure, les mousquetons qui vous rentrent dans le ventre, le soleil qui se couchent et les dauphins qui jouent avec la coque... Y a des moments de pure magie.


La semaine prochaine, les voiles et leurs manoeuvres ! :bain:

(Dites moi si les croquis vous aident, et si vous arrivez à lire mes pattes de mouche !)
 

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