@Tessy Alors je peux comprendre que ça te touche si tu as fait des études d'herboriste mais de là à dire qu'on fait carrément de la
désinformation... ça pique
L'homéopathie et l'aroma/phytothérapie, on est d'accord, ça n'a rien à voir.
Pour l'homéo, on a déjà tout dit sur le sujet, après à chacun de faire son avis. Mais il n'empêche que ce n'est pas scientifiquement prouvé, que ça repose sur une théorie foireuse ("la mémoire de l'eau") et que quand bien même on diluerait 200 fois une solution mère ultra concentrée et qu'on détecterait les molécules au travers des appareils d'analyses (RMN ? HPLC-GC ?), ce serait en
ultra-traces et il faudrait prouver que des ultra-traces ont un quelconque effet sur l'organisme (et on parle là de concentration au picogramme/litre).
Vraiment, l'homéopathie repose sur des concentrations ultra-faibles (ce qui l'autorise à vendre, d'ailleurs) or pour bosser en labo, je peux dire que c'est déjà difficile de bosser avec des concentrations au nanogramme/L parce que la verrerie est rapidement polluée par notre environnement, même passée au four et protégée, et qu'il suffit d'un rien pour qu'une analyse soit flinguée par un polluant externe plus gros que la molécule cible. Et qu'il faut donc encore plus de taff derrière pour prouver que des concentrations infinitésimales ont un quelconque effet. Présence ne veut pas dire effet.
Mais j'attends sans problème les publications de Boiron sur le sujet.
Pour l'aroma, pour le coup ce sont bel et bien des principes actifs ultra-concentrés et c'est bien pour cela qu'il faudrait plus de prévention sur leur utilisation car peu de gens s'amusent à lire les notices, à remarquer les pictogrammes "irritants/toxiques/CMR" sur les boîtes pour certains, à savoir que c'est déconseillé aux asthmatiques ou aux propriétaires d'animaux dans certains cas, que ça peut provoquer des brûlures, que ça peut interférer avec les médicaments, etc.
Donc oui, ça me gonfle quand c'est promu à tort et à travers dans les articles/magazines sans conseils de professionnels et sans rappel que ça s'utilise à petites doses et dilués parce que ce ne sont pas des choses inoffensives.
Je ne doute pas que des tas d'études se développent sur le sujet (j'en ai lu, moi aussi) mais il faut savoir garder un oeil critique sur les études qu'on lit, quel que soit le domaine, et
@Kaktus a plutôt bien décortiqué les exemples. Les papiers ne sont pas à rejeter mais ils ne sont que quelques pierres à un édifice qui dira un jour si oui ou non, l'effet est
significatif ou non. Et jamais un papier ne dira "ceci est la preuve que" mais toujours "ce papier suggère que... des études complémentaires devront confirmer ou infirmer notre travail".
Je n'ai pas de problème avec l'aromathérapie personnellement, j'attends que des reviews paraissent et mettent en commun 30-40-50 publications sur les HE pour me faire un avis sur l'efficacité réelle ou non. En attendant, j'aimerai que ce soit pris bien plus au sérieux et avec plus de recul qu'actuellement par le public.
Pour la phyto, on n'arrive sur un sujet encore plus complexe.
Comme je l'ai dit, le problème de la phytothérapie, c'est que c'est l'ancêtre de la chimie fine. Pas dans le sens "archaïque" mais dans le sens "pas purifié".
En aroma, les HE ne comporte que 2 choses : le principe actif et l'huile.
En phyto, les plantes possèdes des centaines/milliers de molécules ! Et ça, ça peut poser problème.
Tout d'abord, parce que sans outils analytiques, impossible de savoir à l'instant T
quelles molécules se trouvent la feuille/racine/fleur que l'on veut utiliser en tisane et en
quelle quantité, puisque comme tu le rappelles, c'est sujet à des tas de facteurs (provenance, saison, possibles pesticides, facteurs extérieurs imprévus...).
Donc 1/ impossible d'avoir un dosage correct du principe actif recherché et ça, ça peut mener à du surdosage
2/ rien ne dit que le principe actif est alors l'espèce la plus concentrée de la plante
3/ tout un tas de molécules secondaires peuvent être extraites en même temps que le principe actif recherché et ça, ça peut conduire à des extractions de molécules toxiques pour la personne ou qui vont venir interférer avec un traitement médical
4/ molécules secondaires de plante 1 + molécules secondaire de plante 2 = effet cocktail. L'effet cocktail des molécules, c'est un sujet ultra étudié et très difficile à maîtriser ! J'ai tout un pan de mon labo qui bosse dessus. C'est déjà très compliqué d'identifier spécifiquement toutes les molécules présentes, pour ensuite faire un listing des effets et ensuite de voir comment juste 2 molécules peuvent (ou non) aboutir à de nouveaux effets.
5/ d'où le fait que c'est pas ouf de mélanger phyto et médecine conventionnelle sans se renseigner parce que comme tu l'as souligné, tout ne fait pas bon ménage ! Une tisane de Millepertuis et pouf, la contraception marche plus
Donc là encore, ce n'est pas un job à prendre à la rigolade et effectivement, ce n'est pas le taff des médecins mais des chimistes, biochimistes et pharmaciens (et les médecins doublé phyto/homéopathes, je sais pas quoi en dire, je suppose qu'ils sont censés avoir suivi une formation mais bon...

)
Parce que les médecins conventionnels, eux, bossent avec les principes actifs isolés, purifiés des molécules secondaires, et reformulés (boulot des formulateurs donc) en sirop/cachets/poudre pour limiter un maximum les effets secondaires.
Donc oui, il y a longtemps les grand-mères savaient quelles plantes étaient pas mal pour ceci ou cela (moi la mienne, elle avait sa "plante à verrues"

) sans avoir aucune idée de la chimie derrière, puis des chercheurs ont appris à isoler ce qui marchait dans les plantes et c'est devenu un gros business sous forme de médicaments où... bah les gens savent qu'il faut prendre du Doliprane ou du Smecta pour une migraine ou une diarrhée en ne comprenant toujours pas la chimie derrière
C'est pareil. Sauf qu'effectivement, les gens ont perdu 1 savoir (reconnaissance des plantes et ce qu'elles peuvent apporter, si bien identifiées, bien dosées et avec des risques d'effets secondaires) contre des principes actifs purifiés et isolés.
Après, qu'on fasse un rejet de "Big Pharma", des chercheurs, des médecins et autres... C'est un autre sujet. Est-ce que le monde pharma, le privé, le public, la recherche sont exempts d'erreur, de défauts, etc... Non, certainement pas, mais c'est un autre débat. Ce n'est pas le débat de comment fonctionne (ou pas) l'homéopathie, l'aromathérapie et la phytothérapie, qui est un débat scientifique.
Par contre, l'économie derrière, le brassage d'argent, la concurrence, aussi bien chez Boiron que chez Sanofi, ça y a de quoi discuter
C'est pour ça que je suis toujours assez perplexe des gens qui vont rejeter la pharmacie classique pour de l'aroma ou de la phyto, parce que... bah... c'est quasiment le même concept

Juste qu'il y a un bel emballage "naturel/bio/ancienneté" très à la mode autour qui donne l'impression que "ce n'est pas pareil !".
Et du coup, je me pose plutôt la question inverse : pourquoi le diplôme d'herboriste n'est pas reconnu ?
Qu'est-ce qu'il y a de différent ou de plus que la formation en pharmacie qui légitimerait une dissociation ? Si c'est la reconnaissance des plantes/cueillette, ça pourrait être un module supplémentaire de la formation, non ? J'imagine que c'est ce qu'on fait les pharmacien(ne)s qui tiennent les herboristeries actuelles.