Je suis pleine lecture (amoureuse) de
Humain, inhumain : le travail critique des normes, réunion d'entretiens avec
Judith Butler, philosophe nord-américaine.
C'est excellent, bien lié, clair, frais. Il y a une espèce de pureté dans le discours de Butler, très convaincante. Elle revient aux avant théories, en se positionnant en décalage par rapport à elles, afin de les observer, de les saisir, d'en donner le sens. Sa pureté réside dans le fait que ses discours ne sont pas "entachés" par des motivations sous-jacentes de tentatives de persuasion plus ou moins secrètes, que je trouve généralement dans les ouvrages relatifs au genre. C'est son travail de philosophe, éclairé, qui me plaît.
J'aime aussi le fait qu'elle n'interprète pas mal les différentes théories qu'elle étudie, elle ne leur fait pas dire n'importe quoi, pour soutenir une éventuelle idéologie. En fait voilà, j'aime le fait que son discours ne soit pas de mauvaise foi. Par exemple elle comprend très bien les origines et les théories psychanalytiques, ses effets. Elle ne détourne pas les propos de Freud et de Lacan pour dire qu'ils sont de gros méchants mal intentionnés. Elle les explique dans sa langue, pour le dire de cette façon, avec ses outils, ses éclairages. Elle n'essaye pas de pervertir leur message, au contraire, elle leur rend leurs lettres de noblesse tout en reconnaissant leurs limites, et en expliquant ce qu'elle accepte et ce qu'elle n'accepte pas.
J'aime aussi le fait qu'elle n'ait pas d'ennemis (même si elle est l'ennemie de certain-e-s), comme elle le dit. C'est ça qui sous-tend tout son discours, cette espèce de neutralité (frein) émotionnelle et affective.
En bref, j'adore Judith Butler, et je pense que j'achèterai l'ensemble de son Oeuvre, parce qu'elle est un véritable plaisir à la lecture. Je suppose qu'il faut saluer le travail des traducteurs. Il semble qu'elle ait reçu le prix du plus "mauvais style" en VO, et c'est quelque chose qui me frappe, parce que les traductions sont tellement pleines, libres et éclairantes, que jamais je n'aurais pensé qu'elle puisse avoir un mauvais style VO.
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En parallèle je butine
Le sexe, le genre et la psychologie, d'un collectif.
C'est un peu vieux (2005 je crois), mais c'est un ouvrage très bon !
Je trouve ENFIN un livre de psychologie qui se mouille quant aux questions de genre au sein des sciences humaines et sociales, parce que c'est un peu tabou la conception du genre et ses différends collégiaux. Là les auteurs se jettent à l'eau et disent leurs vérités. C'est extrêmement intéressant, et là aussi éclairant quant à la conception du genre en psychologie, mais aussi en psychanalyse lacanienne et freudienne. J'ai tout autant apprécié la préface dans le sens où son auteur est psychosociologue, et qu'elle fiche un coup de poing au tabou ou à l'impensé "je suis psychologue et féministe".
J'aime quand les gens parlent d'eux, qu'ils se disent, s'expriment, et là les discours des auteurs sont très diversifiés, on comprend mieux la place du genre en psychologie, ses conceptions, et celles des différentes théories psychologiques.
Je trouve ce livre finalement très humain, je salue cette initiative, et j'espère qu'un jour psychologues et sociologues travailleront ensemble ou réduiront le séparatisme exagéré entre de ces deux champs disciplinaires. Parce que finalement ils bossent tous le même matériau, l'humain, ce sont juste leurs différentes propositions théoriques qui divergent.
En réalité, au sein d'une seule et même discipline il existe déjà des tas de divergences et de points de vue contradictoires (je pense à la psychopathologie ou à la psychologie différentielle et à la psychologie sociale, ou encore à la psychanalyse et à la neuropsychologie ou à la psychologie cogntive...).