Question (pas si) con La déconstruction, kézako ? Se déconstruire, pourquoi ? Comment ?

Sujet dans 'Questions (pas si) cons' lancé par Volatile, le 30 novembre 2015.

  1. Volatile

    Volatile
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    J'aime le goût des timbres

    Bonjour tout le monde !! :)

    Par avance je m'excuse si cette question a déjà été posée ailleurs sur le forum, mais d'après mes recherches, pas moyen de trouver une vraie réponse à cette question...

    Alors voilà, même si je suis plutôt discrète sur le forum (pour le moment !), je sous-marine pas mal les différentes veilles permanentes, surtout celles sur la transphobie, le racisme et le sexisme... Et j'ai vu de nombreuses fois passer sous mes yeux le terme de déconstruction, que je n'avais jamais croisé auparavant...
    Alors certes, en contextualisant, j'arrive plus ou moins à me faire ma propre définition mais elle est probablement erronée , c'est souvent en essayant d’interpréter seul.e des discours qu'on se met des fausses idées dans la tête et qu'on vit dans le malentendu, n'est-ce pas ?
    Alors pour éviter de comprendre les choses de travers (je me dis que peut-être, probablement, je ne suis pas la seule à qui cet éclaircissement puisse faire du bien) , je viens, avec mes gros sabots, poser noir sur blanc cette question qui me turlupine :

    La déconstruction, qu'est-ce que c'est ?

    et les questions qui bien sûr sont directement liées et qui permettront de poursuivre le débat :​

    Pourquoi se déconstruire ?
    et
    Comment se déconstruire ?

    Voilà, merci à tout.es !!! :unicorn:
     
    #1 Volatile, 30 novembre 2015
    Dernière édition: 30 novembre 2015
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  2. Diophantienne

    Diophantienne
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    La déconstruction c'est le fait d'essayer de se défaire des notions problématiques que nous a inculquées la société. Ce n'est pas toi que tu déconstruis mais ces notions.
    Par exemple, appliquée au genre ; c'est s'éloigner des stéréotypes de genre, arrêter de genrer systématiquement certaines activités ou certains objets (ex: le maquillage, les vêtements, le sport...), arrêter de supposer le genre des gens qu'on rencontre...

    Pourquoi le faire ? parce que sinon, tu gardes des réflexes qui vont te faire dire des trucs transphobes/racistes/misogynes...
    Le comment n'est pas forcément une question facile. Déjà il faut repérer les notions problématiques et que dès que tu t'aperçois que ce que tu penses en découle, tu t'arrêtes et tu 'rationalises'. Certaines notions peuvent requérir des méthodes spécifiques de déconstruction, par exemple, si tu penses que le physique des personnes blanches est globalement plus agréable que celui des personnes racisées (et malheureusement beaucoup de gens pensent ainsi >_>) t'exposer à des physiques plus divers (via tumblr par exemple) peut être une solution (mais attention à la fétichisation).
     
    Gadda, Maia Chawwah, Iris Hexa et 10 autres ont BigUpé ce message.
  3. Volatile

    Volatile
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    J'aime le goût des timbres

    Merci beaucoup pour ton message.
    Je suis tout à fait d'accord avec tout ce que tu viens de dire, et moi-même je suis vraiment entrain de vivre ce processus, de manière inconsciente au début, puis de plus en pus consciente.

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    Je pense que ce processus de déconstruction est quelque chose par lequel chacun.e d'entre nous devrait passer, car cela permets une plus grande empathie, compréhension d'autrui et éviterait de nombreux malentendus et conflits.
    Cependant comme tu le soulignes, le "comment" n'est pas forcément facile, et tout le monde a sa propre histoire qui influence au milieu de tout ça.
    Je me demande aussi comment, pour le "commun des mortels" , identifier ces notions problématiques. Comment catégoriser telle notion comme problématique, telle autre comme "acceptable" ... comme on peut le voir par exemple sur le topic Est-ce que trouver qu'une couleur de peau n'est pas attrayante est raciste ? où les avis sur la question sont très partagés... et ça dépend aussi de la sensibilité de chacun.
    Parfois aussi ( pas taper ) j'essaie de me débarrasser le plus possible de ces préjugés toxiques, et de pousser cette déconstruction à l'extrême, et je finis par ne plus être sûre de rien, rien du tout.Et de commencer à tout remettre en question, du style : pourquoi la vie ? Pourquoi j'existe ? Pourquoi la zoophilie c'est mal ?
    Où se trouve la limite entre les notions à déconstruire et celles, sûres, saines pour tout le monde, si au final, tout est relatif ?
    Car malheureusement, et je dis bien malheureusement, beaucoup de gens se servent de ces convictions "mal placées" comme repères pour se rassurer, ce sont leurs convictions...
    Je suis, comme sûrement plein de personnes sur ce forum, pleine de bonne volonté, mais ça m'empêche d'être perdue, d'avoir des doutes, et d'être parfois maladroite.

    En tout cas, j'aimerai que ce topic puisse aussi servir à tout.es. celleux qui essaient de passer par ce processus, afin qu'iels puissent échanger sur leurs explériences, leur doutes, et faire leur mea culpa.
    Parce que, malgré nous, on a tous dit des choses plus ou moins racistes sans en avoir conscience, que c'est pas forcément de notre faute, et qu'on a le droit de se pardonner pour aller de l'avant et ne plus reproduire ces erreurs.
    Nous sommes là pour nous soutenir mutuellement ! :happy:


    J'espère m'être exprimée assez clairement et évité de blesser qui que ce soit, mais si c'est le cas, n'hésitez pas à me le signaler.

    Je finis ce post en envoyant une bonne dose d'amour à toutes les personnes qui passent par ici <3
     
    L'océan de la vie, La_Belette, Caroushka et 2 autres ont BigUpé ce message.
  4. La_Belette

    La_Belette
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    Misandrette en puissance.

    La déconstruction, c'est un travail de longue haleine. Et je pense que le plus important pour arriver à se déconstruire, c'est de lire la parole des personnes concernées par ces oppressions (lire ou écouter hein, mais vu que je suis sur internet la plupart du temps...)
    Y a que comme ça qu'on peut y arriver.

    La déconstruction, c'est hier quand je me suis rendue compte que mon tshirt "ovaries before brovaries" que j'ai acheté y a une semaine, parce que je suis fan de Leslie Knoppe, eh ben il est transphobe. J'y avais pas pensé du tout quand je l'ai acheté, mais hier en le portant dans la rue j'ai pensé à comment une femme trans par exemple, pouvait percevoir le message de mon tshirt. C'est tout simplement transphobe puisque ça exclue de la lutte féministe les personnes qui n'ont pas d'ovaires et ça c'est moche.
    Je l'ai payé cher ce tshirt en plus, mais je ne le porterai plus dans la rue.
     
    Lis, Lumiciole, Diophantienne et 2 autres ont BigUpé ce message.
  5. Lumiciole

    Lumiciole
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    Pour ma part j'apprécie ce terme, parce qu'il implique une certaine humilité qui est à mon sens nécessaire dans la déconstruction. Puisque la déconstruction, ça amène à remplacer des réflexes comme "mais tu me vexes en disant que je suis insultant.e" par "pardon si j'ai été insultant.e, je vais chercher ce qui a pu poser problème, ou tu peux me le dire si tu le souhaites".

    Je trouve que la déconstruction passe beaucoup par ce qu'on surnomme dans le militantisme le "check tes privilèges". Parce que les privilèges sont très nombreux et peuvent être très insidieux. On a souvent tendance à penser que si on ne veut pas faire de mal, alors on n'en fait pas. Le terme de déconstruction traduit assez bien je trouve l'idée qu'en fait, c'est l'inverse, on a en nous des constructions haineuses et qu'on puise dedans sans le vouloir. Donc si on n'interroge pas ces constructions, on peut aisément faire du mal.

    La déconstruction, de manière générale, à mon sens c'est apprendre à raisonner de façon plus bienveillante et à appliquer concrètement cette bienveillance. Se dire gentil.le, vertueux.se, c'est à la portée de n'importe qui, c'est même très courant de se décrire comme une personne gentille (ou un autre adjectif semblable). Pourtant, les personnes bienveillantes en profondeur, celles qui ne risquent pas de te lâcher une horreur sur ta différence, celles qui te soutiennent d'une façon adéquate par rapport à ton profil... c'est rare. C'est rare parce que cette bienveillance-là n'est pas accordée par soi-même, mais par autrui. Une personne qui a commencé à bien se déconstruire cesse d'ailleurs progressivement d'utiliser des phrases comme "je suis ouverte d'esprit, je respecte les différences", parce qu'elle comprend que d'une part, elle ne peut pas en être certaine et que d'autre part, ce n'est pas à elle de décider si elle respecte effectivement les différences. L'écoute des concerné.es est primordiale et prioritaire. Il n'est plus question d'argumenter si on est une bonne personne ou pas, mais de se demander si telle action cause du mal ou pas. On déplace le référentiel de soi à autrui.

    Cela provoque forcément une certaine incertitude. Parce que ça veut dire qu'on ne peut jamais avoir l'assurance qu'on est dans le respect, puisqu'on ne peut pas s'auto-valider. Ni dans son mode de vie, ni dans son attitude, ni dans ses paroles. Mais en fait, est-ce réellement un problème au fond ? Cela fait peur bien sûr, mais je pense que dans une société bienveillante, cela nous semblerait normal de ne pas être sûr.e de ce qu'on dit. Nous ne ressentirions pas le besoin de savoir qui sont les autres (et encore moins s'ils sont "comme nous"), d'avoir toujours quelque chose à dire sur tout. Nous accepterions notre ignorance partielle ou totale, cela ne serait pas synonyme de défaut, ce serait juste un fait.
     
    Maia Chawwah, Lis, AprilMayJune et 7 autres ont BigUpé ce message.
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