Une personne enseignant dans des établissements dits difficiles m'a envoyé un message soulevant un point intéressant, concernant le nom de famille. Elle me parle de plusieurs cas, dont celui d'un élève dont les difficultés familiales étaient telles que pour certaines raisons on avait changé son nom de famille contre son gré et il ne pouvait pas entendre son nom de famille administratif sans se mettre dans des états terribles.
Je lui ai répondu : "(...) Je ne me vois pas appeler certaines personnes par leur nom de famille et d'autres non, du coup dans ce cas peut-être demander simplement "quel est le prénom que vous utilisez ?" sur la fiche de renseignements... en espérant qu'iels osent répondre. Nan, en ayant mis ça à l'écrit je réalise que je n'aurais jamais répondu à une telle question par peur de l'outing général et de rajouter ça au harcèlement que je subissais déjà ; le nom de famille me parait être la bonne solution mais bien entendu je peux rajouter une question du type "Y a-t-il quoi que ce soit que vous souhaitez ajouter ?" ; en précisant à l'oral "par exemple sur votre nom de famille". Cela reste assez général pour que les personnes dont le nom ne se prononce pas comme il se lit (mon cas) se sentent concernées ; ainsi que les personnes dont les parents ont ajouté un nom de famille composé qu'elles ne reconnaissent pas (ma meilleure amie portait le nom de sa mère mais son père avait insisté pour que son propre nom soit ajouté à l'école, nom qu'elle-meme n'employait pas lorsqu'elle se présentait) ; ou encore les personnes comme celles que tu décris."
Cette personne me fait justement remarquer que jamais l'élève qu'elle décrit n'en aurait parlé si on le lui avait demandé, et que le personnel enseignant était au courant de son cas mais pas du fait de l'élève. Mais elle ajoute un point sur lequel je ne peux pas être d'accord : "Donc même si j'ai conscience que pour certains élèves le prénom peut poser problème, à côté de tout le reste la balance ne penche pas de ce côté." (elle se corrige ensuite quand je lui rappelle les statistiques du taux de suicide des ados trans en rappelant qu'on ne hiérarchise pas les souffrances et qu'il faut voir selon le cas, le milieu, son propre vécu - pour résumer).
(C'est ce que j'ai compris de cette conversation, j'ai souhaité rester suffisamment vague pour ne pas trahir l'anonymat des personnes concernées, et si cette personne me lit et trouve que je présente de manière incorrecte ses propos, qu'elle n'hésite pas à m'écrire ou à me proposer une autre formulation.)
Je pense que cette personne a raison sur certains points, à savoir que
je ne peux pas invisibiliser les problèmes de classisme pour ne mettre en avant que les problèmes de transphobie. Cependant je pense que le problème du prénom est
systémique et directement rattachable à la transidentité (la plupart des personnes trans ont des problèmes avec leur prénom mais pas toutes et le deadname est même un concept trans), alors que le problème du nom de famille n'est pas un cas systémique mais
individuel et que j'aurais tendance à faire pencher la balance vers les cas systémiques plutôt qu'individuels. Mais comme le souligne mæ interlocuteur.ice, nous avons chacun nos vécus individuels et nous avons tendance à prioriser les problèmes qui nous concernent. C'est pour cela que je souhaiterais l'avis d'autres personnes sur ce sujet (d'ailleurs merci aux deux personnes qui ont répondu !)
@Awdrey et
@Abricotine_ : J'approuve tout à fait ce que dit la personne au-dessus de moi, quelle que soit votre expression de genre votre genre et valide et d'ailleurs les vêtements n'ont pas de genre. J'ai eu le processus inverse ; tant que j'avais des insécurités quant à mon genre j'allais surjouer la masculinité ; c'est seulement depuis que j'ai compris avec certitude qui j'étais et ce que j'étais, que je suis plus à l'aise avec ma non-binarité et ma masculinité, que je m'autorise plus de souplesse dans mon expression de genre - je n'ai plus rien à prouver.
(En fait c'est pas tout à fait vrai, j'ai toujours des insécurités, mais bien moins qu'avant.)
Définissez-vous pour vous-même, vous n'avez rien à prouver à la communauté queer et trans.
