Je suis tout à fait d'accord avec toi sur un point : Eva joly aurait très probablement su mener un bon mandat.
Mais pour mener un bon mandat, il faut savoir se faire élire.
Et pour être élue Présidente de la république dans le cadre de nos institutions (scrutin majoritaire à deux tours) il faut d'abord passer le premier tour, donc réaliser selon le nombre de listes présentes au moins 25% des voix. Il faut amener autour de 9 millions de personnes à voter pour toi. Cela déborde de très loin le cercle étroit des militants et des sympathisants convaincus.
Il faut bien constater qu'Eva Joly n'avait pas les qualités requises pour atteindre ce niveau de performance.
En 2012, pour la première fois dans l'histoire de la Vème, la totalité des 10 candidats a participé avant le premier tour à une émission d'égal à égal (2 débats 5 par 5) sur France 2. Le moins que l'on puisse dire est qu'Eva Joly n'a pas brillé face à ses concurrents.
Quid du rôle des journalistes ? D'abord y'a-t-il vraiment tant de point commun entre le redac chef de l'Humanité et celui de 20h de France 2 ? Les journalistes de Causeur et ceux de Libération ? Pourquoi Mediapart n'a que 80 000 abonnés ? Certainement pas parce que Plenel ne fait pas tout son possible, sur le net, à la télé, pour promouvoir sa ligne politique.
Un moment, qu'on le veuille ou non, le citoyen, quelle que soit sa culture, son appétit d'info ou non, finit par décider qui nous gouvernera en déposant son bulletin dans l'urne. Grandeur et faiblesse de la démocratie, le pire des systèmes à l'exception de tous les autres comme le disait Churchill.
Je pense sincèrement que même si France 2 avait donné tous les soirs 1/4 d'heure au 20h à Eva Joly, elle ne serait pas passé au second tour, mais elle aurait sévèrement dégradé l'audience de ce journal. La télé est un media terriblement difficile à domestiquer. C'est un vrai gros boulot à faire sur soi, pour lequel on a plus ou moins de disposition certes, mais dont personne ne peut faire l'économie. Pas simple de savoir se faire comprendre sur tout le spectre socio-culturel de l'électorat du pays.
Tu m'interpelles sur mes choix personnels donc je te réponds bien volontiers. Oui je suis libertaire, à la manière de Camus.
Je n'ai jamais voté pour mes idées parce que personne ne les porte et qu'on est pas prêt de les voir porter par quelqu'un.
Non je ne suis pas pro PS. Je vote systématique pour celui qui m'apparaît le moins pire pour faire tourner la baraque. Donc quoi qu'il arrive contre la bande à Le Pen quand elle est dans le circuit comme dimanche dernier dans le Nord/Picardie.
L'enjeu climatique est pour moi fondamental, d'où mon intérêt constant pour les mouvements écolo. Après les européennes de 2009, j'ai pensé un temps que Dany avait réussi à mettre EELV sur les rails. Le soufflet est retombé dès 2012 et on voit où le parti en est aujourd'hui.
Cela ne m'empêche pas de me réjouir du succès remporté par Fabius à la Cop 21. Good job man, personne n'y croyait tu l'as fais. En fait, j'ai une approche très pragmatique de la politique, libertaire se définissant avant tout comme anti-dogmatique. Le dogme est toujours l'émanation d'une transcendance, qu'elle soit profane ou religieuse, et pour un libertaire, la transcendance c'est un peu l'eau pour le chat
Je n'avais pas répondu premier message car je n'avais pas trop envie de m'embarquer dans le débat qu'il a lancé ensuite mais je comprends mieux ton point de vue ici. Cependant, je trouve certains passages un peu contradictoire. Par exemple quand tu dis :
Et pour être élue Présidente de la république dans le cadre de nos institutions (scrutin majoritaire à deux tours) il faut d'abord passer le premier tour, donc réaliser selon le nombre de listes présentes au moins 25% des voix. Il faut amener autour de 9 millions de personnes à voter pour toi. Cela déborde de très loin le cercle étroit des militants et des sympathisants convaincus.
Puis que tu poursuis en disant :
Pourquoi Mediapart n'a que 80 000 abonnés ? Certainement pas parce que Plenel ne fait pas tout son possible, sur le net, à la télé, pour promouvoir sa ligne politique.
Un moment, qu'on le veuille ou non, le citoyen, quelle que soit sa culture, son appétit d'info ou non, finit par décider qui nous gouvernera en déposant son bulletin dans l'urne.
Je rejoins ce qu'avait répondu
@Rosenrot_. Les gens n'ont peut-être pas voté pour Eva Joly tout simplement parce qu'ils ne se sont pas reconnus dans son programme. Or avoir Nicolas Hulot n'aurait pas rendu les gens plus convaincus par les idées d'EELV, ça aurait été simplement une autre campagne électorale que celle que voulaient les militants. De toute façon, je souligne qu'Eva Joly était AUSSI responsable de la victoire de EELV aux Européennes de 2009. C'est d'ailleurs pour ça qu'elle paraissait légitime à mener une campagne de présidentielle. Il n'y avait pas que Daniel Cohn-Bendit du tout en 2009 (et rappelons d'ailleurs que EELV a fait 8% aux européennes en 2014, c'est important pour un parti alternatif ; par ailleurs dans certaines régions aux élections municipales et régionales, le score était bien élevé que ça... je ne trouve pas que ça soit le résultat d'un parti complètement fini

).
De toute façon, pour moi, participer à la présidentielle pour un parti comme EELV, on ne le fait pas pour gagner. On le fait parce qu'on y gagne une plateforme de diffusion des idées.
Or même si les candidats ont un temps de parole égal, les plateformes, elles, ne sont pas les mêmes. Si on met le candidat PS face au candidat ex-UMP à 20h un vendredi soir, la portée ne sera absolument pas la même qu'un parti voué à faire 1% face à un parti aussi mineur à 15h un mardi. Par ailleurs, à la dernière présidentielle, j'avais été très choquée par le mépris que montraient les journalistes face à certains candidats. Ils leur faisaient clairement comprendre que leurs partis étaient farfelus, qu'ils n'avaient aucune chance et que leur campagne était perdue d'avance, avec des questions beaucoup moins passionnantes que celles qu'on poserait à Sarkozy et beaucoup moins avantageuses que celles qu'on poserait à Marine Le Pen.
Je suis de près le leader de l'Opposition britannique Jeremy Corbyn. Les médias disent souvent que ce n'est pas un leader approprié car il n'est pas capable de convaincre tout l'électorat britannique, qu'il devrait être plus centriste pour mieux plaire. Il se trouve pourtant que c'est un leader très populaire auprès des gens proches de ses idées, qu'il a drainé des dizaine de milliers de nouveaux membres au Parti Travailliste à lui tout seul alors que tout le monde du côté des médias et de la politique pensait que c'était un énergumène qui ne deviendrait jamais leader de l'Opposition.
Je lis de plus en plus de militants qui disent "Peut-être qu'il n'est pas en mesure de gagner les élections mais à quoi ça sert que le parti soit au pouvoir s'il doit sacrifier ses idées et ses valeurs pour y parvenir? Je n'adhère pas à ce parti juste pour la gloire, j'y adhère pour ses idées et un leader de l'Opposition fidèle à sa ligne politique fera une meilleure promotion de ces idées qu'un Premier Ministre qui a fait énormément de concessions aux conservateurs pour séduire un maximum d'électeurs".
J'avoue que je partage assez cette opinion. Je ne pense pas que l'objectif suprême d'un parti devrait forcément être de voir son poulain devenir Président de la République. Pour moi c'est plutôt d'être assez puissant pour influencer la manière dont la politique est faite. Par exemple en ayant des députés au Parlement français et européen en nombre suffisant pour se faire entendre, avoir des sénateurs, des maires, des conseillers régionaux, susciter l'intérêt chez les gens, les faire venir aux meetings, récupérer quelques dons même s'ils finissent par "voter utile". Peut-être que les élus ne seront pas assez nombreux pour voter seuls les lois sans se préoccuper de faire des alliances mais ils pourront influencer les débats publiques et peser sur l'orientation des lois, les négociations politiques, exactement comme le fait le FN depuis des années en ayant pourtant très peu d'élus.
L'autre jour, j'étais à une conférence et l'un des intervenants, un militant des droits humains à qui on demandait si sa devise était "l'union fait la force" a répondu que c'était l'inverse, que "la force fait l'union". Cela signifie qu'on ne pèse pas forcément sur une cause parce que beaucoup de gens nous soutiennent, mais qu'à l'inverse beaucoup de gens finissent par nous soutenir quand on a l'air assez puissant pour leur inspirer de l'espoir.
Le FN n'est pas monté en puissance parce qu'il a fait élire beaucoup de ses candidats et drainé des foules incroyables d'électeurs. Il a au contraire drainé de plus en plus d'électeurs grâce à sa position de puissance dans le paysage politique. Et cette place lui a été cédé par les autres personnalités politiques, comme Sarkozy et sa clique radicale en tête, mais aussi par un grand nombre de médias.
Pour en revenir à EELV et aux médias, je prenais un exemple comme un autre mais on pourrait aussi parler de l'UDI par exemple. Les dissensions internes sont une chose, les sujets que les médias préfèrent aborder une autre. Je trouve qu'on entend beaucoup plus parler des idées du FN que de ses guerres intestines. Même l'opposition Marine/Jean-Marie n'a pas discrédité le parti parce que Jean-Marie Le Pen était continuellement présenté comme un vieux troll sénile face à une Marine beaucoup plus raisonnable. Au contraire, cette guerre d'égos ou de pouvoir a renforcé l'image de Marine Le Pen. Par contre, on parle beaucoup de ce que veut le FN, de ses "propositions" (aussi peu crédibles soient-elles), de ses valeurs. Aujourd'hui, tout le monde sait que le FN est contre l'Europe, contre l'immigration et le halal dans les cantines.
A l'inverse, quand je pense aux sujets qui intéressent les médias pour EELV ou l'UDI, on entend beaucoup parler "d'égo surdimensionné", les élus qui contestent les actions du PS ou l'ex-UMP ont toujours été présenté comme des opportunistes ou comme bien peu crédibles. Mais on ne sait pas trop ce qu'ils veulent en dehors de faire des alliances ou de se séparer du PS et de l'UMP. Pourtant, même si leurs militants sont possiblement pas méga organisés, je doute qu'on puisse dire que leur programme est moins solide que celui du FN. Aujourd'hui encore, les gens pensent que l'écologie politique se résume à trier ses déchets, aller au travail en vélo, utiliser des ampoules basse consommation et défendre les orang-outans, une vision de l'écologie qui était justement très bien représentée par Nicolas Hulot. Mais tout le système politique, social et économique porté par l'écologie politique est très mal présenté et très rarement abordé. On connait mieux les "risques à accueillir des réfugiés chez nous" que nous présentent le FN que n'importe quelle thématique écologique qui sort de la vie quotidienne très immédiate.
Quant à l'UDI, j'en entends si peu parler que je croyais que Chantal Jouanno, pourtant sa porte-parole, était en fait au Modem.
Alors on peut reprocher aux cadres du parti de ne pas faire ce qu'il faut pour faire connaitre leurs idées. Mais ce qu'ils font mal dans ce cas, c'est la communication. Or le boulot d'un journaliste n'est pas vraiment de reprendre la communication des personnalités politiques mais de chercher à comprendre ce qui les animent et comment elles raisonnent.
Je ne suis pas en train de dire "les journalistes, tous pourris" mais comme le dit
@schizophrenia, le journalisme politique à la française a tout de même des pratiques et des codes qui ne sont pas les plus sains. Quand j'ai commencé à habiter en Angleterre, j'ai été choquée par la manière dont les journalistes bousculaient les personnalités politiques qu'ils invitaient tandis que ces personnalités restaient très polies. En France, c'est l'inverse. Les personnalités politiques agressent les journalistes et c'est normal, les journalistes laissent faire. J'ai vu si souvent des hommes politiques dire à des journalistes "je vous croyais plus intelligent que ça" sous-entendu "votre question est idiote" quand une question ne leur plait pas. Ce genre de réplique condescendante serait impensable sur une chaine britannique. Je ne dis pas que le journalisme politique britannique est meilleur, il a aussi de gros défauts. Mais par comparaison, la personnalité politique française ressemble beaucoup à un VIP qu'on doit cajoler pour être dans la confidence.
Je trouve ça normal de se questionner sur des pratiques qui paraissent normales à ceux qui ont le nez dedans toute la journée.