Han, j'adore le sujet de l'alimentation des bébés !
C'est un de mes objectifs obsessionnels avec ma fille : qu'elle ait le plaisir de manger. D'ailleurs je m'efforce de lui donner du bio, mais mon critère number one quand je lui fais à manger, c'est la diversité. Je veux qu'elle soit habituée à explorer une immense palette de saveurs, de textures, de sensations.
Manger a toujours été une grande source de joie, de réconfort et d'émerveillement pour moi (et je me réjouis aussi bien d'un plateau de junk food devant la télé que d'une soirée dans un restaurant gastronomique, qui constitue le plus chouette cadeau que l'on puisse me faire

). D'ailleurs c'est un peu un miracle que la nourriture ait toujours eu cet accent si joyeux et positif pour moi : j'étais une enfant / ado maigre comme un clou et j'ai reçu des millions de moqueries des autres ados, et/ou de remarques insultantes et inquiètes de certains médecins et profs qui passaient leur temps à commenter mon assiette ; à côté de ça il y a plusieurs obèses dans ma famille, et ma façon de manger sans souci de diététique m'a souvent valu des prémonitions rageuses ("tu ne grossis pas mais tu verras un jour, tu le paieras de ne pas faire attention" "tu dois avoir un taux de cholestérol horrible, je serai toi je surveillerai ma santé" et autres "tu aurais moins d'acné si tu restreignais plus ton alimentation"

parce que ça les faisait chier aussi que je ne fasse aucun complexe sur mon acné à l'adolescence, bref). Je suis aussi végétarienne par conviction morale, ce que les gens prennent souvent pour un antidote à la gourmandise. Bah écoutez les gens, désolée mais non, je n'ai jamais vu la nourriture comme un problème et je ne vais pas vous laisser gâcher mon plaisir... et désormais encore moins celui de ma fille.
En fait je mets vraiment l'alimentation sur le même plan que la sexualité. Ce sont des instincts de vie de base, des satisfactions primaires et fondamentales. Pour moi, quelqu'un qui a une sexualité épanouie et un rapport sain et heureux à la nourriture, ben, quoi qui lui arrive dans la vie, la simple satisfaction de ses besoins animaux sera une joie.
Et puis, quand on creuse un peu, la nourriture c'est un vecteur pédagogique tellement riche... C'est une porte d'entrée vers la nature, la terre, la valeur des choses et le fonctionnement de la vie. C'est apprendre de quoi on est fait, ce qu'est notre corps et ce qu'est la santé, c'est tellement passionnant (et c'est ce que j'ai adoré découvrir en devenant végétarienne et en devant réapprendre à équilibrer mes repas). C'est de la culture aussi, sans compter qu'il y a aussi un plaisir intellectuel à développer son palais et à apprendre à apprécier plein de saveurs différentes, comme on apprend à comprendre la peinture ou la musique. Puis ce sont des moments de partage et d'échange, de chaleur, que ce soit autour de la table ou en cuisine.
J'ai une cousine à qui on a jamais "appris" à manger quand elle était enfant, et aujourd'hui elle n'aime rien, elle mange des pâtes au ketchup tout le temps et n'apprécie rien, je trouve ça tellement triste pour elle. Merde, manger c'est trois fois par jour, ça vaut le coup de savoir en faire une fête ! Je veux que ma fille sache apprécier le plaisir des asperges blanches de saison avec une vinaigrette aux petits oignons (façon de parler

), mais qu'elle connaisse aussi le plaisir de s'affaler devant un burger décadent sans culpabiliser, bref qu'elle aime la vie quoi !
