@MC Doc (et
@Méli67 et
@Heather. aussi du coup)
Je comprends totalement ton angoisse à l'idée de faire passer ces tests à ton fils. Je crois que si j'étais à ta place, c'est surtout d'avoir désormais une mesure précise de ce qu'il a dans la tête, quelle qu'elle soit, qui me demanderait une grosse préparation psychologique. Quand je regarde ma fille, le fait de ne pas savoir quel est exactement son potentiel est à la fois une frustration mais aussi une source d'espoir, de curiosité, de joie. Si tout d'un coup une réponse chiffrée et quasi-médicale m'était fournie, il faudrait sûrement faire un gros travail pour... oublier ce résultat et lui accorder le droit et la chance d'être autre chose que ce que j'attends. Que tous les espoirs lui soient permis, toutes les surprises possibles, toutes les attentes légitimes, pour elle comme pour nous en tant que parents.
Sinon, je conçois et comprends totalement ce que tu expliques quant à tes attentes quasi-involontaires mais irrépressibles au sujet du niveau intellectuel de tes enfants, mais pour le coup ça m'est complètement contraire.
J'appartiens à la charmante catégorie des "Très Hauts Potentiels", en tous cas selon le barème en vigueur dans les cabinets de psychologie français, et ça a toujours été ma plus grosse crainte dans le fait d'être la génitrice de qui que ce soit. L'idée de refiler "ça" à quelqu'un, j'en ai fait des insomnies et c'est encore aujourd'hui l'objet de longues et angoissées discussions avec mon mari. C'est d'ailleurs ce qui m'a longtemps freinée quand mon mari a commencé à parler bébé, et puis il a réussi à me convaincre que ce n'était pas si important.
Perso je n'ai pas passé les tests enfant, principalement parce que pour les adultes qui m'entouraient c'était de toute façon évident (aussi bien dans les performances, la polyvalence, le tempérament, à peu près toutes les cases étaient trois fois cochées). Du coup, mes parents et mes instits/profs m'ont gérée comme telle, avec toutes les questions de saut de classes que ça posait par exemple. Sauf que. Sauf que.
Sauf que ces dispositions intellectuelles étaient UN aspect de ce qu'on appelle si laidement la "douance", et que, sans toutefois exclure des exceptions, un QI supérieur à 140 s'accompagne généralement de tout un tas de travers psychologiques et autres biais émotionnels qui sont largement aussi présents et inaliénables que l'""intelligence"".
J'ai passé les tests de QI bien bien plus tard, poussée par ma psy, dans le but de me forcer à me regarder en face plus que pour vérifier quoique ce soit. Ca m'a permis de lire les livres à ce sujet par exemple, alors qu'avant d'être confrontée à mon propre résultat, je refusais d'en entendre parler.
Bref, je m'égare un peu, mais tout ça pour dire que la normalité a toujours été un immense fantasme, pour moi. Je rêve de faire partie de la bande, quoi. Sauf que j'ai pas les codes et que je ne les aurai jamais. J'ai autre chose, j'ai des facultés pas banales, mais je les donnerais 100 fois en échange d'une confortable adéquation avec mon prochain. En échange d'une sensibilité moins écrasante. Je donnerais volontiers ce désespoir permanent, latent, inexplicable et sans objet qui m'habite depuis toujours et qui ne me quittera jamais, parce que c'est le lot des gens fichus comme ça. Cette auto-exigence sclérosante, ce manque de confiance en moi / peur de vaincre / incapacité à ressentir de la fierté et du mérite, qui font ressembler les échecs à des auto-punitions et les victoires à des grands moments de honte. Je me passerais volontiers de cette hésitation à continuer de vivre, aussi, en échange d'un peu de normalité.
J'ai la hantise que ma fille soit faite comme ça, parce que je sais qu'il y a d'assez haute probabilités de transmettre cela à ses enfants. Mon mari m'a toujours rassurée en soulignant que, contrairement à mes parents, c'est un sujet sur lequel nous sommes éclairés, et que nous pourrons accompagner correctement un enfant surdoué là où mes parents, par ignorance et défaut d'information, ont fait à peu près toutes les erreurs qu'il fallait éviter, en se réjouissant naïvement que leur fille soit drôlement intelligente.
Vraiment, je ne le vois pas du tout comme un cadeau et je rêve que mes enfants soit bien normaux tout comme il faut, pas moins mais surtout pas plus.
Spoiler alert : pour l'instant ma fille est au top du top, à 16 mois elle est à peu près en retard sur tout.
Edit : je réalise que je te dresse un portrait sensiblement atroce de mon cas alors que tu es peut-être en train de découvrir que ton fils a explosé les scores du WAIS. Mais on en vient à la théorie de mon mari : Grand Doc a une maman très éclairée, donc tout va bien se passer ;-)