Pour apporter un témoignage "de l'autre côté" : j'ai été élevée, fille unique, par une mère seule, qui m'a traitée en enfant (puis ado) reine. L'empathie ne m'étouffait pas et je ne levais pas le petit doigt à la maison (j'acceptais ponctuellement de faire les poussières, en râlant, sans en comprendre l'intérêt, et de jeter la poubelle le matin). Elle faisait mon lit, me préparait mon petit-déj... J'en ai honte aujourd'hui, bien sûr, mais à l'époque, je trouvais ça bien pratique de n'en foutre pas une rame. D'autant plus que ma mère est maniaque et que je trouvais ça ridicule de sa part (elle repassait les draps, les torchons, les culottes...). Le revers de la médaille, c'était que je ne savais rien faire et que toutes ces tâches m'effrayaient !
Quand j'ai rencontré mon compagnon, j'étais très très jeune, et pendant tout le temps de notre relation/cohabitation, c'est lui qui faisait tout à la maison (mais vraiment tout !). Le prétexte était que je préparais des concours très difficiles et très importants pour mon avenir, alors que lui avait un travail déjà assuré (à temps plein en plus, le pauvre). Et puis j'avais de gros problèmes de dos. Bon, mon ex avait des comportements très problématiques par d'autres aspects, donc je ne culpabilise pas de l'avoir exploité ainsi, MAIS de fait je sais ce que l'on ressent quand on laisse l'autre s'occuper de la maison sans lever le petit doigt (ok, j'ai dû nettoyer les chiottes une ou deux fois, parce que lui ne le faisait jamais).
- Je faisais semblant de ne pas me rendre compte du déséquilibre : ma mauvaise foi était totale.
- Je n'avais juste pas envie de m'occuper de tout ça parce que ça me faisait chier, tout simplement.
- avec le temps (et l'"éducation" que j'avais reçue), je manquais totalement de confiance en moi : je n'osais pas cuisiner, faire marcher certains appareils d'électroménager, j'avais peur de ne pas savoir, de faire une connerie... idiot, bien sûr, puisqu'il s'agit d'apprendre en se trompant. Mais comme lui (et ma mère avant lui) faisait tout à la perfection (c'était un dieu de la cuisine), j'avais le sentiment que de toute façon, je ne serais pas à la hauteur.
- Et puis bon, de toute façon, ça me faisait bien chier et j'étais très contente d'exploiter mon prochain, qui était volontaire et ne râlait même pas, ou si peu.
Quand je me suis séparée de lui (pas parce qu'il faisait tout, mais en raison des autres comportements problématiques), j'ai alors découvert l'énormité de la tâche de vivre au quotidien. Il fallait prévoir plusieurs repas par jour ! Il fallait prévoir les lessives ! le ménage ! Et comme j'avais un enfant, j'étais obligé de le nourrir. Il m'a fallu des années (mais vraiment des années !) pour apprendre tant bien que mal à m'organiser et à ne pas tout laisser partir en vrille. Cependant, il arrive encore que je laisse la vaisselle moisir une semaine ou que je fasse le ménage au sprint parce que quelqu'un va débarquer chez moi et que c'est une porcherie. Je ne serai jamais ordonnée ni vraiment au taquet pour l'entretien d'un espace domestique, je le crains... Mais tant pis ! Au moins, je n'ai de comptes à rendre qu'à moi-même. Et j'ai beaucoup apprécié le livre américain qui disait que le ménage était neutre moralement. À présent, je ne le fais que parce que je trouve ça plus agréable d'être dans un espace à peu près propre qu'au milieu de la saleté.
Donc oui, j'étais de mauvaise foi avec ma mère et mon ex, en prétendant ne pas me rendre compte qu'ils faisaient tout. Mais non, je n'étais pas complètement de mauvaise foi car je ne réalisais vraiment pas la quantité réelle de boulot que cela supposait, vu que je ne m'en étais jamais occupée...
Le seul truc, sur la charge mentale, c'est que je m'occupais des rdv médicaux et des cadeaux de Noël pour la famille de mon ex, je lui rappelais l'anniversaire de ses parents, etc., ça oui.
Aujourd'hui, je vis seule depuis très longtemps (j'ai eu des relations mais jamais plus de cohabitation) et je sais que jamais je ne supporterai de revivre avec quelqu'un, a fortiori s'il s'agit d'un mec cis hétéro de base comme décrit dans les témoignages au-dessus. Je ne m'emmerderai jamais à faire son éducation, à négocier, etc., mais c'est vrai que je suis assez radicale et que j'apprécie mon indépendance plus que tout. Mon bordel et moi, on vit bien ensemble !
Edit : Ah oui, bien sûr ! J'ai été évidemment lourdement critiquée par ma famille et ma belle-famille ! Alors que si j'avais été un mec, jamais on aurait moufté sur notre répartition des tâches. Ma mère considère que personne ne peut vouloir de moi vu comme je suis bordélique, ça me fait toujours bien marrer !
