Lu La grande épreuve de d'Etienne de Montety. Prix de l'Académie française 2020.
Je n'ai pas choisi ce roman pour le prix littéraire car je n'ai pas choisi ce roman, on me l'a offert pour Noël. Si on ne me l'avait pas offert, pas sûre que j'y serais allée de moi-même.
J'ai tardé à me plonger dedans, 3 mois car le sujet ne m'attirait pas trop et je n'avais pas envie de déprimer en ces temps de crise sanitaire qui n'en finit plus.
J'ai fini par y aller et je ne regrette pas.
L'histoire croise 5 vies, en un roman chorale, qui s'entrechoquent et se fracassent pour certaines sur les murs d'un terrible fait divers.
On nous raconte la vie, la famille, l'état d'esprit, les doutes, la religion ou non, le milieu social, les domiciles, les voyages etc... de Soeur Agnès, du Père Georges Tellier, de Frédéric, de Hicham et de David (re)devenu Daoud. Alors que le curé et la bonne soeur traversent une période de profond questionnement voire même de doutes sur la foi pour le Père Georges, Frédéric entre dans la police et déroule sa carrière un peu par hasard. Hicham et David-Daoud sombrent, se perdent et se radicalisent.
Le roman est fondé sur l'attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray de 2012. Il ne cherche pas à tout expliquer ni à donner des leçons. Il propose, il discute et il interroge, il t'interroge.
Personnellement, quand je l'ai lu, il y a une interrogation qui s'est mis à poindre et qui s'est accomplie toute ma lecture :
comment expliquer la trajectoire si divergente de Frédéric et Hicham alors que tous deux partent avec des postulats de base analogues, similaires. Enfants d'émigrés/d'immigrés, de conditions modestes, enfants de colonisés puis décolonisés, décolonisation qui s'est accomplie dans 2 violentes guerres, la guerre d'Indochine et la guerre d'Algérie, familles arrivées en France sans réel accueil, sans main tendue, sans chaleur. Juste bonnes à bosser et à se taire. Pourquoi l'un devient fonctionnaire quand l'autre se perd définitivement. L'auteur ne donne pas de réponse, il te propose des idées que tu fais tiennes ou non. Mais p...quel sujet !
Et le livre pose d'autres questions profondes comme cela. Sur la foi sans objection de conscience des prêtres mais pas si lisse qu'elle en a l'air, sur l'engagement. Comme il y a de la magie blanche et de la magie noire, il y a de l'engagement blanc et de l'engagement noir. Sur les failles, les absences, les rejets mais aussi les qualités de la République française.
Après, le roman souffre de défauts qui m'ont un peu soulés quand même. Je file 3 exemples:
- l'emploi de certains mots argotiques ou verlan. Certes l'auteur a bien fait sa petite recherche mais la façon dont il l'utilise dans son roman c'est franchement pas super maîtrisé. C'est pas fluide;
- les cités ne se sont pas mis à sombrer avec l'arrivée massive du trafic de drogue. Il y a quand même eu un terreau dont on pourrait citer : la crise économique des années 80 et l'installation du chômage de masse avec leurs conséquences publiques, politiques et sociales, la mondialisation qui règle le compte des moins bien armé.es, la mutation technologique qui nous pousse toujours plus vers on ne sait pas trop quoi mais au passage dégage du monde etc..etc...
- par moments allez hop ! c'est expédié. Dommage car par d'autres il y a du liant, de la pause dans le récit pour mieux discuter de ceci ou cela.
Il m'a pas interpellé ce bouquin. Mais dans le bon sens. A lire si vous avez envie.