J'ai vu pas mal de critiques positives sur Homo Sapienne de Niviaq Korneliussen et comme il faut bien avouer que les livres écrits par une Groenlandaise sont rares, la curiosité l'a emporté.
Une légère inquiétude au départ, parce que j'avais lu que l'autrice avait utilisé un style particulier pour chacune des voix auxquelles elle donnait la parole: absence de ponctuation, hashtag, mélange de langues, etc. Toutes ces techniques littéraires, je les avais déjà vu passer individuellement dans d'autres ouvrages mais j'étais sceptique quant à les amalgamer en un seul roman.
En réalité, ça fonctionne à merveille, ça capte l'attention sans prendre le pas sur le fond qui reste quand-même le grand intérêt de l'ouvrage.
Foin de périple viril dans les grands froids du nord ici: de la ville, des jeunes qui partagent un point commun: celui de ne pas être "dans la norme". L'autrice laisse s'exprimer une lesbienne qui se découvre, un homosexuel qui se révèle, une bisexuelle assumée, un transexuel qui se cherche et une lesbienne qui culpabilise. C'est un ouvrage tellement éclairant, et empreint de tellement de maturité (quand on sait que l'autrice avait 23 ans en l'écrivant, c'est impressionnant). On ressent la souffrance de ces personnes sans jamais tomber dans l'apitoiement, et on évite la déprime grâce à une touche d'espoir qui est distillé tout du long. Une superbe découverte loin des clichés simplistes du Groënland comme on peut en trouver en France.