Je double post parce que le sujet est quand même très différent. J'ai croisé cette vidéo par hasard dans les suggestions de la vidéo expliquant le racisme :
Derrière le titre raccoleur, j'y ai trouvé beaucoup d'éléments intéressants, sur la fragilité blanche, sur l'instrumentalisation des causes antiracistes par l'establishment, et sur une mauvaise compréhension de ce qu'est le racisme.
L'échange à 16:00 en particulier, m'a intéressé sur la question de "l'autocensure" dont pourraient faire preuve des journalistes pour traiter d'actes de violence, quand ils concernent des personnes racisées. Ça fait echo pour moi aux discussions sur les agressions de Cologne, ou les non-poignées de main d'Idriss Sihamedi, ou encore le fait de parler ou pas des associations musulmanes dans les cortèges de la Manif pour tous. Et de cet échange donc la réponse de Simon Woolley, qui dit en substance que ça doit être fait de façon intelligente et consciente des problématiques raciales.
Mon sentiment est le suivant : il y a effectivement une autocensure et un sentiment de "respect du politiquement correct", qui est pour moi mal placé et crée de la frustration, parce que se basant sur une mauvaise compréhension de ce qu'est le racisme. Je repense à un ami, il y a quelques années, me faisant les gros yeux parce que j'avais dit "noir" pour parler de la couleur de peau de quelqu'un, quand dans la foulée il ne voyait pas de souci à généraliser et essentialiser du moment qu'on ne disait pas le mot lui-même. On en revient peut-être à cette mauvaise éducation sur le racisme, se concentrant sur les insultes et les vexations individuelles, sans expliquer le mécanisme à plus grande échelle.
Et donc à partir de cette frustration du "on ne peut plus rien dire", d'une forme d'autocensure (réelle ou perçue, vu comme certain-e-s ne se gênent pas pour dire les pires horreurs du moment que la langue est châtiée et la tournure policée), se crée une forme de sentiment d'injustice, de rebellion, qui s'exprime par un attrait des positions d'extrême droite. Je pense aussi à ce qui a été déclaré sur ce forum même, que "nous avons volontairement passé sous silence l'implication d'associations musulmanes et de certains musulmans. Par peur de stigmatiser." (quote Denis).
J'en tire donc la reflexion que la méconnaissance initiale est devenue la base de toute un système d'autocensure, de "on ne peut plus rien dire", de frustration, qui 20, 30, 40 ans plus tard débouche sur une volonté farouche d'aller à l'extrême inverse, de désarmer des mots comme "islamophobie", de s'en revendiquer dans une logique de rebellion. On pourrait même se demander si l'élan national(iste) autour de Charlie Hebdo, autour de la liberté d'expression, ne vient pas du même terreau de vision simpliste du racisme et de l'antiracisme, créant de la frustration dans le camp même de ceux qui l'ont conçue.
Je ne commente pas le reste de la vidéo, mais elle est vraiment intéressante et il y a d'autres éléments qui m'ont beaucoup fait réfléchir, comme l'articulation du classisme et du racisme, en particulier dans le contexte anglais, et aussi sur l'attrait de la call-out culture, par opposition aux dénonciations du racisme plus politique et systémique.
(il y a aussi plein d'aspects qui m'ont dérangé dans la vidéo, mais je vous laisse vous faire votre avis)
Du coup j'ai aussi croisé cette vidéo, toujours en UK, reproduction de l'expérience/exercice des "yeux bleus" VS les "yeux marrons", qui est l'oeuvre de Jane Elliot, qui l'utilise depuis plus de 40 ans pour faire comprendre la discrimination raciale à des personnes ne la vivant pas. Ce que j'ai trouvé particulier dans cette version de l'expérience (et c'est pour ça qu'elle a été partagée sur mes réseaux et c'est aussi soulevé dans le reportage) c'est le niveau de déni et la ténacité avec laquelle les blanc-he-s refusent qu'il puisse exister un racisme contre les non-blanc-he-s, quand généralement l'expérience fonctionne plutôt bien et permet un décentrage par rapport aux expériences de vie blanches. A nouveau le contexte est particulier, puisqu'il s'agit du Royaume Uni, mais je pense qu'on peut en tirer des éclairages sur ce qui peut se passer en France.
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Mon sentiment est le suivant : il y a effectivement une autocensure et un sentiment de "respect du politiquement correct", qui est pour moi mal placé et crée de la frustration, parce que se basant sur une mauvaise compréhension de ce qu'est le racisme. Je repense à un ami, il y a quelques années, me faisant les gros yeux parce que j'avais dit "noir" pour parler de la couleur de peau de quelqu'un, quand dans la foulée il ne voyait pas de souci à généraliser et essentialiser du moment qu'on ne disait pas le mot lui-même. On en revient peut-être à cette mauvaise éducation sur le racisme, se concentrant sur les insultes et les vexations individuelles, sans expliquer le mécanisme à plus grande échelle.
Et donc à partir de cette frustration du "on ne peut plus rien dire", d'une forme d'autocensure (réelle ou perçue, vu comme certain-e-s ne se gênent pas pour dire les pires horreurs du moment que la langue est châtiée et la tournure policée), se crée une forme de sentiment d'injustice, de rebellion, qui s'exprime par un attrait des positions d'extrême droite. Je pense aussi à ce qui a été déclaré sur ce forum même, que "nous avons volontairement passé sous silence l'implication d'associations musulmanes et de certains musulmans. Par peur de stigmatiser." (quote Denis).
J'en tire donc la reflexion que la méconnaissance initiale est devenue la base de toute un système d'autocensure, de "on ne peut plus rien dire", de frustration, qui 20, 30, 40 ans plus tard débouche sur une volonté farouche d'aller à l'extrême inverse, de désarmer des mots comme "islamophobie", de s'en revendiquer dans une logique de rebellion. On pourrait même se demander si l'élan national(iste) autour de Charlie Hebdo, autour de la liberté d'expression, ne vient pas du même terreau de vision simpliste du racisme et de l'antiracisme, créant de la frustration dans le camp même de ceux qui l'ont conçue.
Je ne commente pas le reste de la vidéo, mais elle est vraiment intéressante et il y a d'autres éléments qui m'ont beaucoup fait réfléchir, comme l'articulation du classisme et du racisme, en particulier dans le contexte anglais, et aussi sur l'attrait de la call-out culture, par opposition aux dénonciations du racisme plus politique et systémique.
(il y a aussi plein d'aspects qui m'ont dérangé dans la vidéo, mais je vous laisse vous faire votre avis)
Du coup j'ai aussi croisé cette vidéo, toujours en UK, reproduction de l'expérience/exercice des "yeux bleus" VS les "yeux marrons", qui est l'oeuvre de Jane Elliot, qui l'utilise depuis plus de 40 ans pour faire comprendre la discrimination raciale à des personnes ne la vivant pas. Ce que j'ai trouvé particulier dans cette version de l'expérience (et c'est pour ça qu'elle a été partagée sur mes réseaux et c'est aussi soulevé dans le reportage) c'est le niveau de déni et la ténacité avec laquelle les blanc-he-s refusent qu'il puisse exister un racisme contre les non-blanc-he-s, quand généralement l'expérience fonctionne plutôt bien et permet un décentrage par rapport aux expériences de vie blanches. A nouveau le contexte est particulier, puisqu'il s'agit du Royaume Uni, mais je pense qu'on peut en tirer des éclairages sur ce qui peut se passer en France.
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