@schizophrenia je trouve ton post intéressant parce qu'il soulève plusieurs points judicieux concernant ce débat, donc là je te livre un peu en vrac les réflexions que ça m'inspire.
Par exemple quand tu reviens sur les discours "anti-touristes", moi j'y vois une interiorisation du fait que le tourisme c'est vulgaire, par opposition au "voyage" qui aurait bien plus de sens, serait plus éthique, plus raisonné et respectable parce qu'exercé par une élite éclairée (alors que bon... en termes de pratiques, quelles sont les différences entre un voyageur et un touriste? Est-ce-qu'on ne se sert pas tous des mêmes sources d'information, des mêmes moyens de transports, des mêmes outils d'orientation, des mêmes formes d'hébergement, etc.? A l'heure où on peut capter un signal GPS pratiquement n'importe où sur Terre, existe-t-il encore de vrais explorateurs?). Ce sont des discours alimentés par certains intellectuels évoqués précédemment (des gens comme Rodolphe Christin il y en a pléthore) qui détiennent un pouvoir prescripteur dans la façon dont on va percevoir le tourisme. Rien que dans le domaine de la recherche, le tourisme est perçu comme une activité tellement frivole et vulgaire, que les chercheurs qui étudient le sujet autrement qu'à travers un prisme quantitatif/économique ont mis du temps à être pris au sérieux (et d'ailleurs ils passent toujours un peu pour des guignols par moment). L'origine de ce mépris (à mon avis) c'est que le touriste est communément perçu comme un con et un dilettante (en français c'est reflété par des expressions comme "faire quelque chose en touriste", "quel touriste" pour désigner une personne un peu pigeonne, ou encore "bronzer idiot"), donc à partir de là, normal que personne n'ait envie de s'y identifier. Pour certains chercheurs, c'est là que s'arrête la réflexion (on s'en tient à ces stéréotypes sans les interroger), alors que pour d'autres, c'est là qu'elle commence et qu'on questionne cette image si péjorative pour la déconstruire et pour pouvoir étudier le phénomène en tant que tel (comment définir le tourisme? quelle est son histoire? comment se diffuse-t-il spatialement et sociétalement? quels sont les jeux d'acteurs? est-il exercé de la même façon dans toutes les société?).
A l'origine de l'image de pigeon du touriste, je pense qu'on peut identifier un mépris de classe lié à une volonté de distinction des classes dominantes qui vont dénigrer ce qui devient mainstream. A ses débuts le tourisme était réservé à une élite, puis les acquis sociaux et les progrès technologiques ont permis sa démocratisation et à l'heure actuelle ce sont de nouvelles sociétés qui y ont accès (Indiens, Chinois, Brésiliens...) . Après, ce qui explique que tout le monde, toutes classes sociales confondues méprise le tourisme, c'est que tout le monde a intériorisé le mépris du tourisme et la honte d'être assimilé à un touriste (encore une fois, grâce à l'image de con du touriste qui imprègne l'inconscient collectif et qui est consacré par certaines expressions langagières). Ca se retrouve aussi dans les écrits destinés... aux touristes! Combien de fois j'ai levé les yeux au ciel en lisant le Guide du Routard et en y trouvant des formules du type "piège à touristes", "pour éviter les hordes de touristes", "[tel site touristique] envahi par les touristes", etc. Enfin ils pensent s'adresser à qui, sérieux? Et surtout, quel rôle croient-ils jouer dans ce qu'ils dénoncent?
Paradoxalement, j'ai l'impression que ce mépris du tourisme et cette aspiration à s'en détacher absolument font de nous de "mauvais" touristes. Les Français sont hyper mal vus à l'étranger parce qu'ils passent pour des touristes arrogants, pinailleurs, râleurs, qui négocient tout par crainte de se faire avoir (puisque touriste = pigeon, il faut montrer qu'on ne s'en laisse pas compter!!!). Inversement, les touristes étrangers se sentent mal accueillis en France. Ce que tu relèves est très pertinent aussi : entre un groupe organisé qui va de site en site et observe la société locale de façon distanciée à travers ce qu'elle choisit de montrer et des backpackers qui se mêlent à la population pour expérimenter son mode de vie, qui incarne le plus gros vecteur d'influence culturelle? On touche ici à un autre aspect qui va de paire avec tout ça: les gens qui sous couvert de dénoncer l'influence du tourisme sur les populations locales, pratiquent en fait une forme de néo-colonialisme très infantilisant, voulant préserver certaines sociétés de la modernité "corruptrice" et les maintenir dans un état "d'innocence primitive" bien plus exotique (en gros, quand on va visiter les minorités ethniques dans tel pays, on aimerait mieux les voir avec un pagne et un os dans le nez, et que ce soit """authentique""", pas juste performé pour un public). Globalement, les discours visant à défendre les populations locales des méfaits du tourisme et de la modernité sont souvent bien plus toxiques et infantilisants que ce qu'ils dénoncent. J'en viens à me dire que si le tourisme n'était pas aussi diabolisé et ridiculisé, si on assumait mieux le fait d'être des touristes, on n'aurait peut-être pas des attentes aussi irréalistes et malsaines vis-à-vis des lieux et des sociétés qu'on rencontre.
Enfin voilà en vrac quelques réflexions sur le sujet. J'avoue que c'est un peu fouilli parce que je manque de temps et d'énergie pour structurer tout ça, mais si ça intéresse quelqu'un, je peux fournir quelques références permettant de déconstruire le mépris visant le tourisme et de mieux comprendre la complexité (souvent insoupçonnée) du phénomène.
Par exemple quand tu reviens sur les discours "anti-touristes", moi j'y vois une interiorisation du fait que le tourisme c'est vulgaire, par opposition au "voyage" qui aurait bien plus de sens, serait plus éthique, plus raisonné et respectable parce qu'exercé par une élite éclairée (alors que bon... en termes de pratiques, quelles sont les différences entre un voyageur et un touriste? Est-ce-qu'on ne se sert pas tous des mêmes sources d'information, des mêmes moyens de transports, des mêmes outils d'orientation, des mêmes formes d'hébergement, etc.? A l'heure où on peut capter un signal GPS pratiquement n'importe où sur Terre, existe-t-il encore de vrais explorateurs?). Ce sont des discours alimentés par certains intellectuels évoqués précédemment (des gens comme Rodolphe Christin il y en a pléthore) qui détiennent un pouvoir prescripteur dans la façon dont on va percevoir le tourisme. Rien que dans le domaine de la recherche, le tourisme est perçu comme une activité tellement frivole et vulgaire, que les chercheurs qui étudient le sujet autrement qu'à travers un prisme quantitatif/économique ont mis du temps à être pris au sérieux (et d'ailleurs ils passent toujours un peu pour des guignols par moment). L'origine de ce mépris (à mon avis) c'est que le touriste est communément perçu comme un con et un dilettante (en français c'est reflété par des expressions comme "faire quelque chose en touriste", "quel touriste" pour désigner une personne un peu pigeonne, ou encore "bronzer idiot"), donc à partir de là, normal que personne n'ait envie de s'y identifier. Pour certains chercheurs, c'est là que s'arrête la réflexion (on s'en tient à ces stéréotypes sans les interroger), alors que pour d'autres, c'est là qu'elle commence et qu'on questionne cette image si péjorative pour la déconstruire et pour pouvoir étudier le phénomène en tant que tel (comment définir le tourisme? quelle est son histoire? comment se diffuse-t-il spatialement et sociétalement? quels sont les jeux d'acteurs? est-il exercé de la même façon dans toutes les société?).
A l'origine de l'image de pigeon du touriste, je pense qu'on peut identifier un mépris de classe lié à une volonté de distinction des classes dominantes qui vont dénigrer ce qui devient mainstream. A ses débuts le tourisme était réservé à une élite, puis les acquis sociaux et les progrès technologiques ont permis sa démocratisation et à l'heure actuelle ce sont de nouvelles sociétés qui y ont accès (Indiens, Chinois, Brésiliens...) . Après, ce qui explique que tout le monde, toutes classes sociales confondues méprise le tourisme, c'est que tout le monde a intériorisé le mépris du tourisme et la honte d'être assimilé à un touriste (encore une fois, grâce à l'image de con du touriste qui imprègne l'inconscient collectif et qui est consacré par certaines expressions langagières). Ca se retrouve aussi dans les écrits destinés... aux touristes! Combien de fois j'ai levé les yeux au ciel en lisant le Guide du Routard et en y trouvant des formules du type "piège à touristes", "pour éviter les hordes de touristes", "[tel site touristique] envahi par les touristes", etc. Enfin ils pensent s'adresser à qui, sérieux? Et surtout, quel rôle croient-ils jouer dans ce qu'ils dénoncent?
Paradoxalement, j'ai l'impression que ce mépris du tourisme et cette aspiration à s'en détacher absolument font de nous de "mauvais" touristes. Les Français sont hyper mal vus à l'étranger parce qu'ils passent pour des touristes arrogants, pinailleurs, râleurs, qui négocient tout par crainte de se faire avoir (puisque touriste = pigeon, il faut montrer qu'on ne s'en laisse pas compter!!!). Inversement, les touristes étrangers se sentent mal accueillis en France. Ce que tu relèves est très pertinent aussi : entre un groupe organisé qui va de site en site et observe la société locale de façon distanciée à travers ce qu'elle choisit de montrer et des backpackers qui se mêlent à la population pour expérimenter son mode de vie, qui incarne le plus gros vecteur d'influence culturelle? On touche ici à un autre aspect qui va de paire avec tout ça: les gens qui sous couvert de dénoncer l'influence du tourisme sur les populations locales, pratiquent en fait une forme de néo-colonialisme très infantilisant, voulant préserver certaines sociétés de la modernité "corruptrice" et les maintenir dans un état "d'innocence primitive" bien plus exotique (en gros, quand on va visiter les minorités ethniques dans tel pays, on aimerait mieux les voir avec un pagne et un os dans le nez, et que ce soit """authentique""", pas juste performé pour un public). Globalement, les discours visant à défendre les populations locales des méfaits du tourisme et de la modernité sont souvent bien plus toxiques et infantilisants que ce qu'ils dénoncent. J'en viens à me dire que si le tourisme n'était pas aussi diabolisé et ridiculisé, si on assumait mieux le fait d'être des touristes, on n'aurait peut-être pas des attentes aussi irréalistes et malsaines vis-à-vis des lieux et des sociétés qu'on rencontre.
Enfin voilà en vrac quelques réflexions sur le sujet. J'avoue que c'est un peu fouilli parce que je manque de temps et d'énergie pour structurer tout ça, mais si ça intéresse quelqu'un, je peux fournir quelques références permettant de déconstruire le mépris visant le tourisme et de mieux comprendre la complexité (souvent insoupçonnée) du phénomène.

je rejoins la conversation sur le tourisme car je trouve que c'est un sujet super intéressant qui soulève pas mal de problématiques, notamment écologiques et culturelles. Et c'est la première fois que je le vois abordé sous l'angle du classisme comme ça.
Je n'ai rien contre les vacances en mode backpack à travers le monde, tant que les gens gardent conscience que ce n'est pas à la portée de tous).
)
). Si vous pouviez voir les regard que je me prend des autres européens de la table d'à côté 
Que dirions nous si des personnes en sac à dos venaient dans notre quartier de résidence (donc sans activité touristique), observer notre manière de vivre, prendre des photos de notre maison. Genre imagine t'es à ton bureau de comptable et y'a un mec en sac à dos qui vient te regarder travailler et prendre en photo ton ordinateur parceque "c'est incroyable cette ingéniosité dans les outils que tu utilises ouah"