Ce dessin ne m'a pas particulièrement ému. Ni fait rire. Il m'a seulement rappelé l'esprit Hara-Kiri, l'esprit de la période Choron-Cavanna-Reiser, on tape sur tout ce qui bouge indifféremment, les flics ET les manifestants, les militaires ET les antimilitaristes, les cons, les fonctionnaires, les fachos, les profs, alors pourquoi pas aussi les migrants, sans trop faire l'effort de se demander si on parle des migrants eux-mêmes, ou des migrants tels que les fachos les désignent, tout est bon dans le crayon, tout ce qui vient sous le crayon.
Oui mais voilà, dans l'équipe, ils ne l'ont pas pris comme ça. Les jeunes membres de l'équipe d'@si (quasi-pléonasme), ceux qui n'ont qu'une connaissance livresque de la grande période Choron-Cavanna-Reiser-on-tape-sur-tout-ce-qui-bouge, tu sais quoi ? Ils y ont carrément vu un dessin raciste.
Il faut dire que oui, c'est une question de génération. Quelle est leur image de Charlie Hebdo ? Un ovni éditorial au sujet duquel le débat principal est de savoir s'ils sont islamophobes ou pas. Un journal dont nous avons méticuleusement épluché le contenu, pour y déceler des traces (ou non) d'islamophobie. Et dans la période récente, un journal marqué par le passage de Val et Fourest, moines-soldats de l'islamophobie française, même si, je sais je sais, ils n'y sont plus depuis un bout de temps.
Vu de ce point de vue-là, rien ne distingue ton dessin, Riss, d'un dessin qui pourrait être publié dans Minute ou Valeurs Actuelles. Rien. Pour bien le distinguer d'un dessin de Minute ou Valeurs Actuelles, il faudrait avoir une vue d'ensemble de la page, ou du numéro entier, dans lequel il a été publié. Je ne vais pas reproduire tous les dessins de ce numéro. Au-dessus du crobard fatal, un autre croque Valls et Taubira. Au-dessous, un autre se moque des dessinateurs eux-mêmes. Tout aussi férocement, au fil du numéro, sont croqués Bowie, la trilogie imams-curés-rabbins, Dieu, Hollande, les flics, Johnny, Depardieu, le Dakar, Sarkozy, Juppé, Trump, un curé pédophile, etc etc. Je n'en tire aucune conclusion. Mais c'est un des facteurs qui servent à caractériser le "lieu d'énonciation" du message, lequel est important pour qui veut se faire son propre jugement sur le dessin.