J'ai suivi un peu le débat sur le racisme chez les électeurs de Trump, et je pense que pour comprendre la rhétorique de Trump il faut se pencher un peu sur les stratégies électorales républicaines de ces dernières décennies.
Ca fait un moment que le parti républicain utilise les "dog whistle politics" (discours du sifflet à ultrasons, désolée pour la traduction nulle ^^'), c'est-à-dire une rhétorique à plusieurs niveaux qui s'adresse à un groupe en particulier, et qui permet d'exprimer de manière apparemment non-répréhensible des idées qui le sont beaucoup plus... Les électeurs visés comprennent, comme les chiens entendent les sifflets à ultrasons, mais les autres, non.
Exemple: dans les années 60, en réaction au mouvement pour les droits civiques, des hommes politiques comme Barry Goldwater (candidat républicain en 1964) parlent de la montée du crime, de l'insécurité, etc. Ils faisaient en fait référence aux Afro-Américains, implicitement jugés responsables, et s'adressaient aux électeurs blancs (Goldwater appelait les manifestants noirs des "mobs in the streets", des foules en colère / dangereuses). Ce genre de discours était surtout employé dans le nord des Etats-Unis, dans les villes industrielles. C'est comme ça que le terme "inner city" (qui veut littéralement dire "centre ville") en est venu à gagner des connotations de crime, délabrement urbain, pauvreté, associés à la population noire qui y vivait, pouvant moins se permettre de déménager dans les suburbs, les banlieues résidentielles. Maintenant, aux US, l'adjectif "urban" fait explicitement référence à la population noire des grandes villes, et peut être utilisé pour qualifier un style vestimentaire, musical, etc.
Dans le Sud, Goldwater a repris la rhétorique du "droit des Etats" (les Etats devraient disposer de plus de pouvoir par rapport au gouvernement fédéral), la même qui avait été utilisée avant, pendant et après la guerre de Sécession pour justifier la rébellion des Etats du Sud (droits des Etats voulait dire "avoir le droit de maintenir l'institution de l'esclavage"), avec beaucoup de succès.
Après Goldwater, le parti républicain s'est petit à petit réorienté et a cultivé de genre de discours. En apparence, rien de choquant, mais un électorat de droite / ségrégationniste s'y est retrouvé, et le centre de gravité politique du parti n'a eu de cesse d'évoluer vers la droite. Une sorte de cercle vicieux, où les discours de campagne contribuent à l'évolution de l'électorat puis s'y adaptent.
(Un autre exemple, avec la montée de la droite religieuse, c'est la défense de la "liberté religieuse", pour permettre à des commerçants ou des employeurs de discriminer des clients / employés LGBT+. Il y a aussi les restrictions au droit à l'avortement, qui souvent ne sont pas formulées comme "il faut interdire l'avortement" mais "il faut imposer de nouvelles restrictions aux cliniques, quitte à en faire fermer la majorité, pour s'assurer que la santé des femmes n'est pas mise en danger").
Arrive Trump. On peut arguer que c'est le fruit d'une évolution qui remonte aux années 60. C'est le premier qui, parce qu'il n'est pas un homme politique / n'a pas l'habitude d'évoluer dans les cercles conservateurs, met en PLEIN les pieds dans le plat et dit tout haut, EXPLICITEMENT, ce qui était resté implicite jusque-là. C'est aussi pour ça qu'il plaît autant à une partie de l'électorat, parce qu'il "tells it like it is", il dit ce qu'il pense, il dit les choses comme elles sont, sans se cacher derrière des arguments "acceptables" ou "politiquement corrects".
Donc, oui, le racisme n'est pas juste une figure de style du discours de Trump. C'est une part intégrante de l'évolution du parti.
Pour ce qui est des communautés ouvrières blanches défavorisées. Pour faire court, il y a une grande part de rancoeur envers les élites (les Démocrates, les gens qui habitent dans les grandes villes, qui ont un mode de vie cosmopolite...) qui sont accusées de privilégier les minorités au détriment des blancs ruraux (et là on se rappelle que dans l'imaginaire social américains les minorités sont liées aux grandes villes).
Voilà un article très intéressant (en anglais malheureusement) qui raconte l'expérience d'une sociologue progressiste qui a étudié la population rurale de la Louisiane, "Trump country": http://www.vox.com/2016/9/6/12803636/arlie-hochschild-strangers-land-louisiana-trump
Le récit auquel croient profondément *certains* électeurs de Trump, c'est celui de gens travailleurs et dévots (eux) qui font de leur mieux pour vivre le rêve américain, mais qui s'en sentent dépossédés par les minorités (les noirs, les hispaniques, les femmes, etc). Ils blâment leur situation économique directement sur cette partie de la population et se sentent lésés. Donc, oui, le racisme, la xénophobie, l'homophobie ont un lien direct, puisque c'est le ressort principal de leur vision du monde. Parce que le problème, c'est que l'économie n'est pas un jeu à somme nulle (les uns perdent DONC les autres gagnent forcément et inversement).
Des décennies de politiques discriminatoires envers une partie de la population + l'héritage de l'esclavage ont encouragé les Américains blancs à penser que mettre en place des mesures pour en aider certains, c'est discriminer les autres. Dans les années 50, l'époque bénie à laquelle Trump a promis de ramener le pays, la ségrégation favorisait les blancs au détriment des noirs. Les Américains blancs ont peur, maintenant, d'être victime d'un système inégalitaire inversé, et ils veulent rétablir leur position dominante.
TL;DR: d'où le lien entre populisme, rejet des élites, et racisme. Les élites à Washington sont vues comme déconnectées des Américains ouvriers / ruraux, qu'ils délaissent en faveur des minorités qu'ils vont favoriser. Ces électeurs de Trump se sentent marginalisés et abandonnés, parce que l'attention du gouvernement serait retenue ailleurs...
(désolée pour la longueur du post :S)
Ca fait un moment que le parti républicain utilise les "dog whistle politics" (discours du sifflet à ultrasons, désolée pour la traduction nulle ^^'), c'est-à-dire une rhétorique à plusieurs niveaux qui s'adresse à un groupe en particulier, et qui permet d'exprimer de manière apparemment non-répréhensible des idées qui le sont beaucoup plus... Les électeurs visés comprennent, comme les chiens entendent les sifflets à ultrasons, mais les autres, non.
Exemple: dans les années 60, en réaction au mouvement pour les droits civiques, des hommes politiques comme Barry Goldwater (candidat républicain en 1964) parlent de la montée du crime, de l'insécurité, etc. Ils faisaient en fait référence aux Afro-Américains, implicitement jugés responsables, et s'adressaient aux électeurs blancs (Goldwater appelait les manifestants noirs des "mobs in the streets", des foules en colère / dangereuses). Ce genre de discours était surtout employé dans le nord des Etats-Unis, dans les villes industrielles. C'est comme ça que le terme "inner city" (qui veut littéralement dire "centre ville") en est venu à gagner des connotations de crime, délabrement urbain, pauvreté, associés à la population noire qui y vivait, pouvant moins se permettre de déménager dans les suburbs, les banlieues résidentielles. Maintenant, aux US, l'adjectif "urban" fait explicitement référence à la population noire des grandes villes, et peut être utilisé pour qualifier un style vestimentaire, musical, etc.
Dans le Sud, Goldwater a repris la rhétorique du "droit des Etats" (les Etats devraient disposer de plus de pouvoir par rapport au gouvernement fédéral), la même qui avait été utilisée avant, pendant et après la guerre de Sécession pour justifier la rébellion des Etats du Sud (droits des Etats voulait dire "avoir le droit de maintenir l'institution de l'esclavage"), avec beaucoup de succès.
Après Goldwater, le parti républicain s'est petit à petit réorienté et a cultivé de genre de discours. En apparence, rien de choquant, mais un électorat de droite / ségrégationniste s'y est retrouvé, et le centre de gravité politique du parti n'a eu de cesse d'évoluer vers la droite. Une sorte de cercle vicieux, où les discours de campagne contribuent à l'évolution de l'électorat puis s'y adaptent.
(Un autre exemple, avec la montée de la droite religieuse, c'est la défense de la "liberté religieuse", pour permettre à des commerçants ou des employeurs de discriminer des clients / employés LGBT+. Il y a aussi les restrictions au droit à l'avortement, qui souvent ne sont pas formulées comme "il faut interdire l'avortement" mais "il faut imposer de nouvelles restrictions aux cliniques, quitte à en faire fermer la majorité, pour s'assurer que la santé des femmes n'est pas mise en danger").
Arrive Trump. On peut arguer que c'est le fruit d'une évolution qui remonte aux années 60. C'est le premier qui, parce qu'il n'est pas un homme politique / n'a pas l'habitude d'évoluer dans les cercles conservateurs, met en PLEIN les pieds dans le plat et dit tout haut, EXPLICITEMENT, ce qui était resté implicite jusque-là. C'est aussi pour ça qu'il plaît autant à une partie de l'électorat, parce qu'il "tells it like it is", il dit ce qu'il pense, il dit les choses comme elles sont, sans se cacher derrière des arguments "acceptables" ou "politiquement corrects".
Donc, oui, le racisme n'est pas juste une figure de style du discours de Trump. C'est une part intégrante de l'évolution du parti.
Pour ce qui est des communautés ouvrières blanches défavorisées. Pour faire court, il y a une grande part de rancoeur envers les élites (les Démocrates, les gens qui habitent dans les grandes villes, qui ont un mode de vie cosmopolite...) qui sont accusées de privilégier les minorités au détriment des blancs ruraux (et là on se rappelle que dans l'imaginaire social américains les minorités sont liées aux grandes villes).
Voilà un article très intéressant (en anglais malheureusement) qui raconte l'expérience d'une sociologue progressiste qui a étudié la population rurale de la Louisiane, "Trump country": http://www.vox.com/2016/9/6/12803636/arlie-hochschild-strangers-land-louisiana-trump
Le récit auquel croient profondément *certains* électeurs de Trump, c'est celui de gens travailleurs et dévots (eux) qui font de leur mieux pour vivre le rêve américain, mais qui s'en sentent dépossédés par les minorités (les noirs, les hispaniques, les femmes, etc). Ils blâment leur situation économique directement sur cette partie de la population et se sentent lésés. Donc, oui, le racisme, la xénophobie, l'homophobie ont un lien direct, puisque c'est le ressort principal de leur vision du monde. Parce que le problème, c'est que l'économie n'est pas un jeu à somme nulle (les uns perdent DONC les autres gagnent forcément et inversement).
Des décennies de politiques discriminatoires envers une partie de la population + l'héritage de l'esclavage ont encouragé les Américains blancs à penser que mettre en place des mesures pour en aider certains, c'est discriminer les autres. Dans les années 50, l'époque bénie à laquelle Trump a promis de ramener le pays, la ségrégation favorisait les blancs au détriment des noirs. Les Américains blancs ont peur, maintenant, d'être victime d'un système inégalitaire inversé, et ils veulent rétablir leur position dominante.
TL;DR: d'où le lien entre populisme, rejet des élites, et racisme. Les élites à Washington sont vues comme déconnectées des Américains ouvriers / ruraux, qu'ils délaissent en faveur des minorités qu'ils vont favoriser. Ces électeurs de Trump se sentent marginalisés et abandonnés, parce que l'attention du gouvernement serait retenue ailleurs...
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(désolée pour la longueur du post :S)
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et j'ai compris que tu disais que c'était à nous de détruire ce racisme systémique [si je ne résume pas trop mal tes propos