La sorcière et le loup.
Une jeune sorcière, triste dans son esprit
pleurait, loin des regards, presque toutes les nuits :
elle ne s'aimait pas.
Un jour qu'elle brassait une potion lui vint
une idée pouvant transformer son quotidien.
Grâce à la magie, elle pourrait changer !
Allant dans les bois pour penser à la question,
deux billes luisantes transpercèrent un buisson.
Un loup était là.
« Caches-toi idiot, les humains d'ici
te détestent fort et ne veulent qu'abréger ta vie! »
Mais l'animal n'eut pas l'air effrayé.
« Je ne me cache pas, pourquoi le ferais-je ? »
lui répondit-il, sans sortir de la neige.
Elle ne comprit pas.
Si le fauve voulait mourir, grand bien lui fasse,
se dit-elle, partant avant qu'il ne la pourchasse,
et retournant auprès des sorciers.
Ses souffrances et défauts, elle pouvait les cacher :
baguette en main, des sorts elle se mit à jeter,
et elle changea.
Ce qu'elle avait apprit à haïr dans son corps
et son âme, elle l'avait transformé en trésor,
ses cauchemars à présent oubliés.
C'est une autre personne que ses amis virent.
Noyée sous les compliments à son grand plaisir,
Enfin elle s'aima.
Elle se plut un moment dans ce nouvel idylle
mais un jour, ses pas la ramenèrent à la sylve.
A l’orée du bois le loup l'attendait.
« Encore toi ? » cria t-elle à la créature.
« Je te reconnais, jamais ta nature
ne s'effacera. »
La sorcière qui ne voulait plus ouïr un mot,
fuit, sa neuve apparence camouflant ses maux,
Mais elle savait que le loup disait vrai.
Voulait-elle d'un bonheur artificiel ?
Apprendre à s'aimer, n'est-ce pas essentiel ?
Elle ne savait pas.
Elle fut d'humeur maussade même dans ses songes
car l'amour des autres était un mensonge,
et le sien était tout aussi singé.
Des années plus tard, quand elle fut vieille et lasse,
elle brisa tous ses sorts, s'observa dans la glace,
et dehors marcha.
Nue de tout vêtement et de tout artifice,
elle se glissa dans la forêt libératrice,
et se mit à chercher le canidé.
« J'ai enfin compris. » clama-elle en le voyant.
Le vieux loup bien fourbu avait les yeux brillants
mais il lui parla :
« Il est l'heure de mourir et tu comprends enfin
que se changer pour se plaire ou plaire aux voisins
t'éloigne de ce que vraiment tu es.
Viens t'étendre sur mon flanc comme les dieux t'ont faite,
accepte toi, tu ne seras jamais parfaite.
Je t'en prie, viens là. »
La jeune fille devenue vieille colla sa peau
contre la fourrure du loup, et dit ces mots :
« L'humain toujours rejette la vérité,
il se pare de bijoux et de sorts par centaines
pourtant sa nature à qui il voue une haine,
l'attend dans les bois. »
La sorcière et le loup n’eurent pas de lendemain.
Êtres que l'humain pousse à détester, enfin
s’aimèrent comme ils avaient étés créés.