C'est vraiment intéressant comme topic

(et très (très (très)) animé aussi).
J'ai ressenti comme beaucoup d'entre vous une certaine forme de désespoir vis-à-vis de cet entretien :
"Du coup, si les hommes (plutôt cis et hétéro ici) ne se sentent ni pour partie responsable-acteur ou tout du moins bénéficiaire de ce système sexiste, ni concernés de près ou de loin, ni ne voient que le monde dans sa globalité (et pas juste individuellement) se porterait mieux avec l'égalité des genres... qu'est-ce qu'on fait ? Ca ne sert à rien ? Ca ne sert à rien de discuter si eux n'initient pas le mouvement ? Mais on fait quoi alors, on attend ? Faut mettre un pistolet sur la tempe des gens ? Mais on n'obtient pas un réel changement des mentalités si on fait ça, non ? Etc."
Du coup, je ne dirais pas que cet article est inutile (d'ailleurs, il s'agit d'une interview, pas d'un article débat où la journaliste chercherait à convaincre son interlocuteur), il est en fait assez révélateur (de façon assez crue) du pourquoi les choses prennent autant de temps à changer (je suis optimiste sur la nature humaine à long terme, on ne se refait pas ^_^').
Bref. C'est trop déprimant pour moi de rester sur ce constat. Que doit-on faire ? Et par "on", c'est tout le monde que j'entends.
Au début, comme certain-e-s Madz, le concept des Happy Men avait sur le papier l'air plutôt pas mal. Et puis après qu'il ait été détaillé qu'en fait il s'agissait plus de prendre uniquement les aspects valorisants et épanouissants du "soin du foyer", j'ai vite déchanté.
Ce qui me plaisait sur le principe c'était que cela semblait être un lieu au sein duquel les hommes* pouvaient discuter de leur rapport avec la masculinité et son implication dans les divers aspects de leur vie.
Mais donc, comme dit plus haut, cela semble plus tourner autour de l'acquisition d'un bien-être dans toutes les sphères de la vie, bien-être auquel les femmes* ont accès un "limité" et dont il n'est pas du tout (du tout) question apparemment.
(* ici j'entends au sein où la société sexiste ne distingue que 2 catégories et qu'elle est "toute chamboulée" par les non-binaires (bah oui aussi vous êtes des fou-fous à brouiller les lignes... (c'est ironique, cœur sur toutes les personnes non-binaires))
Je crois très sincèrement que l'égalité (et toutes les égalités de façon générale) ne pourront pas se faire sans les dominants (et bien évidemment par la lutte des opprimés en premier lieu) : que ce soit par une "perte de privilège" (privilèges = droits exclusifs), soit par l'acquisition par tout le monde de mêmes droits (qui perdent donc leur caractère exclusif) [soit on détruit la montagne, soit tout le monde monte sur la montagne]. Pour l'aspect "perte" ou "acquisition" ("réparation"), c'est une question de perspective : est-on en haut ou en bas de la montagne ?
A mes yeux plusieurs possibilités :
- On peut laisser le sujet de la masculinité traité uniquement par les hommes*, mais ça ne mènera pas à grand chose... Vu qu'ils risquent d'oublier qu'il n'y a pas qu'eux sur la Terre.
- On peut complètement diriger le débat en tant que féministes et/ou femmes, mais les hommes* risquent du coup de ne pas voir l'intérêt de s'y "intéresser" (un peu comme lorsqu'il y a "trop de femmes" dans un milieu et du coup ça devient un "truc de meuf" ou "au mieux" "pas sérieux" (cuisine, mode, sciences, médecine...)) et de se sentir (illégitimement) oppressés.
- On peut écouter les hommes parler de leur masculinité perso, écouter les femmes parler de leur féminité perso puis discuter ensemble, tous les partis (et pas que pour les binaires) de, je sais pas, redéfinir sa définition du genre et de sa réalité personnelle (on est tou-te-s plus que la somme de quelques caractéristiques que la société, dont chacun-e fait partie, édicte comme féminité ou masculinité). Après, est-ce que sur un magazine féministe c'est prêcher des convaincu-e-s ? Certainement. Est-ce qu'il faut empêcher cela ? On n'a rien à gagner à se braquer les un-e-s les autres (qu'on soit dans son bon droit ou pas), ça ne fait rien avancer. Créer un espace d'écoute sur un site féministe, puis un espace d'échange entre féministe, non pas pour comprendre chaque ressenti d'un homme sur sa virilité (on est 7 milliards, 48-49% d'hommes, ça va prendre du temps), mais pour comprendre les mécanismes généraux d'une partie de la population (des hommes misogynes (je ne crois pas qu'il y ait grand chose à comprendre chez ceux-là) aux hommes féministes et toutes les nuances entre), c'est plutôt une riche idée à mon avis.
La problématique de l'ouverture des un-e-s et des autres à la discussion, ça peut se retrouver à d'autres échelles et sur d'autres enjeux dans la vie : comment ouvrir le dialogue sur des sujets importants quand l'autre n'est pas "disposé" à discuter ? Ca me laisse songeuse.