lovelylexy;4776097 a dit :Pour Méduse et Minerve, les sociétés grecques et romaines étaient patriarcales, d'où le slut shaming et le victime blaming ( Méduse n'attire plus les hommes, mais elle est condamnée à la solitude et ne peut même plus voir ses sœurs). On a certe Atalante et Hyppolite qui sont changés tous les deux en lions pour avoir fait l'amour dans le temple d'Aphrodite, mais c'est juste pour avoir négligé les rites. Tyndare oublie les rites envers les déesses? Ce sont les femmes de sa famille ( Léda, Clytemnestre, Hélène, Iphigénie, Electre) qui sont violées ou tuées pour le punir. Dans la mythologie égyptienne ( issue d'une société plus égalitariste) les déesses comme Isis ou Bastet s'en prennent au contraire directement aux hommes, dieux ou mortels. Pareil pour les Celtes.
Je pense qu'il faut faire attention à ne pas lire les textes antiques avec nos références à nous, comment on perçoit le patriarcat et ce qu'on croit savoir du passé. Surtout que tu compares le sort des mortelles grecques à celui des déesses égyptiennes alors qu'elles ne sont pas dans la même situation de pouvoir.
@Milord cite un passage qui mentionne explicitement le "viol" mais c'est déjà la grille de lecture du traducteur qui s'impose ici : le mot "viol" est une traduction que l'on va comprendre selon notre perception du viol qui, comme vous le savez puisque toutes les sociétés n'ont pas le même rapport au viol, est très différente d'autres perceptions du viols dans d'autres sociétés.
Par exemple, en latin, pour dire "viol" on peut choisir un mot qui signifie "force", un mot qui peut être traduit par "déshonneur" et les Anglais traduisent parfois aussi le mot "enlèvement de femmes" par "viol" car il a la même origine sémantique que leur "rape" (et que notre "rapt").
Cela ne signifie pas que ce qui arrive à ces femmes ne sont pas des viols selon notre définition moderne... mais cela signifie que nous avons déjà des mots et donc des filtres pour interpréter le monde autour de nous qui sont différents de ceux qu'utilisaient les Anciens.
A partir de là, notre perception de leurs textes est forcément biaisée : ils disent quelque chose et nous, avec nos références et nos mots, on comprend quelque chose d'un peu différent de ce qu'ils veulent exprimer. Il faut donc essayer de comprendre leur fonctionnement avant de l'analyser avec nos valeurs.
Les femmes dans la mythologie grecque et romaine sont souvent victimes de la sexualité des Dieux... mais les auteurs nous les présentent rarement sous l'angle du slut-shaming, au contraire! Ce sont souvent des femmes vertueuses, persécutées par leurs pères ou captives de guerre : elles n'ont pas franchement le profil de la "mauvaise" victime et c'est très probablement parce qu'on est censés ressentir de la compassion pour elles. Il n'est pas particulièrement question pour l'auditeur de les rejeter suite à leur viol même si certains personnages du récit le font.
Même Hélène de Sparte que les gens des siècles modernes ont présenté comme la grosse salope qui déclenche une guerre en trompant son mari est décrite de manière beaucoup plus tragique dans l'Iliade, le premier texte qui parle d'elle. On la voit luttant contre les manipulations d'Aphrodite, essayant de résister à ses manoeuvres (la déesse a donné Hélène, déjà mariée, à Pâris pour le récompenser), culpabilisant du malheur qui est causé en son nom, méprisant l'insouciant Pâris (qui est présenté comme lâche et beaucoup plus durement jugé qu'Hélène alors que les siècles suivants on mis le focus sur elle plutôt que sur lui), admirant l'héroïque Hector (pour qui l'audience du poème est amené à ressentir beaucoup de compassion et de sentiments positifs)... Elle répète plusieurs fois qu'elle aurait aimé mourir plutôt que de causer la guerre et quand Hector meurt, elle raconte qu'il l'a toujours défendue quand elle était persécutée par d'autres Troyens.
Si on pense depuis qu'Hélène est le symbole du vice féminin, c'est parce qu'on a analysé son action à la lumière de valeurs bien postérieures, notamment au 19e siècle. Dans l'Iliade, il n'y a aucun slut-shaming de l'auteur sur elle même si elle l'a visiblement vécu par d'autres personnages.
Dans les époques postérieures comme à la période grecque classique, il y a aussi un thème littéraire très récurrent : c'est l'impossibilité d'échapper aux Dieux et au destin, l'impuissance des mortels. Les femmes violées par les Dieux sont aussi des figures de cette impuissance : elles n'ont pas le choix et elles doivent affronter les conséquences des malheurs qu'on leur inflige. Il ne s'agit probablement pas de montrer qu'une victime de viol doit payer sa honte mais plutôt que les mortels sont les marionnettes des Dieux et qu'ils payent pour la volonté toute-puissante et souvent excessive des divinités (tous les héros de la mythologie sont ballotés selon le bon vouloir des Dieux et n'ont aucune emprise sur les événements, depuis la Guerre de Troie).
Les déesses grecques ont aussi leur pouvoir sur les hommes : elles ne se privent pas de leur imposer leur volonté non plus. Aphrodite est même jugée par certains chercheurs comme une déesse extrêmement puissante, héritière des déesses primitives.
Il y a des mortels hommes comme Adonis qui sont aussi victimes des désirs des Déesses : le jeune homme est si beau qu'Aphrodite l'enlève puis Perséphone le garde captif et Zeus décide de "l'attribuer" aux deux déesses chacune son tour pour calmer leur dispute sur qui mérite Adonis, avec une seule année sur 3 où le jeune homme a le droit de vivre seul.
Certaines versions disent qu'Apollon le choisit aussi comme amant et d'autres qu'Apollon ou Arès, jaloux de cet intérêt qu'il suscite, le tuent.
Et il y a d'autres mortels qu'Aphrodite a "aimé" en leur mentant, en les manipulant par sa magie ou en les enlevant.
Est-ce que j'essaye de nier le patriarcat grec? Non, pas du tout
Par contre, je pense que ce n'est pas une bonne chose de laisser entendre que les expressions de ce patriarcat sont les mêmes que les nôtres avec des concepts comme le slut-shaming parce que ça laisse croire que la manière dont on traite les femmes aujourd'hui a quelque chose d'éternel, d'immémoriel, de presque "naturel" et "impossible à complètement réformer" tant c'est ancré.Réaliser que la situation des femmes aujourd'hui est totalement liée à notre société actuelle est nécessaire pour le changement

Dernière édition :
CrrrEEEEEPYYYYYY ! Peut-être que le personnage était déjà comme ça dans le bouquin et que je ne m'en suis pas bien rendu compte, mais au final la bande-annonce n'a rien de fabuleusement féministe, hein. C'est juste pas ouvertement sexiste (complètement hétéronormé, mais on va dire que c'est comme le fait qu'ils soient tous bancs, hein, c'est le hasard), mais bon, c'est surtout la fille très jolie que le mec trouve jolie et décide de lui dire direct (parce que ça non plus ça ne risque pas de la mettre mal à l'aise, hein), lui demande son histoire, elle commence à parler et bim il l'interrompt "non, ta VRAIE histoire", ben je sais pas, laisse-la parler, peut-être quand même, et puis ensuite il lui apprend à accepter de vivre et à aimer, et hmmmpffffffffff.
quoi



