Petite réflexion en vrac pour la discussion entre @Chasc et @harey :
Le système n'est que la somme des volontés individuelles. Il serait quand même bon de le rappeler.
Si nous vivons dans un système sexiste qui produit des individus sexistes, c'est qu'initialement les gens ont en majorité créé, assimilé, validés et reproduits des comportement sexistes.
Les deux sont connectés et s’interpénètrent.
Les déconnecter revient à sabrer une partie de l'analyse.
Par exemple, lors d'une affaire de viol, les médias axent volontiers le sujet sur le fait que ce crime soit l'oeuvre d'un désaxé, d'un individu , déconnecté du système. Système, qui lui bien sûr n'aurait rien à voir là-dedans...
Or c'est faux, refuser de relier cet individu à son système c'est refuser de voir la globalité du problème... sans compter que cela évite généralement une réflexion systémique sur les violences contre les femmes.
L'inverse est également visible dans les médias quand le criminel est un non-blanc, là on ne parle plus d'individus mais que de système, avec le fameux "problème de l'immigration", la faute n'incombe plus à des individus isolé mais à un problème général qu'il faudrait sabrer.
Dans l'un ou l'autre cas, une seule des visions est adoptée par les journalistes, le système OU l'individus, chacune des hypothèses excluant l'autre.
Or c'est faux pas logique, c'est un tort, c'est un défaut d'analyse...
je dirais même plus que vu la propension quasi automatique de ce genre de récit journalistique, nous entrons dans une narration systémique dominante, et en effet ce sont des récits qui avantage la pensée dominante à la fois sexiste et raciste.
Inversement, accepter de dire que nous vivons dans un modèle patriarcal sexiste mais ne pas accepter que *tous* les individus en sont imprégnés et le sont à +- un large degré n'est pas possible non plus.
Cela revient à rejeter la faute sur le système et à dédouaner et innocenter, les individus de leur responsabilité personnelle dans la mise en place et le maintien du système.
Si le système est sexiste, les individus sont sexistes. A +- divers degré, en effet, mais ils sont sexistes.
Il faut un travail sur soi pour se défaire des injonctions qui nous sont adressées, hommes ou femmes, pour parvenir à se débarrasser des idées sexistes qui nous habitent.
La phrase "Check your privileges" vient également de là, regardent comment toi individu tu es inscrit dans un système, regardes comment tu as intégré les codes dominants opppressifs, regarde comment tu les as exercés, et arrêtes ça.
La prise de conscience est effectivement plus vive quand tu es une femme/non-blanc/queer/lgbt... car tu subis des oppressions, mais tu peux très bien être dominant d'un coté et opprimé de l'autre
Etre sensible à *une* forme d'oppression ne te fait pas forcément prendre conscience de *toutes* les oppressions imaginables, même si par empathie il te sera "plus facile" d'avoir de l'empathie avec le discours d'une autre victime d'une autre forme d'oppression. Cela est en théorie plus facile, mais les mécanismes de défense restent les mêmes :
Personne n'a envie d'être une mauvaise personne.
Personne n'a envie de *réellement* opprimer les gens.
Pourtant ils le font , en permanence, tout le temps.
Par le silence, l'indifférence, l'ignorance, l'inaction, par l'adhésion, par la reproduction, par la transmission, l'éducation...
Le patriarcat n'est pas un fantôme issu de notre imagination, nous , en tant qu'individus, nous le créons tous les jours et nous le maintenons tous les jours par nos comportements.
Et si c'est les individus qui le créent, c'est aux individus de le détruire.