La situation actuelle m'interloque, de même que la question "que vas-tu faire au second tour de la présidentielle" (qui s'adresse principalement aux gens qui ne voteront pas Le Pen, soyons clairs). Au delà de la cristallisation de l'intérêt pour la vie politique sur un évènement qui se produit tous les 5 ans, on assiste maintenant à une deuxième cristallisation, sur le second tour de l'élection.
Avec cette question au final, il y a un rendez-vous, une bataille à venir, un Grand Choix.
Comme si la catastrophe n'avait pas déjà eu lieu le 23. Comme si elle n'était pas déjà là le 22, le 21, le 20, etc.
Comme si le mandat Hollande n'avait été la prolongation du mandat Sarkozy, spirale rose pastel autour d'une radicalisation raciste de l'opinion publique et de ce qu'il est maintenant politiquement correct de dire, d'un bout à l'autre de l'échiquier politique, ce qu'il est possible d'assumer au 20h, sur toutes les chaînes, toutes les radios.
Alors évidemment, Macron n'est pas Le Pen, mathématiquement ce n'est pas la même chose. Mais il n'empêche que politiquement tous deux me semblent porter les intérêts du patriarcat blanc, capitaliste. L'une en avançant à visage découvert, ciblant clairement les migrants, immigré-e-s et assimilé-e-s, l'autre en proposant une startup-nation qui ne fera qu'amplifier la fragilisation des personnes les plus pauvres, précaires, précarisées. Faut-il rappeler comment l'uberisation de la société a pour effet de produire
une main d'oeuvre maléable, à très bas prix, licenciable et corveable à merci ? En faisant miroiter, notamment à des personnes victimes de discrimination à l'embauche, à des personnes issues de classes paupérisées, victimes de chômage, un succès professionnel hors du salariat ? Et faut-il par ailleurs rappeler que Macron a récemment démontré qu'il avait plus de sympathie pour les anciens colons que pour les victimes des tortures et des exactions coloniales en Algérie ?
Alors évidemment à nouveau, Macron n'est pas Le Pen, et il me paraît important de voir comment le succès d'un Trump a libéré les paroles et les actes racistes, et aussi comment
il est de la responsabilité des Blanc-he-s de ce pays de lutter contre cette libération, contre leurs privilèges,
contre la suprémacie blanche. Mais il me paraît aussi incongru de s'étonner de ces résultats, ou plutôt de les isoler du contexte de violence sociale qui constitue le quotidien de beaucoup d'habitant-e-s de ce pays.
On appelle à construire un barrage républicain le 30 mai prochain.
Mais tous les castors vous le diront : un barrage, ça se construit pas en une semaine. C'est un travail au long cours, un travail de terrain, un travail d'endurance. Un barrage ça n'est pas un bulletin de 140cm², ni 100, ni même 50 millions.
ps: deux trucs que j'ai vu/lu récemment :
- Julien Salingue - Extrême-droite vs candidat des banques : la catastrophe n’est pas imminente, elle est déjà là -
https://m.facebook.com/notes/julien...nest-pas-imminente-elle-es/10155249368944680/
- Osons Causer - Le Conseil Constitutionnel