"Je n'ai aucune légitimité à parler de racisme", j'ai horreur de ce genre de phrase. N'importe qui peut participer au débat, c'est juste que les gens blancs n'auront pas la possibilité d'imaginer la vie de la personne racisée c'est très différent.
J'avoue que le mea culpa avant de parler parce que la participante serait blanche me gêne énormément. Elles ne devraient pas avoir honte d'avoir cette curiosité, voire ce militantisme. Et se fustiger parce qu'on est blanc est aussi vide de sens que de s'en vouloir d'être noire. Vous n'avez pas choisi, ni moi d'ailleurs. Ce qui compte, c'est de réfléchir au pouvoir qu'apporte votre couleur, pas de vous définir immédiatement en bourreau. Zut quoi.
*soupir*
- Un(e) racisé(e) a plus de légitimité qu'un(e) blanche à parler de racisme, parce qu'elle le vit.
- Une femme a plus de légitimité qu'un homme à parler de sexisme, parce qu'elle le vit.
- Un(e) homosexuel(le) a plus de légitimité qu'un(e) hétérosexuel(le) à parler d'homophobie, parce qu'elle le vit.
- Un(e) transgenre a plus de légitimité qu'un(e) cisgenre à parler de transphobie, parce qu'elle le vit.
C'est un principe simple. Et c'est déclinable à souhait.
Les personnes concernées ont plus de légitimité à parler que les autres sur un sujet parce qu'elles le vivent, et connaissent mieux.
Ca ne veut pas dire que les autres n'ont pas le droit d'en parler, juste qu'elles s'y connaissent moins parce qu'elles ne le vivent pas. Donc il est logique qu'elles en parlent moins et écoutent. Tout le monde a le droit de parler de racisme, il y a au moins 15 approches différentes, mais il faut toujours veiller à être respectueux/bienveillants envers les personnes concernées en premier lieu.
Il n'y a pas de honte à avoir, ou de sentiment de culpabilité, quand par exemple une blanche s'intéresse au racisme, il faut juste pas confisquer la parole aux noirs/racisés, et ne pas jouer le "white savior" qui va libérer les racisés à leur place. "Ne me libère pas, je m'en charge" c'est un peu le credo. Le problème c'est que ça arrive trop souvent..
Il a été prouvé que dans les groupes militants mixtes féministes comme antiracistes, les hommes prennent plus la parole que les femmes, les blancs prennent plus la parole que les racisés. Pourquoi? Par habitude. Parce qu'ils l'ont toujours eu. Alors qu'on cherche justement à donner une tribune à ceux qui n'en ont pas d'habitude (racisés/femmes/..).
D'où l'intérêt de la non-mixité pour pouvoir parler sans être interrompu(e).
On ne confisque pas la parole et le ressenti de personnes qui ont du mal à l'avoir dans notre société raciste/sexiste/homophobe/transphobe. On prend une leçon d'humilité et on écoute.
Je comprends pas ce qu'il y a de dur à admettre.