Veille Permanente Sexisme

26 Septembre 2012
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@MorganeGirly j'ajouterai juste que la sécurité des personnes juives aux USA est pas si certaine que ça. Sous l'actuelle administration le néo nazisme est toléré et plusieurs figures médiatiques ont appelé à " nettoyer" leur état des Juifs ( par le harcèlement mais quand meme). Il y a surtout une double haine car très souvent les personnes juives ont des convictions "liberales", donc plutôt démocrates voire plus à gauche; donc on les voit comme des libtard voulant détruire le pays et les religions protestantes.
 
23 Décembre 2012
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@MorganeGirly j'ajouterai juste que la sécurité des personnes juives aux USA est pas si certaine que ça. Sous l'actuelle administration le néo nazisme est toléré et plusieurs figures médiatiques ont appelé à " nettoyer" leur état des Juifs ( par le harcèlement mais quand meme). Il y a surtout une double haine car très souvent les personnes juives ont des convictions "liberales", donc plutôt démocrates voire plus à gauche; donc on les voit comme des libtard voulant détruire le pays et les religions protestantes.
Ce que je voulais dire c'est que je n'ai pas l'impression qu'il s'agisse de racisme d'Etat. C'est à dire que les juifs américains ne sont pas complètement en "sécurité", mais ils ne sont pas non plus ciblés par la Police, l'administration, etc., ils ne sont pas exclus des positions de pouvoir et ils bénéficient d'une assez bonne représentation dans les médias et le divertissement, ainsi que d'un poids politique important contrairement à d'autres minorités (par exemple, Trump tolère les néo-nazis mais en même temps, il drague le gouvernement israélien et la droite juive américaine, a une fille convertie au judaïsme et un beau-fils juif, tous deux ayant un rôle majeur dans l'administration). Mais ça ne veut pas dire pour autant qu'ils sont protégés par l'Etat, simplement que pour le moment, la discrimination n'est pas vraiment institutionnelle.
Après, j'ai peut-être une vision imparfaite des choses, mais je ne pense pas que la discrimination institutionnelle soit un problème actuel en ce qui concerne la communauté juive américaine.
 
13 Janvier 2011
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Sur un versant plus "léger" concernant les femmes cinéastes, j'ai beaucoup vu sur Twitter de reprises agressives de "top 10 films de la décennie 2010-2019" en mode "et pas de femmes dedans!?!?!" avec d'énormes sous-entendus comme quoi c'est sexiste bla bla.
Sauf que... Il y a 4-5% de femmes réalisatrices si je ne m'abuse. Donc dans un top DIX bah... (ça serait différé si c'était un top 10 des films français, vu que là (cocorico) on compte environ 20% de femmes à la réalisation... et même, des statistiques aussi peu hautes laissent tout à fait la place à ses 10 films préférés réalisés uniquement par des hommes).

C'est d'autant plus "drôle" comme type de réactions outrées que quand en réponse certain.e.s demandent quels sont du coup les 10 films préférés de la décennie ces personnes, je n'ai pas vu de réponses...
Or ce serait intéressant à lire, perso si je devais faire mon top 10 je ne suis pas sûre qu'il y aurait ne serait-ce qu'un seul film d'une femme réalisatrice dans le lot :hesite:
 

Horion

Transmasc nbi il/lui - pas de citation !
18 Janvier 2016
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J'ai l'impression que l'appel au boycott et aussi la critique inter-militant est de plus en plus présente. Alors parfois elle est légitime comme les critiques contre le mouvement TERF récemment avec Paquerette Stern. Mais parfois aussi ça va trop loin. J'y vois une sorte d'envie d'être légitime dans le mouvement, en se montrant superieur à d'autres sans le vouloir, mais ça gangrene aussi beaucoup les milieux militants. Au lieu de mettre tant d'efforts à se tirer dans les pattes, c'est des efforts en moins contre le patriarcat, ce qui ravies les mascus d'ailleurs.
Un autre point qui me dérange également c'est cette proportion à comparer des femmes (au sens large, incluant toute personne s'assimilant à femme) à des mascus. Je ne nie pas que certaines sont oppressives envers d'autres minorités et que c'est pas tolérables, mais ça reste des femmes qui se sont perdues, ça ne nie pas les oppressions qu'elles vivent au quotidien de par leurs genres. Après je comprends que quand on est attaqué en tant que minorité, on est envie de répliquer, j'aurais fait pareil. Mais comparer aux mascus c'est nier un peu leurs vécus quand même en tant que femme (oui tu peux être une conasse mais ça n'empêche pas que tu seras plus touchées par les violences conjugales, sexuelles, le harcèlement tous le reste de ta vie).

Je ne sais pas si mon message est dans le lieux adéquates mais il répond aux derniers messages qui parlent des critiques envers Nathalie Portman.

Quel mécanisme derrière toutes ces critiques ?
 
23 Décembre 2012
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Ah ben sur la robe de Nathalie Portman, voilà qu'elle est carrément considérée comme "offensante" par Rose McGowan...
Le cas de Rose McGowan me rend un peu triste à vrai dire et c'est un peu délicat à commenter, parce que clairement, c'est une femme qui a vécu des choses très dures et en a beaucoup souffert, mais en même temps, je ne suis pas fan de sa démarche.
C'est justement pour moi un des exemples des côtés "sombres" que peut avoir le militantisme sur nos vies en tant que militants. Elle-même a mis 20 ans à prendre la parole publiquement sur le viol dans elle a été victime (a priori, elle l'avait fait à son niveau à l'époque du viol, mais pas publiquement), et elle affirme que ça a ralenti sa carrière. Je ne comprends pas pourquoi maintenant, elle passe son temps à reprocher aux autres actrices de ne pas lever plus la voix et les bashe limite plus désormais par média interposé que les hommes de l'industrie en déclarant partout que ces femmes sont des hypocrites et qu'elle ne devrait pas s'exprimer. Elle devrait être l'une des premières à savoir à quel point c'est compliqué de parler et à quel point ça peut être difficile d'accepter une situation de discrimination/violence sexiste, à quel point ça peut prendre du temps d'exprimer les choses comme on le veut, et elle devrait aussi se douter que de nombreuses actrices ont sûrement vécu des choses similaires mais qu'elle ne le sait tout simplement pas (Nathalie Portman a raconté qu'elle avait tout fait pour se donner une image de fille coincée parce qu'elle a senti alors qu'elle n'était qu'une préado qu'elle était en danger sur les plateaux, parce qu'on la sexualisait en permanence alors qu'elle n'avait que 13 ans, que sa première lettre de fan reçu à cet âge c'était un homme adulte qui lui racontait son fantasme de viol, que ça a orienté une grande partie de ses choix de rôle et de son image dans les médias, je ne crois pas qu'elle ait besoin de faire des trucs hyper radicaux pour avoir le droit de se sentir concernée par la lutte contre le sexisme à Hollywood).
Rose McGowan est restée dans l'industrie et à même tourné pour un film Weinstein (même si Rodriguez, le réalisateur, un mec, vend le truc comme si c'était pour "venger Rose" de la caster dans un film financé par Weinstein alors que ce dernier la blacklistait, ce que je trouve perso bien plus hypocrite de la part de ce gars que la robe de Nathalie Portman, surtout qu'il a ensuite continué à tourner pour Weinstein après mais bref). J'aurais cru que McGowan serait l'une des mieux placées pour comprendre les paradoxes psychologiques dans lesquels se trouvent les autres actrices. Parce que là, Nathalie Portman, ce n'est même pas une de ses collègues qui a fermé les yeux quand elle est jeune et à qui elle en veut, c'est juste une meuf qui n'en fait pas assez à son goût, et je trouve ça dommage qu'elle s'en prenne à elle en disant que son attitude est une insulte et qu'elle est le problème.

En fait, je trouve que la colère est un moteur très précieux d'un point de vue militant, elle peut être hyper saine et nécessaire quand elle sert de moteur à l'action et qu'elle permet de briser le status quo, de secouer les esprits, de nous pousser à militer, lever la voix et réagir, de réaliser que nos limites sont dépassées, qu'on n'est pas obligé de tolérer ça, c'est un éveil. Mais le danger de la colère militante, c'est qu'on peut finir par s'identifier entièrement à elle et alors ce n'est plus vraiment constructif, juste une colère qui nous autodétruit et n'a rien de fertile, une colère sans laquelle on ne sait plus bien qui on est, on perd de vue ce qu'on cherche à atteindre vraiment.
Parfois aussi, c'est une façon de fuir nos propres traumas, ce qui n'est pas une critique, car on survit comme on peut, mais au bout d'un moment, s'enfermer dans sa colère parce que c'est trop dur de regarder en face la souffrance de ce que l'on vit au quotidien, ça peut nous faire beaucoup plus de mal que de bien.

Bref, brandir fièrement la colère contre tout et tout le monde, en toute circonstance, je trouve ça assez toxique et dangereux pour "la cause", et la culture cancel découle directement de cet aspect un peu toxique de la colère je trouve.

Sinon, voici une partie de la réponse de Portman (traduit et repris dans Le Figaro pour les non anglophones)

Je suis d’accord avec Mme McGowan, il est inexact de dire que je suis "courageuse" pour avoir porté une tenue avec des noms de femmes brodés dessus. "Courageuse" est un terme que j’associe bien plus aux actes des femmes qui ont témoigné contre Harvey Weinstein ces dernières semaines, et ce, alors que pesait sur elles une pression incroyable.

Ces dernières années ont vu fleurir des opportunités pour les réalisatrices grâce à l’effort collectif de beaucoup de gens, qui ont dénoncé le système en place. Des films incroyables en ont été la récompense. J’espère que ce qui ne se voulait qu’un simple geste de soutien envers elles n’en fera pas oublier leurs grandes réussites.

Durant ma longue carrière, j’ai seulement eu la chance de travailler une poignée de fois avec des femmes cinéastes - j’ai fait des courts-métrages, des publicités, des clips et des collaborations avec Marya Cohen, Mira Nair, Rebecca Zlotowski, Anna Rose Holmer, Sofia Coppola, Shirin Neshat et moi-même. Malheureusement, les films que j’ai essayé de faire et qui ne sont pas sortis sont tombés dans l’oubli.

Les films féminins rencontrent d'énormes barrières pour leurs financements ou leur distribution. Si leurs films finissent pas se faire, les femmes sont confrontées à d’énormes obstacles durant leur réalisation. J’ai plusieurs fois essayé de faire engager des réalisatrices pour des projets, mais elles en ont été chassées par leurs conditions de travail.»

Natalie Portman a ainsi blâmé les «barrières à tous les niveaux» qui empêchent les films réalisés par des femmes d’être «représentés dans les festivals». «Alors je veux pouvoir dire que j’ai essayé et que je continuerai d’essayer, a-t-elle affirmé. Si je n’ai pas encore réussi, je cultive l’espoir que nous entrions bientôt dans une nouvelle ère»


@MorganeGirly la conversation me fait réaliser que j'ai bien entendu parler de la fameuse cape, mais que je n'ai vu nul part la liste des réalisatrices listées dessus...
Oui, du coup, on passe plus de temps à vérifier si Portman est une vraie militante que de dénoncer le sexisme et promouvoir les femmes au final (surtout que les médias trouvent bien plus intéressant de raconter ce qu'ils voient comme un crêpage de chignons entre actrices et de remettre en cause la pertinence des actions d'une femme que de présenter le boulot de femmes réalisatrices).
Apparemment, voici quelques-uns des noms qui apparaissaient sur sa robe :
Lorene Scafaria (“Hustlers”), Lulu Wang (“The Farewell”), Greta Gerwig (“Little Women”), Marielle Heller (“A Beautiful Day in the Neighborhood”), Melina Matsoukas (“Queen & Slim”), Alma Har'el (“Honey Boy”), Céline Sciamma (“Portrait of a Lady on Fire”) et Mati Diop (“Atlantics”).
Si ce qu'elle dit dans sa réponse à McGowan est vrai, qu'elle a vraiment vu des projets de femmes échouer, je trouve personnellement que c'est une façon plutôt astucieuse d'utiliser l'un des outils les plus efficaces qu'elle a disposition en tant qu'actrice, l'importance que son corps et la manière dont elle est habillée prennent aux yeux des médias, pour attirer l'attention et faire la publicité d'autres femmes. Je trouve ça dommage qu'on se précipite pour critiquer son initiative au lieu de sauter sur l'occasion pour saluer ces femmes.
J'y vois une sorte d'envie d'être légitime dans le mouvement, en se montrant superieur à d'autres sans le vouloir, mais ça gangrene aussi beaucoup les milieux militants. Au lieu de mettre tant d'efforts à se tirer dans les pattes, c'est des efforts en moins contre le patriarcat, ce qui ravies les mascus d'ailleurs.
Oui c'est vrai que sur les réseaux sociaux, il y a un peu de ça. Les réseaux sociaux sont créés sur le principe de la popularité, et j'ai l'impression que c'est pas facile d'échapper à ce travers, même dans le domaine de la justice sociale. Si on utilise les réseaux pour une cause politique, il y a quand même bien cette tentation de vouloir plaire à la communauté dont on se sent proche, ce qui créé un cercle vicieux où tout le monde s'observe de manière pas très saine.
Le pire je trouve, et on voit quand même ça assez souvent sur les réseaux sociaux ce qui montre bien le côté un peu pervers du principe de "plaire au groupe", ce sont les gens pas concernés par une discrimination qui veulent prouver leur engagement aux militants de la cause en question et vont faire la morale de manière super agressive et violente à un public concerné par la discrimination mais pas engagé (par exemple, une féministe blanche qui va aller incendier une femme noire parce qu'elle n'est pas assez virulente contre le racisme, ou un hétéro qui va engueuler un mec homosexuel qui a dit "je suis pédé" en lui disant que c'est mal d'utiliser des termes homophobes).
 
Dernière édition :
20 Octobre 2017
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@MorganeGirly Par curiosité, pourquoi tu trouves que les discussions sous l'article sur la cancel culturel sont trop consensuelles ? :happy: Je n'ai pas trop eu cette impression moi.

Pour le reste, je suis d'accord, la cancel culture (enfin, la culture militante plutôt) est un vrai poison, et je trouve que ça délégitime beaucoup la lutte féministe dans le sens où parfois, on a l'impression que c'est moins le projet politique et la volonté de faire avancer les choses qui comptent que le fait de récolter des "likes" sur les réseaux sociaux et de renforcer sa propre identité, son propre sentiment d'appartenance. Enfin personnellement je trouve ça déplorable, voire détestable d'utiliser une lutte aussi importante pour nourrir son petit ego. Je trouve aussi très hypocrite le fait de mettre en exergue le concept de "sororité" pour ensuite aller se bouffer le nez entre nous, comme si combattre au sein de son propre camp était tout ce qui comptait, comme si c'était là l'endroit où il fallait dépenser de l'énergie. Pendant ce temps-là, c'est sûr que le patriarcat peut dormir tranquille :rolleyes:

Et cette injonction militante à penser dans un cadre prédéfini, en ignorant que chaque femme a des origines, un milieu, une éducation, des expériences différentes, et que c'est donc IMPOSSIBLE d'être d'accord sur tout. A la limite, si on ne supporte pas que d'autres aient des opinions ou des façons de faire différentes des nôtres, on peut tout simplement les ignorer, mais les critiquer pour ça ? Ca n'a aucun sens.

Puis c'est totalement illusoire de croire que la perfection existe, que les personnes qui se réclament du féminisme n'ont jamais fait de faux pas, on est tous/toutes né.es dans une société sexiste et le temps de la déconstruction peut être long, voire même durer toute une vie. J'ai déjà eu des pensées, des réflexions, des opinions sexistes, et j'en aurais sûrement encore, parce que c'est inévitable en fait. Mais c'est pas en se faisant attaquer de toute part, voire "boycotter" qu'on progresse, c'est certain.
Natalie Portman a fait beaucoup pour la cause (il me semble qu'elle est l'une des fondatrices de Time's up ?), même si c'est juste au travers de discours. Au moins, sa voix a une grande portée, et c'est tout à son honneur de parler : elle pourrait aussi ne rien dire et continuer à profiter pépouze de ses privilèges.

Enfin, ce truc de "white feminist", je trouve ça vraiment puéril et stupide, c'est vraiment se monter les unes contre les autres, ça n'a aucun intérêt. C'est limite lancé comme une insulte maintenant, mais qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'on doit fermer sa gueule quand on a des privilèges ? Qu'on ne sert à rien dans le combat féministe quand on est blanche et bourgeoise ? (d'ailleurs, on peut aussi être blanche et précaire, donc bon :nerd:) Evidemment que l'intersectionnalité a un intérêt, mais analyser les discriminations sous différents angles ça ne veut pas dire que seules les femmes les plus discriminées ont le droit de s'exprimer, les autres étant d'office considérées avec méfiance. Je trouve que c'est ridicule, en plus d'être une grande perte de temps.

On ferait mieux de se serrer les coudes, plutôt que de se tirer dans les pattes en permanence.
 
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@MorganeGirly Par curiosité, pourquoi tu trouves que les discussions sous l'article sur la cancel culturel sont trop consensuelles ? :happy: Je n'ai pas trop eu cette impression moi.
Je ne pourrais pas te dire exactement car je n'ai pas regardé le topic depuis mais l'impression que ça m'avait laissé en lisant c'était surtout "Oui c'est trop vrai cet article!" et je me suis dit que ça ne devait pas être très représentatif des avis sur le sujet étant donné que la cancel culture est très présente dans le militantisme intersectionnel, qui est très présent sur MadmoiZelle. Il y a plein de gens qui l'appliquent très sincèrement en pensant faire quelque chose de valide et pertinent d'un point de vue militant, donc ça me parait un peu déformé que 90% des posts soit contre.

Enfin, ce truc de "white feminist", je trouve ça vraiment puéril et stupide, c'est vraiment se monter les unes contre les autres, ça n'a aucun intérêt. C'est limite lancé comme une insulte maintenant, mais qu'est-ce que ça veut dire ? Qu'on doit fermer sa gueule quand on a des privilèges ? Qu'on ne sert à rien dans le combat féministe quand on est blanche et bourgeoise ? (d'ailleurs, on peut aussi être blanche et précaire, donc bon :nerd:) Evidemment que l'intersectionnalité a un intérêt, mais analyser les discriminations sous différents angles ça ne veut pas dire que seules les femmes les plus discriminées ont le droit de s'exprimer, les autres étant d'office considérées avec méfiance. Je trouve que c'est ridicule, en plus d'être une grande perte de temps.
Le concept de "white feminist" n'est pas absurde en lui-même selon moi. Ce n'est pas qu'on n'a pas le droit de parler quand on a des privilèges, mais que parfois les choses qu'on défend avec beaucoup de passion et de virulence peuvent être très nocives pour d'autres catégories, sans qu'on le réalise forcément.
Par exemple, si une femme défend le droit d'avoir accès aux gardes d'enfant jusqu'à 21h parce qu'elle est cadre sup et finit souvent le boulot à 20h/20h30, que le fait de ne pas avoir de garde d'enfants tard, ça la ralentit dans sa carrière, je comprends son point de vue, mais il faut aussi prendre en compte la personne qui va garder les enfants jusqu'à 21h. Il est fort possible que ce soit aussi une femme, plus pauvre, dans de nombreux cas racisée, et il faut donc s'assurer que ses droits de travailleuse ne sont pas affectés par les droits de travailleuse de la femme blanche bourgeoise. Par exemple, qui va garder les enfants de la nounou ou de l'employée de crèche entre 21h et 22h, pendant le trajet qu'elle va devoir faire pour rentrer chez elle après le boulot? Est-ce qu'elle aura aussi accès à des modes de garde? Est-ce qu'elle aura le temps de voir sa famille et de pratiquer des loisirs avec cette organisation du travail? Combien elle sera payée pour aider la cadre à faire son job?
Or, souvent, le "white feminism" a tendance à ne pas voir l'impact des revendications de femmes aisées sur les femmes plus pauvres. Ce n'est pas forcément de la mauvaise volonté ou de l'égoïsme pur, c'est très souvent que les féministes aisées n'ont pas l'expérience de ces femmes plus pauvres et ne réalisent donc pas toujours que leurs problèmes de féministes bourgeoises s'entrechoquent avec des problèmes de femmes moins riches.
C'est un exemple parmi d'autres, mais dans ce cas, la grille de lecture "white feminist" ne me parait pas absurde.
De même que lorsque des associations féministes vont faire des grands discours ou des grandes campagnes à coup de témoignages et de statistiques qui en fait s'appliquent essentiellement aux femmes blanches d'un certain niveau social, ça biaise les revendications et ça peut mettre sur le carreau les femmes racisées ou pauvres voire les invisibiliser totalement dans le combat parce que les féministes blanches parlent fort et croient avoir mis le doigt sur LA cause du siècle.
Et il y a vraiment certaines féministes qui refuse de revoir leur point de vue quand on leur montre la situation d'autres catégories de femmes parce que le problème dont elle parle leur tient à coeur ou que comme c'est leur quotidien à elles, elles croient vraiment que c'est le problème le plus important, et sont donc un peu autocentré. Typiquement, je trouve que beaucoup de "féministes institutionnelles" comme l'ex-Ministre des Femmes Laurence Rossignol ou même Marlène Schiappa maintenant ont cette tendance au "féminisme blanc" qui fait passer des causes qui tiennent en priorité compte des problématiques blanches et bourgeoises avant celles d'autres femmes.
Donc ce terme, je le trouve plutôt pertinent. Oui, il peut avoir un côté dérangeant pour la personne ciblée, mais après tout pourquoi pas. Si tu es une féministe blanche sincère dans ton engagement et que tu te fais traiter de white feminist, ça peut t'alerter sur la posture que tu as prise sans le vouloir, et tu vas ensuite plus réfléchir aux questions raciales et sociales dans ton militantisme.

Par contre, je trouve dérangeant que ce terme soit utilisé sans véritable but politique, simplement pour discréditer. Typiquement, traiter Nathalie Portman de white feminist dans ce cas précis, je ne vois AUCUNE pertinence. Sa robe faisait mention de femmes étrangères et de femmes racisées, donc elle n'était pas en train de les invisibiliser, et en dehors de ça, je ne vois pas en quoi elle faisait la promotion d'une cause qui profiterait aux femmes blanches et riches au détriment des femmes pauvres et racisées. Malheureusement, la réalisation d'un film nominable aux Oscars n'est pas vraiment une cause qui concerne les femmes les plus pauvres, mais ça ne leur nuit pas non plus à ma connaissance et on ne peut pas reprocher à Nathalie Portman de se saisir de ce sujet plutôt que d'un autre puisqu'elle est actrice, réalisatrice et productrice, donc elle parle pile poil de son secteur d'activité. Et si on traite l'engagement de Nathalie Portman de "white feminism" de manière générale, je me demande si ce terme s'applique vraiment à quelqu'un qui appartient à une catégorie exposée au racisme.
Donc la traiter d'hypocrite, pourquoi pas, mais de white feminist, je ne vois absolument pas le rapport avec son action aux Oscars, et pas trop avec sa personne, et ça démontre que ce terme est souvent utilisé dans un sens "bitchage" et pas dans un sens "dénonciation politique". Pourtant, il n'est pas sans pertinence et c'est donc regrettable qu'il soit parfois plus mis au service de la cancel culture qu'à celui de la progression des droits des femmes.
 
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@MorganeGirly Ah oui, je suis d'accord sur la teneur des commentaires, je m'étais fait la même réflexion. Mais j'imagine que les personnes qui se sont senties visées n'ont pas réagi à l'article, même si ça les a peut-être fait réfléchir :cretin:

Concernant le "white feminism", je suis d'accord sur les exemples que tu cites (la garde d''enfant quand on est une femme privilégiée, etc), mais je trouve quand même regrettable qu'on en vienne à utiliser cette expression pour tout et n'importe quoi (dès qu'on n'est pas d'accord avec une autre féministe, en gros). Pour le cas Natalie Portman, c'est juste grotesque.
Elle milite simplement pour l'égalité des femmes dans SA profession, c'est à dire ce qu'elle connaît le mieux et ce qui lui tient le plus à coeur. Ca me semble un peu logique qu'elle n'aille pas batailler pour la cause des femmes de ménage, par exemple. Ce n'est pas son sujet et de toute façon, si elle le faisait, on lui tomberait dessus parce qu'elle n'est pas "concernée".
Puis c'est tout de même très hypocrite de reprocher à une femme de défendre avant tout ses propres intérêts, sachant que c'est ce qu'on fait TOUTES (et c'est normal, chacune œuvre en fonction de ses sensibilités et expériences personnelles). Une femme précaire défendra les intérêts des femmes précaires, elle n'ira probablement pas lutter pour une meilleure représentativité des femmes dans les instances de direction par exemple, alors que c'est aussi important, et que c'est un aspect de la lutte féministe comme un autre. Et vice-versa. On ne peut pas être sur tous les fronts, c'est impossible.
Marlène Schiappa par exemple, ça ne me choque pas qu'elle défende avant tout son pré carré. Tout comme ça ne me choque pas, au contraire, qu'on milite pour un meilleur accès des femmes aux opportunités professionnelles, à l'entrepreneuriat, etc. Ca fait partie des multiples chemins par lesquels les femmes pourront accéder à l'égalité et ça n'empêche pas de vouloir défendre aussi les femmes plus précaires (enfin en tout cas, je ne vois pas en quoi c'est incompatible).

Donc bon, à la rigueur pourquoi pas utiliser ce terme quand c'est vraiment vraiment nécessaire, mais qu'il soit balancé à n'importe quel moment, dans n'importe quel contexte, juste pour exprimer un désaccord ou une opposition de principe, parce que ça fait soi-disant "cool", je trouve ça pathétique. C'est vraiment se tirer dans les pattes pour rien, et ça ne fait aucunement avancer la cause (mais bon, je me répète un peu :nerd:)
 
13 Janvier 2011
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Je ne pourrais pas te dire exactement car je n'ai pas regardé le topic depuis mais l'impression que ça m'avait laissé en lisant c'était surtout "Oui c'est trop vrai cet article!" et je me suis dit que ça ne devait pas être très représentatif des avis sur le sujet étant donné que la cancel culture est très présente dans le militantisme intersectionnel, qui est très présent sur MadmoiZelle. Il y a plein de gens qui l'appliquent très sincèrement en pensant faire quelque chose de valide et pertinent d'un point de vue militant, donc ça me parait un peu déformé que 90% des posts soit contre.
Justement est-ce que c'est pas pour ça que certain.e.s ne vont pas reconnaître leur comportement dans la description de la cancel culture car inconsciemment ils savent que ce n"est pas "bien" ce qu'ils font et que ça relève bien souvent du harcèlement? :hesite: (ce qui alimente un certain déni).

Je pense à toutes sortes de justifications qu'on peut entendre "oui MAIS cette personne est VRAIMENT problématique", "ce n'est pas du harcèlement ce sont juste des critiques", etc (en jouant sur la confusion critiques et cancel culture), et globalement le fait que seul.e derrière son écran pour beaucoup de gens il est "confortable" de vivre dans l'illusion que ses propres mots n'ont pas d'impact? Comme on dit, le harcèlement vient de la répétition, une personne qui tweete un "SUPPRIME" à une personne ne va pas spécialement se voir comme harceleuse alors que dans la masse, elle l'est. Sauf qu'au final si elle participe, c'est bien qu'elle souhaite que son petit message contribue à l'effet de masse pour "canceller" la personne en question... :lunette:
Mais toujours la justification de "c'est pour la bonne cause"... c'est "valide et pertinent d'un point de vue militant" -> c'est bien. La cancel culture -> c'est maaaaal. Donc ce que je fais n'est pas de la cancel culture.

J'ai aussi l'impression que c'est lié a des biais de sélection dans le cas de personnes qui reconnaissent le problème de la cancel culture mais qui vont "trier" les comportements qui en relèvent : ah ça oui c'est abusé, ah ça par contre non c'est pas pareil (aka là y'a des gens que j'aime bien parmi les participants... ou ça touche à un sujet qui tient plus à cœur, etc) (Edit: ou bien ça met en jeu beaucoup d'affects, notamment quand c'est lié à l'identité, le moi : certaines réactions violentes et "cancelleuses" envers Contrapoints me semblaient beaucoup relever de ça), et ce même quand ce sont les mêmes mécanismes.
 
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Tout ça pour dire que je commence à trouver le terme de cancel culture excluant pour toute personne non anglophone et/ou non familière avec le militantisme ce qui englobe un paquet de monde mine de rien
Pour moi le concept de cancel culture est pertinent dans le sens où justement, il est lié à un certain milieu, celui du militantisme féministe (et aussi souvent intersectionnel).
Tout harcèlement de masse n'est pas de la cancel culture en fait (et la cancel culture ne se limite pas qu'à ça : boycott, appel au boycott, etc).
Pour moi il y a plusieurs spécificités, liées aux milieux militants :
- les cibles : une des particularités c'est quand même que c'est souvent intra-militant, on "cancelle" plus les gens de son propre milieu militant que les autres. On exige des autres (enfin, des autres militants, pas des mecs lambdas) une véritable pureté militante, le moindre petit truc peu être déformé et amplifié pour être utilisé contre la cible
- la finalité : la personne doit "disparaître" : être "cancellé" = être "supprimé" (la conséquence est commune à d'autres types de harcèlement (et parfois la finalité aussi) mais souvent ça peut n'être qu'un effet secondaire à celui-ci, alors que là c'est le but principal)
- les justifications : c'est pour "la bonne cause" -> "canceller" des personnes sexistes, homophobes, transphobes, racistes, etc, elles le "méritent". Ça donne une bonne image de soi : je harcèle mais c'est pour rendre le monde meilleur :lunette:
- les méthodes (assez communes il est vrai à beaucoup de rhétoriques haineuses) : la "bonne cause" ne s’embarrasse pas de la réalité : déformations (homme de paille), mauvaise foi, cherry-picking, hommes de paille, ou tout simplement gifs méprisants et insultes : pourquoi s'embêter à expliquer à quelqu'un pourquoi on est pas d'accord quand on peut se contenter de peu :lol: (ce que peut être compréhensible dans certains contextes... sauf que souvent ça empêche aussi de réfléchir sur ce qu'à réellement dit la personne et pourquoi ça serait (ou pas...) "problématique").
Avec tout de même la sur-utilisation je trouve de concepts propres au militantisme dans un but de harcèlement :
- tu fais du tone-policing / silencie! (aka laisse moi te dire que tu es une grosse connasse qui devrait disparaître, sinon, tu es encore plus problématique avec ta silenciation envers moi :lunette:)
- tu n'es pas concerné.e ta gueule (moi non plus mais par contre MOI j'ai droit de parler des mêmes sujets que toi, mais c'est parce que moi je suis vraiment déconstruit.e :lunette:)
- la présence parfois écrasante du "tu me fais mal DONC tu es oppresif.ve" (et donc tu dois être "cancellé.e"), mais principe ne s'appliquant pas à la personne "cancellée", elle tu peux lui rouler dessus tranquille :lunette:, et ce même si elle aussi "a mal" en lien avec une oppression qu'elle subit (là aussi je trouve l'exemple de Contrapoints pertinent : elle a été vue (et insultée, et "cancellée") comme NBphobe quand elle disait ressentir parfois de la dysphorie dans les "cercles de prénoms" où elle était la seule personne trans, entourée de cis : son ressenti à elle, sa souffrance, rien à foutre, alors qu'on pourrait totalement retourner le truc en disant que ceux qui critiquent (ou plus) son ressenti sont transphobes par exemple, en utilisant le même procédé : "tu lui / me fais du mal" donc tu es "oppressif.ve").
 

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