Purée merci
@La fée néante pour tes réponses, j'ai eu la même réaction que toi mais j'avais la flemme d'écrire et j'espérais heure après heure que quelqu'un répondrait à ma place
@Peachcalibur, je valide ce que dit La Fée et il faut faire attention quand on reprend à notre compte des expressions adulées des gens qui essayent de discréditer le féminisme comme "elles pensent que Homme=ennemi" etc. Peut-être que c'est ton ressenti mais si ces idées ont tellement de succès auprès de nos détracteurs, c'est pour une raison qu'il faut vraiment bien analyser avant de parler comme ça.
D'autre part, je ne vois pas en quoi le propos de cette militante est "nauséabond", "dangereux", "inepte" ou celui "d'une féminazi hystérique". En quoi est-ce plus néfaste que le propos d'un homme qui choisit de prendre la parole par-dessus celle des opprimés pour véhiculer
sa vision d'une lutte dont il n'est pas la première victime?
Tes termes me paraissent très extrêmes pour désigner une opinion. Elle n'a jamais dit que les hommes étaient des ennemis, qu'il fallait les éliminer. Elle a dit qu'elle ne voulait pas qu'ils prennent la parole car elle ne leur fait pas confiance pour bien respecter la parole des principales victimes. Hé bien, elle a le droit de se positionner comme elle veut dans le féminisme et par rapport au rôle qu'elle souhaite voir les hommes jouer dans son combat. Le féminisme est d'abord un combat
pour les femmes et donc le droit des hommes à faire des films sur le sujet me parait secondaire par rapport au droit des femmes de définir les modalités de leur propre combat.
Si une féministe est mal à l'aise avec l'intervention médiatique des hommes dans son combat, c'est son droit, il y a des arguments sur ce sujet et on doit les respecter. On n'est pas obligé de les partager mais les trouver "nauséabond" ça me parait être un peu une manière de faire taire certains points de vue. Si cette position donne une "mauvaise image" ce n'est pas à cause d'une militante désabusée mais à cause du système patriarcal ambiant qui trouve anormal qu'on ne laisse pas un homme parler le premier!
Et oui, ça ne fait pas forcément avancer le combat que de soupirer d'agacement quand quelqu'un dit des conneries mais la pédagogie bienveillante peut aussi être une grosse perte d'énergie sans aucun résultat. Donc là encore, on choisit la démarche qu'on souhaite adopter. Perso, je fais en fonction de mon interlocuteur. Avec certains je lève les yeux au ciel et avec d'autres je parle patiemment, et je pense que dans les deux situations je fais ce qui est le mieux pour moi.
Quant à la parole des "hommes féministes", j'ai déjà vu plusieurs fois ses "dérives". Des hommes qui sont sympathisants du féminisme mais considèrent que leurs lectures leur donnent une assez bonne vision du sujet pour établir quels sont les causes et les réactions valables ou pas (j'en connais un militant dans un foyer pour femme battue qui parle de "féministes hystériques" et trouve que cette "mode de mélanger féminisme et lutte LGBT comme si ça avait un rapport" est "totalement délirante" : le gars est sincère dans son féminisme mais le fait qu'il se repose sur sa réflexion et non sur son expérience et sur son écoute des autres l'empêche de voir tout un pan du problème). Ou sinon il y a les hommes féministes qui finissent par être reconnus comme des porte-paroles par les personnes extérieures du mouvement au détriment des femmes qui ont pourtant plus de légitimité à parler de celles qu'elles subissent. Résultat, ils portent une vision incomplète, très modelée par leurs propres perceptions masculines de la lutte féministe. Et au final, c'est encore la parole des hommes, leur point de vue et leur regard par lequel on définit le féminisme et les priorités féministes alors que le but est JUSTEMENT de créer une modification des perceptions.
Cela ne signifie pas que les hommes n'ont pas à participer mais simplement que dans un combat où ils ne sont pas les opprimés, ça me parait logique qu'ils se mettent en retrait, qu'ils laissent des femmes prendre les rênes. Leur but de féministe n'est pas "d'être crédible" mais de soutenir un mouvement de la manière la plus efficace! Et si être efficace c'est savoir se taire au bon moment, où est le problème?
Un homme vraiment féministe ne devrait pas se poser en porte-parole car un élément essentiel des luttes contre les oppressions c'est de
donner la parole aux opprimés. Donc quand un homme souhaite faire un film sur le féminisme au lieu de proposer à une femme de s'en charger, oui, je me pose des questions. Est-ce qu'il va vraiment se positionner de manière humble par rapport à son sujet? Est-ce qu'il va vraiment être capable d'adopter le point de vue des intéressés au lieu de montrer "sa vision"? Pourquoi est-ce qu'il veut faire ce film lui-même? Est-ce qu'il a bien réfléchi à sa propre position par rapport à son sujet?
S'il y a des raisons valables à sa participation en numéro 1 du film, par exemple, c'est Georges Clooney et il sait que l'utilisation de son image va avoir un impact plus important que celui d'une militante ordinaire, ou c'est quelqu'un qui a des amis riches prêts à financer son projet si ça vient de lui, ça se défend. Mais il faut qu'il réflechisse sérieusement à "pourquoi lui" et pas une autre s'il est sincère dans sa démarche et qu'il fait vraiment ça pour avancer la cause.
Et je ne considère par les hommes comme des ennemis, je pense juste que c'est à eux de démontrer le bien-fondé de leur démarche pas à nous de prouver qu'on n'a rien contre eux.
Sinon pour en revenir aux racismes anti-blanc et à l'hétérophobie. Ce qui pose vraiment problème c'est l'emploi de
ces termes-là. Parce que oui, tu peux être victime de discriminations ponctuelles mais ça n'a absolument rien à avoir avec le
système du racisme ou de l'homophobie. Si on te refuse quelque chose pour tes caractérisques dominantes, c'est lié à un contexte précis ou à un interlocuteur précis. Et j'ajouterai même que dans de nombreux cas ces discriminations ne sont pas des oppressions idéologiques mais des réflexes défensifs : à force d'être agressé par telle catégorie, tu peux finir par développer des attitudes violentes à l'encontre de ses représentants. Alors que l'oppression instituionnalisé du racisme, de l'homophobie et du sexisme sont
gratuites.
Ces discriminations, ce n'est pas quelque chose que tu retrouveras dans tous les domaines de ta vie donc on ne peut pas parler de racisme au sens militant et il ne faut vraiment pas utiliser les deux termes comme complémentaires car ça n'est strictement pas un équivalent. Si tu utilises "racisme" pour les blancs, tu places cette discrimination-là sur le même plan que le racisme institutionnalisé dont sont victimes les non-blancs et ça pose vraiment problème parce que ça entrave sérieusement la destruction de ce racisme institutionnalisé.
Et je suis désolée de te contredire mais tu as
forcément déjà eu des attitudes oppressantes. C'est une des choses dont il faut être conscient en tant que militant. Peut-être que ces oppressions ne te semblaient pas en être ou que tu ne t'en es pas rendue compte mais tu l'as fait!
Un exemple, en relisant mon blog, j'ai réalisé que dans un vieil article, j'avais écrit à propos d'un gars torse nu "pour
celles qui sont intéressées, voilà son nom". Plein de gens font ça, partir du principe que seules des filles peuvent être intéressées par un homme séduisant. On dirait qu'il n'y a rien de grave quand on regarde comme ça et j'ai écrit ça sans y penser. Et puis bon, mon blog est plutôt féminin donc voilà... Sauf que je SAIS que j'ai plusieurs lecteurs hommes et que je les prends bien en compte dans d'autres articles. Et je sais aussi que je n'ai pas écrit ça en pensant que mon public pour cet article était un public de femmes. J'ai écrit ça par réflexe hétérocentré, parce qu'en rédigeant, j'ai pensé "homme beau = intéressant pour femme, point". Et
c'est oppressant même si ce n'est pas une insulte ou une violence explicite ou un mot injurieux. C'est oppressant parce que ça implique que je considérais à l'instant de ma rédaction que l'hétérosexualité était une norme par défaut, que l'homosexualité masculine est un truc marginal et que seul le public hétérosexuel était digne de mon attention.
Et ce n'est qu'un exemple parmi d'autres. On commet des mini-oppressions tout le temps. Le nier ne fait qu'empirer les choses.
