Veille Permanente Classisme

Sujet dans 'Veilles permanentes' lancé par DestyNova_, le 17 octobre 2013.

  1. schizophrenia

    schizophrenia
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    J'ai fait cette saison dans cette boîte crânienne

    @123pourquoi : c'était une blague hein, d'où l'émoji troll. Enfin une semi-blague. Enfin pas de panique, leur canapé vaut toujours plusieurs dizaines de millier d'euros. que Après un pavé de cinquante lignes sur le rapport de classe et la domination sociale, je pensais que ce serait marrant de souffler un peu. Comme je le disais, j'aime bien mes beaux-parents, ils sont pas fermés au dialogue et m'acceptent comme je suis. Puis ils ont réussi à engendrer un fils plutôt engagé et conscient de ces problématiques, tout n'est pas perdu.
    Je vois aussi ce topic comme un exutoire, j'ai souffert du classisme toute ma vie, et c'est sympa de pouvoir souffler.

    @Dame Verveine : Effectivement je comprends que ça t'enlève un poids. Comme mon copain et moi on reste assez indépendant, cette différence sociale nous impacte pas trop, mais c'est vrai que dès fois je m'interroge sur le long terme (notamment si on avait des enfants) et je me dit que c'est quand même plus simple quand les parents sont sur la même longueur d'onde.

    @Cépamoi : Je crois que je vais suivre tes conseils et leur en parler. Ahaha mes BP peuvent nous rendre la pareille, en vrai c'est eux qui ont acheté le canapé de mon mec - où je vis - et il est super moche XD. Vert fluo. Ca nous débarrasserais pas mal. Moi j'ai jamais eu de canapé, ça prend trop de place et je vivais dans des endroits trop exigus.

    @Rosenrot_ : d'ailleurs ça me passionne, ce rapport au mobilier. J'étais persuadée que la bourgeoisie avait plutôt tendance à changer de mobilier très régulièrement, sans qu'ils considèrent cela comme ayant de la valeur alors qu'en fait mes BP voient vraiment ça comme un investissement au même titre que les appartements qu'ils achètent. Donc ils se sont dotés d'un canapé hors de prix sur lequel ils laissaient pas leurs enfants s'asseoir mais bon "tu comprends c'est un bel objet".
     
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  2. Chambray

    Chambray
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    Sometimes being inside my own head is so exhausting it makes me want to cry.

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  3. Cépamoi

    Cépamoi
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    Chuiplulà

    @Chambray
    J'ai peut-être une piste. C'est juste une réflexion, j'ignore ce qu'en disent les sociologues.
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  4. Lilou la licorne

    Lilou la licorne
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    Wit beyond measure is man's greatest treasure.

    @Tcepa J'ai eu une enfance très privilégiée donc je peux pas témoigner sur le fait de manquer d'intimité (au contraire, pour mes parents et donc pour moi petite, avoir sa chambre allait de soi), mais c'est marrant parce que je suis justement en train de lire Une Chambre à soi de Virginia Woolf. C'est un angle littéraire (pas "sociologique") et ça pose surtout la question en termes d'inégalités hommes-femmes, mais ça reste intéressant. En l'occurrence, elle évoque surtout le rôle de la chambre individuelle dans le développement d'une pratique artistique, mais je pense qu'on peut voir ça comme une forme d'intimité aussi (et ça rejoint le témoignage de @HeavyMetalAngel d'ailleurs !).

    @schizophrenia Ton témoignage me touche beaucoup. Encore une fois, je suis issue d'un milieu privilégié donc je ne saurais pas te conseiller sur ce qui peut aider tes parents à se sentir mieux, même si j'aurais tendance à penser que si ton copain continue de se comporter "normalement" avec eux et qu'il leur montre qu'il est bien chez eux et en leur compagnie, cela ne peut pas faire de mal.
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  5. Gabelote

    Gabelote
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    Ouverte du lundi au vendredi, de 8h à 18h :buzy:

    @Tcepa de mon côté je vais peut-être apporter un autre point de vue sur cette notion de privilège de l'intimité.
    Globalement, j'ai l'impression qu'avoir vécu la promiscuité, le manque d'espace personnel et le manque de confort chez mes parents pendant mon enfance m'ont rendue plus apte à m'adapter à des conditions de vie plus basse par la suite. En gros, j'ai l'impression d'avoir des standards plus bas que la plupart des gens de mon entourage (de tout le monde, on va dire classe moyenne) parce que j'ai vécu avec ces standards dans mon enfance et que je n'en retire pas un si mauvais souvenir que ça (mais je pense que j'ai pas mal occulté, je me souviens du froid chez mes parents et encore aujourd'hui, alors qu'ielles peuvent se chauffer sans problème, j'ai tendance à m'habiller trop chaudement quand je vais chez elleux).
     
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  6. Kornel Esti

    Kornel Esti
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    Je trouve vos réflexions sur le privilège de l'intimité super intéressantes :happy: Et je recommande aussi Chez soi de Mona Chollet, et un livre du sociologue Jean Baudrillard qui date des années 60, Le système des objets : le prisme n'est pas spécialement celui de la classe mais il analyse les transformations dans le rapport au mobilier et aux objets du quotidien dans la transition vers la société de consommation avec des analyses assez éclairantes sur la manière dont l'imaginaire bourgeois s'incarne dans un mobilier, des objets, des espaces spécifiques.

    @Gabelote , lorsque tu dis que tu n'en gardes pas un si mauvais souvenir, ça m'amène à me poser une question plus générale sur laquelle j'aimerais bien avoir votre avis.
    Je ne viens pas d'un milieu populaire (plutôt classe moyenne supérieure, je pense, ma mère est institutrice retraitée et mon père est animateur en alphabétisation dans une association), et les manières dont j'ai été amenée à m'interroger sur le classisme sont la médiation de mon copain (qui vient pour sa part d'un milieu populaire, et m'a donc aidé à dé-naturaliser certaines pratiques que je ne percevais pas toujours clairement comme propres à une certaine classe) et les questions écologiques, qui m'ont conduites à me demander à quelle point des pratiques soutenables d'un point de vue écologiques pouvaient exister déjà en acte dans certaines classes sociales, ou étaient au contraire incompatibles avec certaines pratiques de consommation difficiles à supprimer en tant qu'elles constituent des marqueurs d’appartenance à une classe.
    Du coup, dans la manière dont j'ai construit les choses depuis ma perspective (c'est-à-dire en tant que personne non concernée de façon directement intime et subjective par les discriminations et problèmes de représentation liés à la classe, même si je crois que ma relation avec mon copain a constitué ça malgré tout en enjeu relativement personnel pour moi), j'ai toujours eu en arrière-plan l'idée qu'il ne s'agissait pas seulement de visibiliser les injustices et inégalités subies en raison de l'appartenance aux classes populaires, mais aussi de revaloriser les modes de vie populaires, parce qu'ils avaient quelque chose à apporter à la société par exemple en terme d'anticapitalisme, de sobriété en matière de consommation, etc. Un des premiers livres qui m'a beaucoup marqué et qui thématise vraiment le prisme de la classe, c'est un livre de Paul Ariès sur l'écologie et les classes populaires, qui montre que les pratiques des classes populaires sont invisibilisées alors qu'elles ont un grand potentiel écologique, là où les classes supérieures, même quand elles adoptent des pratiques de consommation "vertueuses" en terme écologique, ont de façon quasi systématique une empreinte écologique bien supérieure (car davantage de possessions, pas du tout les mêmes pratiques en terme de mobilité, etc.).
    Est-ce que vous trouvez que la question devrait être abordée d'abord en terme d'inégalités et que c'est une instrumentalisation qui peut être dangereuse de l'envisager de cette façon, ou est-ce que vous avez des points communs avec cette perspective ?
     
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  7. LadyOscar

    LadyOscar
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    @Kornel Esti
    Je dirais que c est quelque chose qui etait plus valable avant les années 2000 surtout. Par ex avec la démocratisation du transport par avion (baisse du prix pour les longues distances et easyjet et co) et les nouveaux modèles de voitures (moins polluantes mais cheres a l'achat et a l'entretien versus la vieille voiture reparable par soi-même mais polluante), je pense qu'il y a qd même une évolution recente de l impact des modes de vie des classes sociales qui tend à amoindrir la différence. Apres évidemment les habitants des centre villes qui partent regulierement en WE et en vacances en avion ils pourront bien te dire qu'ils vont travailler en velo leur empreinte carbone sera énorme versus quelqu un qui prend sa voiture pour aller bosser tous les jours parce que pas faisable par transport en commun mais qui a cote de ça a pris l avion 1 fois dans sa vie
     
    #703 LadyOscar, 30 mai 2018
    Dernière édition: 30 mai 2018
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  8. Cépamoi

    Cépamoi
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    Chuiplulà

    @Kornel Esti
    J'ai peut-être mal compris (et si c'est le cas, je m'en excuse sincèrement).
    Je trouve que la question de la valorisation de la classe populaire qui a des pratiques ecolo par "besoin", ca revient à valoriser les techniques induites par un manque d'argent et donc à "valoriser" le manque d'argent. Ca sent le privilège non? La question n'est pas de dire que c'est bien ou mieux d'être de classe populaire parce qu'il y a un impact écologique moindre. La question est, en tout cas pour moi, d'abolir les classes ou à minima les privilèges de classes. Du coup, je trouve que ce raisonnement achète une bonne conscience à cielles qui n'ont pas le même impact ecolo parce qu'en mesure de prendre l'avion cinq fois par ans et ont une trottinette électrique, deux PC portables, une tablette et mangent bio ( je crois que j'ai sorti tous les clichés).
     
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  9. Gabelote

    Gabelote
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    Ouverte du lundi au vendredi, de 8h à 18h :buzy:

    @Kornel Esti je suis aussi partagée sur cette idée, notamment parce que dans une société consumériste comme la nôtre, la consommation est vue comme un privilège de riche qui doit donner envie aux pauvres de s'y livrer. Pouvoir consommer est un privilège ; le marketing nous matraque quotidiennement, consommer à outrance est tellement valorisé que même les personnes qui n'en ont pas les moyens sont amenées à croire que leur consommation peut s'approcher de celle des riches. Toute l'industrie de la pub est basée sur cette idée = les pauvres doivent s'imaginer qu'ielles peuvent consommer comme les classes moyennes, et les classes moyennes doivent croire qu'elles peuvent consommer comme les riches. Comme ça on peut leur vendre du crédit. Pour tous les produits industriels de consommation courante, le fait de tirer les prix vers le bas (souvent grâce à des pratiques non éthiques, ou simplement illégales : en gros, les prix bas représentent un coût social bien plus élevé que certains prix plus élevés) ne permet pas toujours aux personnes pauvres de choisir leurs pratiques sur d'autres critères que le porte monnaie.

    Après, c'est vrai que certains réflexes me viennent directement de l'obsession de mes parents pour ne pas dépenser trop : ne jamais allumer la lumière quand j'entre dans une pièce mais attendre de voir si j'ai vraiment besoin de plus de luminosité, se couvrir au lieu de chauffer, réutiliser l'eau du rinçage de légume pour la vaisselle, faire de la récup au lieu d'acheter, réparer au lieu de jeter... Réflexes et habitudes qui sont aujourd'hui prônées dans une dimension écologique et durable.
    Mais ce sont aussi parfois des habitudes de vies qui découlent directement du manque de moyens matériels.
    Je reprend l'exemple du chauffage chez mes parents : quand ielles ont eu les moyens de changer les fenêtres et les portes pour une meilleure isolation, ielles l'ont fait, et ça a tout changé (ielles ne chauffent toujours pas beaucoup, mais la température intérieure est tempérée même sans chauffage). Dans leur cas ça a été possible parce qu'ielles ont augmenté leur niveau de revenu avec le temps et parce qu'il n'y avait pas de gros travaux à faire (du genre toute l'isolation des murs). Globalement, dans le cas d'un foyer qui n'a pas les moyens de choisir son logement à cause d'un revenu faible (on prend ce qu'on trouve) et/ou qui n'est pas propriétaire (parce que les banques ne prêtent qu'aux riches) et/ou ne peut pas épargner ou emprunter pour faire des travaux d'isolation ou de changer de mode de chauffage, ne pas chauffer est une solution imposée, qui va durer sur le long terme, avoir potentiellement des effets néfastes sur la santé.
    Dans ce type de situation, la solution vraiment durable c'est l'isolation, l'amélioration des matériaux de construction, la performance des systèmes de chauffage. Avoir froid chez soi, c'est pas une solution durable, c'est quand on a pas le choix, et c'est souvent plus coûteux au final pour la société.
     
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  10. Cépamoi

    Cépamoi
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    Chuiplulà

    @Gabelote
    Ton exemple me fait penser à ma mère qui, en hiver, devait choisir entre chauffer l'appartement ou pouvoir mettre de l'essence pour bosser (en intérim). Évidemment, elle a des problèmes pulmonaires chroniques sinon ce n'est pas drôle. Donc, le froid la rend souvent malade mais faut bosser pour le loyer et se soigner ET faut se reposer/être en arrêt pour guérir... C'est sur qu'on peut voir ça sous un angle écologique (la sienne était moins pire que celle d'une personne qui chauffe son appart et va bosser en voiture) mais il faut ne pas savoir ce que c'est de vivre ça pour choisir cet angle.
    Je ne souhaite pas t'agonir, @Kornel Esti . Tu t'interroges et de ce que j'ai compris, tu n'as pas vécu ce type de situation donc quelque part, je comprends pourquoi tu t'interroges sur ça mais dans le même temps, ça ne fait pas plaisir de constater qu'il y a des mondes entre deux classes sociales et que ce n'est pas près de changer si les bonnes volontés n'arrivent pas à imaginer de quoi on parle.
     
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  11. jjul

    jjul
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    pharmacienne de garde

    mais justement, pour une fois je trouve intéressant de relever que les classes populaires ont des réflexes écolo même si "forcés" (bon sans aller jusqu'à la personne qui ne se chauffe pas parce qu'elle ne peut pas se le permettre) mais simplement éteindre les lumières, ne pas chauffer à outrance, ne pas prendre 3bains par jour, etc... c'est des réflexes que je n'ai malheureusement pas tous gardés... (enfin je prend pas 3 bains par jour non plus :yawn: )
    moi ce que j'entends souvent, c'est "holala mais les pauvres ils font pas d'effort, regarde ils trient pas leur déchets/achètent de la malbouffe/vont bosser en voiture/aérent leur logement écoconçu qu'il faut pas aérer/mettent du round up sur les façades végétalisées pour pas avoir d'insectes chez eux" (oui les hlm de ma ville tentent des trucs)
    donc ben avoir conscience que éteindre les lumières quand on est pas dans la pièce ou ne pas chauffer sa baraque à 25°C en hiver c'est un truc qui est plus fréquent dans les classes populaires, je trouve ça bien de le mettre en avant en fait, même si ça n'est pas "un effort volontaire" mais plus une absence de choix... ça remet un peu les yeux en face des trous quand même.

    (vu que je débarque de mon sous marin, je précise d'où je parle : je suis ancienne pauvre, mes parents avaient pas d'argent, moi, ça va, je me classifie "grosse bobo" :happy: )
     
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  12. Cépamoi

    Cépamoi
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    Chuiplulà

    @jjul
    Je comprends ton point de vue (et je ne voulais pas sous entendre qu'il faut donner son background pour s'exprimer sur le sujet ).
    Je me demande quand même si cette valorisation ne va pas donner un "mysticisme de la pauvreté". Alors si ca vient d'un choix de la classe populaire ok mais si ca vient d'autre classes sociales, ca pose quand même un problème. C'est comme si on valorisait un SDF parce qu'il a une empreinte carbone ridicule. Certes, je prend l'extrême mais la dynamique me semble la même :dunno:
     
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