J'ai l'impression que si je reste mes deux mois ici, je vais me rétamer. J'ai beaucoup avancer en un an, et le simple fait de me retrouver chez ma mère depuis un mois me fait régresser. Je perds ma motivation, je ne prends plus soin de moi, je me lamente, je passe mes journées à surfer sur Internet, à attendre, à ne rien faire, à me parasiter la gueule. Je rumine au lieu de passer à l'acte, la frêle estime que je me porte s'étiole, comme mon visage qui reflète une mine terreuse, des yeux jaunes, des cernes creux. Je me sens mal. C'est pas que je souffre moins quand je suis chez moi, mais au moins j'existe, j'ai une vie, je suis en paix avec moi, même avec la douleur, je la supporte, j'avance, je l'exile, j'ai mes moments de repos, de retour sur moi, j'ai une identité, je suis définie. Ici c'est tout bonnement impossible. Je ne sais pas ce que c'est : la présence de ma famille qui, ayant une image de moi ancienne et poussiéreuse, me remet malgré elle dans cette ex-position, l'ambiance familiale fatiguante, le rythme de vie, la bouffe, Internet et la TV à disposition... ? Ou le tout. Je ne peux plus. Je suis l'ombre de moi-même, et j'ai peur de perdre tout ce que j'ai durement acquis, c'est tellement fragile.