Bonjour tout le monde!
Je suis tombée sur cette rubrique un peu par hasard, et je dois avouer que j'ai lu tous les posts (pratiquement ^^ ) depuis la parution, et ça m'a fait du bien de vous lire, de me rappeler que toutes ces petites violences sexistes du quotidien n'étaient pas normales et qu'il était juste que je m'en offense.
Cela m'a fait pas mal réfléchir, tous vos messages, et j'en suis venue à une réalisation étonnante dont j'ai besoin de faire part, je ne sais pas trop si j'ai ma place sur ce topic et si je ne vais pas embêter tout le monde car cela risque d'être un peu long :/
Ma relation avec les hommes a toujours été un peu bizarre, car j'ai été élevée bizarrement. Mon père était alcoolique, violent, maniaco-dépressif et est parti lorsque j'avais huit ans.
A la maison c'était le règne de terreur de sa majesté, auquel je devais obéir au doigt et à l'oeil. Avec la maman terrifiée qui disait face à mon indignement discret et mes pleurs étouffés (on était punit sévèrement si on toussait, pleurait, rigolait ou parlait trop fort) qu'il fallait s'y résigner. Je me suis épanchée là-dessus car ça va avoir son importance par la suite, dans mon récit.
Ensuite survint le premier incident: j'avais huit ans, peu après que mon père soit parti. (Ma mère me laissait aller dehors partout dans la ville même petite) Et un après-midi d'hiver, vers 17h, je suis allée chercher à boire au supermarché du coin. Il faisait déjà noir, et en gros, un adolescent bizarre et perturbé m'a demandé de le suivre, et comme une idiote, je l'ai suivi. Il a tenté de m'embrasser, il me touchait partout, il a essayé d'enlever mon pantalon et face à ça, je disais juste "mais j'ai un petit ami! Je ne te connais pas! Je ne sais même pas ton nom!" Mais j'étais incapable de me rebeller, de bouger, de crier. Incapable de ne pas obéir. Heureusement des gens sont arrivés et il s'est enfui. Il m'a ordonné de le rejoindre le mercredi suivant, à cet endroit, et je crois que si je ne l'avais pas dit à ma mère qui m'a formellement interdit d'y aller, j'y serais allée. Parce que j'étais incapable d'outrepasser un ordre...
Plus tard, il m'a revue à la plaine de jeu, et il m'a demandé d'enlever ma culotte, j'ai refusé, il a insisté, et j'ai refusé à nouveau, avant de me lever et partir.
J'ai de la chance qu'il ai été juste 'perturbé' et qu'il n'ait pas été agressif ou violent.
On a déménagé peu après.
(Je ne parle pas de toutes ces agressions verbales voire physiques subies au quotidien, qui font que je dois me forcer à sortir de chez moi, la tête plus ou moins haute, quasi pas assumée d'exister dans la rue.)
...
Deuxième incident: Mon beau-père, lorsque j'avais 17ans, qui tente de me prendre en vidéo alors que je me lave, je le vois et porte plainte. Ma mère m'engueule et reste en couple avec lui, alors que me sens incapable de vivre encore dans cette maison, sachant qu'il y allait encore... J'ai finalement déménagé.
J'ai été interpellée par le moment où vous parlez de viol au sein d'un couple et je me suis mise à réfléchir sur ma vie à moi.
J'ai vécu 5 relations amoureuses qui ont abouti à des relations sexuelles, et sur ces 5 garçons, 4 m'ont "fait l'amour'' malgré leur avoir dit que je n'en avais pas envie.
1) Mon premier copain. Vers la fin de la relation, je ne l'aimais plus trop et j'avais donc plus trop envie de lui. Il savait que j'aimais bien quand il était un peu "dominant'', dans le cadre du jeu et de l'envie réciproque, et je suppose qu'il a cru que ça me plairait...Toujours est-il qu'un jour où je me souviens très clairement avoir dit "non, je ne veux pas, arrête!" Il ne m'a pas écoutée. Je me suis laissée faire, comme un cadavre. Sans bouger, sans émettre le moindre son, sans partager, et ça m'a tué que ça n'ait pas l'air de le déranger. Comment pouvait-il jouir, alors que j'étais là, comme une statue, à le dévisager avec méchanceté?
2) Le deuxième: j'étais en colère pour une bêtise, et il s'est mis devant le foot. J'étais toujours en sous-vêtements. Au bout d'un moment il s'est tourné vers moi et m'a regardé. Il a essayé mais je lui ai dit que je n'en avais pas envie, j'ai dit non, je l'ai gentiment repoussé, mais au final, il a quand même fait sa petite affaire. En fait ce qui m'énerve le plus, c'est que je n'aie jamais la force de dire non plusieurs fois, de repousser, de crier, de faire un scandale. Je pense que c'est à cause du fait d'avoir été éduquée à accepter tout ce qui vient de l'homme, à tout prendre avec fatalité et à obéir mais merde quoi, je pensais être plus "capable" que ça.
3) Le troisième qui me réveillait la nuit pour le faire, parfois 3/4 fois, malgré mes protestations. Jusqu'à ce que je le quitte en pleine rage.
4) Le petit copain fleur bleue, tout mignon et poète. Amoureux à mourir, gentil et prévenant.
J'étais avec lui depuis plus d'1ans et demi. Je n'avais jamais eu à lui dire non, car j'avais toujours partagé ses envies, et puis un jour j'allais très mal. Cela faisait une semaine que je pleurais tout le temps, du matin au soir. Il était venu dormir chez moi, il n'y avait personne. Il a tenté, mais j'ai dit non, car j'allais mal. Il m'a alors câlinée. Le lendemain matin, alors que je m'étais réveillée en pleurs, il a re-tenté. Je lui ai dit que je n'en avais pas trop envie, que j'étais trop mal. Il a continué à m'embrasser, à me toucher partout... J'ai essayé de lui dire, mais c'était trop tard. J'ai continué de pleurer et sur le coup je l'ai haï de toutes mes forces. Après, il m'a sourit tout honteux et m'a dit "c'est bizarre, je me sens un peu coupable". NOOOOOOOOON?????!!! . Mais honnêtement, comment un type peut-il avoir envie de faire l'amour à sa copine s'il la sait malheureuse? S'il la voit pleurer?
Bref, je suis encore restée quelque mois avec lui, j'avais complètement oublié cette histoire...
Puis heureusement j'ai eu mon copain actuel, le meilleur de tous

J'ai dû lui dire non un jour, à cause de crampes affreuses et je m'attendais encore à devoir batailler, mais non, il est allé me chercher une glace, et m'a câlinée devant un film. J'en aurais pleuré de joie.
Enfin tout ça pour dire que je sais pertinemment que je n'ai pas été victime de viols affreux, violents, ni même tout court. Je n'y avais même plus jamais songé, j'ai prolongé la plupart de ces relations pendant plusieurs mois en oubliant complètement ces "incidents". Je n'en ai pas été traumatisée, je n'en ai pas souffert par la suite.
Je trouve ça juste triste que malgré le fait d'avoir aimé et été aimée, ces personnes n'aie volontairement pas entendu mes "non". Je trouve ça triste que je n'aie pas eu le courage de m'y tenir, de me défendre. Je trouve ça dommage que je ne me sois pas rendue compte qu'il y avait un problème, que je m'y sois résignée. Je trouve ça affligeant de voir des types "biens", des "amoureux" puissent agir ainsi, et que le pire, c'est que j'avais l'impression de ne pas avoir le droit légitime de dire non car j'étais leur copine. Comme si pour le coup, ils pouvaient disposer de mon corps comme bon leur semblait, car je leur avais déjà prêté avant.
Est-ce que c'est si courant? Est-ce que vraiment la majorité des mecs font pression jusqu'à ce qu'on cède en silence? Ou est-ce que j'ai juste pas eu de bol dans mes précédentes relations? :/ (car au vue de mon amoureux actuel, je suis à présent certaine que ce n'est pas le cas de tous les hommes, mais quand même, 4 sur 5...)
Je me sens tellement coupable d'avoir laissé passer ces actes.
Voilà, je suis désolée pour ce gros gros pavé! Mais je n'arrivais pas à trouver le sommeil avec tout ça qui se mélangeait dans ma tête, fallait que je le partage
