Ce texte est assez intéressant mais je le trouve très "premier degré de lecture". Ce premier degré de lecture est très vrai mais je pense qu'on ne peut pas restreindre le "bad boy" à ça, parce qu'à mon avis les adolescentes y voient autre chose.Concernant les clichés du bad boy dans les médias, j'ai trouvé un exte intéressant en anglais (qui donne une bonne traduction sur outil linguistique)
Le "bad boy" n'était pas un terme utilisé au 18e siècle et avant, mais le "bad boy" existait déjà dans la littature, l'art et le théâtre bien avant les séries. Et si ce type de personnage est si fascinant c'est je pense pour des raisons qui rejoignent les raisons actuelles.
Le bad boy, c'est souvent celui qui conteste l'ordre établi et la morale. C'est négatif de contester la morale et l'ordre établi quand tu bénéficies de cette morale et de cet ordre établi. Mais quand ce sont aussi des outils oppressifs, le bad boy prend tout à coup une autre dimension. Or, dans notre société, tout le monde est encore loin de bénéficier de l'ordre établi.
A l'époque du Romantisme et du Pré-romantisme au 18e-19e siècle, le héros ultime était un héros torturé, une sorte de bad boy de l'époque. Il remettait en cause le pouvoir du père, le pouvoir de Dieu, le pouvoir du roi, la morale puritaine. Et il faisait parfois du mal autour de lui mais ses questionnements révelaient une véritable remise en cause de l'univers, une souffrance dans un monde verrouillé.
Même si ce n'est pas encore l'époque du romantisme, on dit souvent que Dom Juan de Molière est un héros romantique, et c'est un symbole de bad boy. Il séduit et trompe des femmes, il défie Dieu, il veut pousser des croyants à blasphémer, il provoque des conflits. Mais quand on y regarde de plus près, on voit aussi un homme qui n'accepte pas d'adhérer aveuglément à la lecture du monde qu'on lui donne, un homme qui est en révolte contre l'hypocrisie de son monde. Il veut pousser un mendiant à blasphémer mais quand il réalise que ce mendiant a une foi sincère et pas juste une foi de circonstance, il le respecte. On dit souvent que Molière s'identifiait à Dom Juan, ce n'est donc pas un hasard si c'est un héros ambigu : il revèle les doutes et la révolte de son temps.
Les Romantiques étaient aussi fascinés par la figure de Satan/Lucifer qui se rebelle contre l'ordre établi par la toute-puissance de Dieu. Dans un monde où Dieu est vue comme le Bien, c'est une figure maléfique mais dans un monde où l'autorité établi te pèse et réduit tes libertés, Satan/Lucifer devient un rebelle presque salutaire. Dans d'autres versions littéraires, Satan révèle l'hypocrisie des humains qu'il tente. Il n'est donc pas le porteur du Mal, il est le porteur de la Vérité et c'est le monde qui l'entoure qui est corrompu en faisant semblant d'être vertueux.
Il y a certaines notions qui demeurent encore aujourd'hui. Je pense qu'à l'adolescence, on se sent généralement oppressée par des règles qui paraissent inadaptés et qu'on ne comprend pas ou par des injustices qu'on subit sans savoir les analyser. Le bad boy devient alors celui qui rejette une morale vécue comme absurde et appartenant à l'ordre oppressif des adultes (le véritable héros des séries est souvent un gendre idéal, aimé des personnages représentant l'autorité), qui refuse l'hypocrisie qui va avec (les bad boys de série sont souvent francs et/ou dotés d'un humour acerbe) et il semble choisir un chemin plus difficile (puisqu'on essaye souvent de transmettre une vision très manichéenne du monde aux ados avec le Bien et le Mal, et du coup le Bien semble être la solution de facilité puisque c'est celle que tout le monde veut qu'on prenne). C'est pour ça que la figure du bad boy peut exercer un très fort attrait.
Par exemple, dans Smallville, Lex Luthor est très cultivé et intelligent, il a une meilleure analyse du monde que Clark Kent, il voit le monde de manière plus nuancée, il semble plus indepéndant puisqu'il ne s'aligne pas sur son père alors que Clark suit les conseils moraux de ses parents etc. Dans Buffy, Spike répond aussi à certains de ces critères car il révèle certains côtés hypocrites du monde, qu'il dit des vérités etc. A côté, quand Angel devient maléfique, il ne séduit pas du tout autant les fans car il n'a rien d'un rebelle contestataire, c'est un pur méchant sadique.
Dans Gossip Girl, Chuck Bass fait des choses impardonnables mais c'est aussi le seule qui reconnait la corruption de son milieu et ne cache pas sa personnalité. Quand Dan ou Nate jouent les gendres idéaux alors qu'ils sont loin d'être irréprochables, Chuck n'essaye jamais de prétendre avoir une droiture morale et il ne donne pas de leçons sur comment se comporter.
Je pense que le "good guy" peut devenir le véritable héros seulement s'il est placé dans un univers qui lui est hostile et qu'il n'est pas sanctionné par l'autorité (qui n'est pas nécessairement l'autorité fictionnelle comme le proviseur du lycée de la série mais peut être simplement l'autorité des scénaristes qui te flèchent le héros en disant "good guy here"). Dans le cas où le héros est validé par les "autorités", il peut sembler un peu trop facilement être le pantin du "système établi", ce système avec lequel l'adolescente ne se sent justement pas en phase.
Je pense que dans ce cas, les victimes apparaissent comme des dommages collatéraux d'une rebellion nécessaire. Du coup, je pense qu'au lieu d'expliquer en quoi le bad guy est vraiment un mauvais garçons aux jeunes filles, une solution serait peut-être de les faire réfléchir à ce qu'elles rejettent dans le monde de la série/du film/du livre où evolue ce bad guy, ce qu'il représente moralement pour elles. Et éventuellement de leur proposer des modèles de rebelles "positifs" ou des héros positifs moins manichéens.Là ou ça devient dangereux, c'est de lui trouver toutes les excuses du monde et de nier le ressenti de ses victimes.
Quand on est ado, on voit bien que le monde est défectueux, donc on peut être tenté de refuser la morale qui perpétue souvent des oppressions (slut shaming, restrictions des positions occupées par les femmes, obligation de se conformer à un rôle, règles établies par les puissants etc.) Or, les bad boys fictionnels sont souvent entourés de bad girls bien plus "libérées" sur certains plans que les héroïnes (elles savent comprendre, ont le droit à une sexualité, ferment leur clapet aux hommes etc.), ça a de quoi tenter. C'est caricatural et extrême dans la représentation mais c'est aussi symbolique.
Cette impression de libération peut finir par transfert dans la vraie vie, même quand le bad boy impose un mode de vie traditionnel, on peut s'imaginer être libérée par procuration.
Bref, le texte en lien commence une réflexion intéressante mais je pense qu'il regarde juste ce qu'est le bad boy en surface alors qu'il y a d'autres aspects à ce personnage qui peut attirer les jeunes filles et les pousser à sublimer des attitudes abusives.
? Sinon, je n'ai vu aucune des séries mentionnées (pourtant c'est pas faute de passer mes soirées sur Netflix
), donc ma réflexion va être purement théorique :
Il brise des coeurs, il se moque de l'autorité, il va à l'encontre de la loi... C'est le bad boy typique! Oui, peut-être que c'est anachronique de parler de bad boy chez Molière mais si on fait un film en mode reboot de Dom Juan avec les mêmes dialogues mais joué par des ados américains, ce sera clairement un bad boy 

