@Théodora-
C'est un peu réducteur à mon avis de réduire l'énorme charge que sont des enfants à la période couches et biberon. Certes, les enfants grandissent, mais je pense que ça reste une charge mentale importante au long terme que de gérer des enfants (école, devoirs, rdv médicaux, activités sportives, loisirs) s'occuper de leur bien être (et les inquiétudes qui vont), gérer les complications qui peuvent survenir (maladie, accident, phases difficiles, conflits parents-enfants ou dans la fratrie) et que malgré tout même avoir des adolescents, ça prend beaucoup de temps et ça demande d'organiser en grande partie son emploi du temps autour de ses enfants. Et puis, beaucoup de jeunes partent vers l'âge de 18 ans de la maison, mais ce n'est pas forcément le cas et je pense qu'en tant que parents on n'arrête jamais de se préoccuper de ses enfants. Donc ça a clairement un impact transformateur sur sa vie personnelle, son couple et ses loisirs sur environ une vingtaine d'années, voire plus.
Je ne pense pas qu'on reprend juste sa vie où elle était une fois que les enfants sont majeurs et je peux tout à fait comprendre l'épanouissement que l'on peut retirer en ayant des enfants mais ce n'est pas juste une parenthèse. Avoir des enfants changent beaucoup de dynamiques, que ce soit au niveau de des amitiés, de la vie amoureuse ou encore au niveau pro. Donc je ne comprends pas trop cette idée qu'avoir des enfants, c'est juste un à-côté. A mon avis, être parent ou être CF, ce sont des existences très différentes, et on ne pas simplement affirmer que parce qu'on n'avait pas d'enfants pendant sa vingtaine, on connaît l'expérience que c'est que d'être CF. Simplement, parce qu'en tant que CF, on évolue aussi. Ma vie de la vingtaine n'est pas la même que ma vie actuelle et je suis persuadée que ma vie sera différente également dans 10 ans. La vie de CF ce n'est pas rester bloqué dans une faille spatio-temporelle!
On ne fait pas le même usage des libertés que l'on a à 20 ans qu'à 30 ans etc. L'absence de contraintes liées aux enfants sur le long terme permet également de murir des projets, des envies que l'on avait pas forcément à 20 ans. C'est aussi plus de flexibilité pour changer de cap, notamment parce qu'on a moins de contraintes financières, avoir des enfants, dans un budget, ça fait partie des coûts incompressibles. Etre CF, ce n'est pas simplement une vie "sans" enfants mais d'autres alternatives et possibilités. Ca a d'ailleurs ma manière d'envisager les choses: je serai probablement aussi heureuse en ayant des enfants, mais je le suis aussi en étant CF, mais pour des raisons très différentes, que dans les deux cas ma vie serait très différente. Je pense que c'est aussi l'exemple de personnes CF qui sont nettement plus âgées et leur parcours de vie inspirants dans mon entourage qui m'a rassuré par rapport au discours qui est souvent tenu (et tu c'est également ce que j'ai pu lire dans tes propos) que ne pas avoir d'enfants c'est forcément faire à un vide, notamment lorsque l'on vieillit. Evidemment, ce n'est pas parce que l'on a pas d'enfants que l'on va écrire 20 livres, voyager trois fois autour du monde et parler 5 langues. Et d'ailleurs, je ne pense pas que les CF doivent prouver qu'ils ont fait bon usage de leurs temps par rapport aux parents, l'important c'est de vivre la vie qui leur plaise.
En plus, pour autant qu'on apprécie les enfants, comme dans mon cas, c'est très enrichissant indirectement que de voir les enfants de mes amis grandir, et j'ai beaucoup d'affection pour eux et j'aime beaucoup d'ailleurs les échanges que j'ai avec mes amis parents. On se comprend et je fais de mon mieux pour leur apporter du soutien quand ils en ont besoin dans leur parentalité.
Ce qui m'amène aux propos de
@Kettricken je ne pense pas que ne pas avoir d'enfants empêche se se soucier des autres, de l'état de la planète, parce que sinon les parents seraient tous des écolos convaincus, ce qui est loin d'être le cas. Le détachement dont tu parles je pense plus que c'est une manière de certaines personnes de se protéger de choses sur lesquelles ils ne pensent avoir aucun impact et se sentent dépassés. On peut très bien se soucier de personnes vivant à l'autre bout du monde sans avoir de liens directs, parce que l'on est conscient de partager une humanité avec eux. Par exemple, je suis choquée de ce qui se passe à Gaza ou au Soudan, même si je en connais pas personnellement les personnes qui meurent dans ces combats. Mais je fais le choix de me renseigner, de lire et d'apprendre pour ne pas rester dans l'ignorance, dans ma bulle et j'espère ne pas perdre ceci en vieillissant! Il y a aussi également des parents qui sont très déconnectés de ce que vit notre génération actuelle. J'ai beaucoup d'amis qui ont des parents qui soient ne comprennent pas leurs difficultés dans le monde d'aujourd'hui "parce que de leur temps blablabla" ou encore ont même oublié les difficultés de la parentalité et ne comprennent pas que leurs enfants qui sont devenus parents soient fatigués etc.