Oui, un enfant n'est pas innocent.
À cet âge, il n'est même pas encore capable de voir qu'on PEUT ne pas penser comme lui, il ne fait en général pas la distinction entre ce qu'il pense et ce que pense l'autre. Ainsi, il aura tendance à faire de son avis une vérité générale et à le baser sur ce qu'il a grappillé dans son entourage : un enfant blanc va plus souvent préférer les gens blancs, et même chose à l'inverse, parce qu'ils sont plus souvent avec lui, qu'il en fait la "norme", et qu'il ne remarque souvent que la différence des autres. Leurs capacités de perception ne sont pas non plus optimales, donc ils résument souvent les autres aux critères les plus visibles les constituants (ce qu'une couleur de peau ne manque pas d'être). Or, si tout ce que tu constates, c'est que ce sont des individus "inhabituels", "hors norme" et qui ne ressemblent pas aux personnes de référence de ton entourage, souvent perçus (à tort ou à raison) comme "positives", il y a fort à parier que tu les rejettes de toi-même.
J'avais lu un article dans les articles de Sciences Humaines, à l'époque où j'y avais accès. Lorsque l'enfant commence à prendre conscience que tout le monde ne pense pas comme lui (vers 8/9 ans), il peut progressivement adapter ce discours. Souvent, cela se présente avec des caractéristiques toujours assez stéréotypés, donc du positif pour les gens de sa couleur et du négatif pour les autres, qu'il nuance de plus en plus en y ajoutant des qualités/défauts en lien avec son expérience personnelle. Dans l'étude, les enfants de 8/9 ans étaient plus capables de faire la différence entre une pensée commune à la plupart des gens (le préjugé) et leur pensée propre, souvent beaucoup plus positive.
Ce serait intéressant de voir si le phénomène est le même dans une famille métisse, puisque l'entourage de référence de l'enfant est moins monochrome, si je puis dire.
(Question sans rapport : et est-ce que, dans certains cas extrêmes, un enfant adopté ne peut pas se créer une sorte de dysmorphisme traumatisant dans la suite de sa vie ? En prenant pour la norme un aspect qui n'est pas le sien ?

)
Mais du coup, c'est clair qu'il faut très tôt accompagner l'enfant, lui faire comprendre que ce qui est différent n'est pas forcément négatif, et lui donner un exemple bienveillant, qu'il n'aura pas tort de reproduire de son côté.
