Y a des trucs qui me choquent pas mal dans ce que vous avez dit plus haut... Je vais donc donner mon avis dessus écoutez
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Moi, la masculinité, ça m'intéresse vachement.
Et s'ils ont pas envie de remettre ça en cause, ça va servir à quoi que moi je sois au courant de manière précise de toute cette pression?
Pour moi, ça sert à être féministe, tout simplement. Je comprends bien qu'on ne se sente pas concerné par la masculinité quand on n'est pas un homme, mais quand on est assigné.e femme, on subit les diktats de la féminité, qui se construit en opposition à la masculinité (bonjour j'enfonce des portes ouvertes
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). Tout le système patriarcal/sexiste/oppressif/etc est construit sur cette opposition qui valorise le masculin et dévalorise le féminin. On ne peut pas, à mon sens, déconstruire ce système en ne déconstruisant que la féminité et pas la masculinité avec. Les deux vont ensemble.
D'ailleurs, puisqu'on parle d'être concerné.e ou pas... Moi, techniquement, je ne suis pas concernée par le féminisme maintenant qu'il y a dans le pays où je vis le droit de vote et d'avorter. Je veux faire un métier majoritairement occupé par des femmes qui y sont autant payées que les hommes, mes gouts ont toujours correspondu assez à la féminité de la société pour que je sois encouragée dedans, pareil pour mon genre, mon apparence physique et même mon orientation sexuelle. J'aime mon corps et je n'ai jamais été complexée de ma vie. Je n'ai jamais été harcelée sexuellement et dans la rue suelement trois fois dans ma vie, autant dire rien.
Ca ne m'empêche pas d'être féministe parce que je trouve horrible que ces injustices existent, et j'étais très pro-droits LGBT+ bien avant de savoir que je n'étais pas hétéro.
On peut être touché.e par un combat et y prendre part sans être concerné.e directement, ça n'implique pas forcément de vouloir se faire mousser, d'être un.e allié.e en carton et de prendre la parole des concerné.e.s.
Après, c'est mon opinion et ma conception personnelle du féminisme, je comprends totalement si vous n'avez pas la même vision ou comme
@LadyNightstalker que vous ne vous sentiez pas concerné.e.s.
C'est gonflé de leur part de nous demander, encore une fois, de jouer les mamans, les employées de ménage, les coachs, les psy... Débrouillez vous un peu tout seuls!
Je vois pas les choses comme ça non plus. La plupart des hommes de mon entourage sont très loin des clichés de la virilité, donc s'ils veulent s'en défaire, pas d'inquiétude, ils le font sans rien demander à personne. Je sais que mon père, du genre gringalet dépressif intello dès son plus jeune âge, s'est débrouillé entièrement tout seul pour se construire ses modèles et sa personnalité hors des sentiers battus de la masculinité, je sais que mon petit frère, à qui je parle de féminisme de temps à autre, râlait dès 9 ans et sans que je lui en ai parlé, de la représentation dans les catalogues de jouets, je sais que mon ex, qu'on prenait régulièrement pour une fille, s'en moquait comme d'une guigne et lisait Madmoizelle. C'est sans doute pas aussi facile pour eux que pour nous, puisqu'ils n'ont pas autant de ressources (alors que nous avons des ressources féministes) et pas autant d'avantages à le faire, mais je suis intimement convaincue qu'ils n'ont pas besoin de nous pour ça. D'ailleurs, ils ne le "demandent" pas : arrêtez-moi si je me trompe, mais tous les trucs autour de la masculinité positive qui ont été créés par des femmes, comme The Boys Club, l'ont été parce que ça intéressait ces femmes, notamment dans une approche féministe et une volonté de comprendre le patriarcat. Pas parce qu'on leur a demandé.
Et pour "la priorité c'est les femmes", oui mais... Pour aider les femmes, il faut sortir des logiques du patriarcat, et ces logiques sont grandement façonnées par la masculinité. Leurs problèmes sont, indirectement, nos problèmes. Si le harcèlement sexuel existe, c'est à cause l'idée fausse que la femme est un objet sexuel à disposition des hommes, mais tout autant à cause de celle que les hommes sont des prédateurs de nature et ont un droit à soumettre, à commander, à avoir leurs désirs assouvis. Je ne pense pas qu'on puisse vraiment les séparer (même si, là encore, je comprends l'idée de se concentrer sur les problèmes des femmes).
(Là je pensais citer plein de bouts du message de
@Ouestrion et je me rends compte que j'ai presque tout dit donc c'est pas la peine
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. Je me contente simplement de rajouter que du coup, je ne vois pas en quoi ça empiète sur les espaces réservés aux opprimé.e.s).
Bref, ça revient à nous détourner de notre lutte première - même si les deux sont compatibles, il faut prioriser...
Outre ce que j'ai dit plus haut sur le fait que ça nous aide indirectement, je n'aime pas l'idée de prioriser. Oui, la lutte contre le harcèlement sexuel est "plus importante" que la lutte pour un langage plus inclusif, et alors ? Oui, la lutte pour la fin des mariages forcés est "plus importante" que celle contre le harcèlement de rue, et alors ? Ca ne veut pas dire que le harcèlement de rue est acceptable pour autant. Je trouve que cet argument est souvent utilisé pour décrédibiliser des luttes (au sens large : on utilise l'argument des priorités pour dire que le langage inclusif on s'en fout et que par conséquent le mouvement féministe n'est pas crédible). Pour moi, une lutte, ça se fait sur tous les fronts, et ça n'empêche pas de savoir lesquels sont les plus meurtriers, pour poursuivre la métaphore de la guerre. Ca n'empêche pas non plus de se dire, à titre personnel, "je préfère, moi, me concentrer sur tel front parce qu'il me touche plus/je le trouve plus meurtrier/je me sens plus concernée".
Au bout d'un moment, 'faudrait arrêter de vouloir choisir nos combats à notre place.
Le temps qu'on veut nous faire passer à nous occuper de la masculinité,
Qui ça, "on" ? Si tu penses aux anti-féministes dont tu parles à la fin de ton message, du genre "oui mais faut s'occuper des hommes aussi !", là je suis assez d'accord. (Et en plus je trouve cet argument faux, puisque le féminisme sert aussi à déconstruire la masculinité). Par contre, si tu penses à madmoiZelle et aux podcasts divers sur la masculinité, je suis pas d'accord. Je choisis moi-même mes combats et comment je veux m'occuper de mon combat féministe, et si je le fais passer aussi par une lutte contre les stéréotypes nocifs de la masculinité, parce qu'à titre personnel j'estime que ça fait partie du féminisme, ben c'est mon choix et je suis contente qu'il y ait la possibilité de le faire.
Pour conclure : je ne juge absolument pas les messages avec lesquels je en suis pas d'accord et je comprends totalement qu'en tant que féministe, on préfère se consacrer à autre chose qu'à la masculinité
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. C'est mon point de vue et ma façon de voir mon féminisme, et en aucun cas je ne veux généraliser
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